Angoulême : Jacques Audiard renouvelle son cinéma

Il y a 5 mois
Le nouveau film de Jacques Audiard, Les Olympiades, est l’un des événements du Festival du Film Francophone d’Angoulême où il est présenté en avant-première.
Les olympiades Jacques Audiard

Après avoir été présenté en exclusivité mondiale au Festival de Cannes, le nouveau film de Jacques Audiard, Les Olympiades, est l’un des événements du Festival du Film Francophone d’Angoulême où il est présenté en avant-première. Après s’être frotté à l’exercice du western en langue anglaise avec Les Frères Sisters, le réalisateur adapte ici, aux côtés de Céline Sciamma et Léa Mysius, le roman graphique d’Adrian Tomine, Les Intrus. Le cinéaste pose sa caméra dans le quartier des Olympiades, dans le 13ème arrondissement de Paris, où il filme, en noir et blanc, les atermoiements amoureux de quatre jeunes adultes issus de différentes origines ethniques mais sans que cela ne soit jamais le sujet central du film comme en atteste la productrice Valérie Schermman (Page 114) : « c’est un film qui met en avant la diversité mais sans qu’elle ne soit jamais évoquée. Ce sont de jeunes adultes avec des origines multiples mais on n’en parle jamais. C’est juste un fait. Jacques voulait simplement être le plus représentatif possible de la société française contemporraine. S’il est un auteur si populaire, c’est parce qu’il aime les gens. Il les observe avec un œil attentif et apporte ainsi beaucoup de justesse et d’authenticité à ses histoires ».

Un auteur populaire qui a tenu bon pour réaliser coûte que coûte le film dont il rêvait alors que certains de ses fidèles partenaires ont pu appréhender l’approche stylistique du film, notamment le noir et blanc, ainsi que les scènes érotiques telles qu’elles étaient écrites dans le scénario. « C’est un fait que le noir et blanc peut impacter l’audimat d’un film lors d’une diffusion en prime time », explique la productrice. « Mais nous avons réussi à retourner l’argument du noir et blanc en notre faveur en justifiant auprès de France 2 que l’utilisation de ce procédé apporterait beaucoup d’élégance aux scènes érotiques et que ces dernières ne verseraient jamais dans le voyeurisme et la vulgarité. Bien leur en a prit tant ils ont été fiers du film en le découvrant ».

Une préparation poussée pour un tournage express

Usant de ces arguments habiles, la production ne tarde pas à réunir un budget suffisant de 5M€, malgré le renoncement de la région Île-de-France. « On nous a proposer de présenter à nouveau notre dossier lors de la commission suivante mais nous avons refusé », témoigne Valérie Schermann. « Nous comprenons et acceptons que des productions plus fragiles puissent avoir davantage besoin d’aides que nous. C’est pour cette raison que nous n’avons même pas sollicité l’avances sur recettes du CNC ».

L’idée est alors de tourner le film en seulement six semaines, avec une équipe technique réduite et en décors naturels entre octobre et novembre 2020. Pour cela, Jacques Audiard a organisé de longues répétitions avec ses comédien(ne)s durant plus de deux mois en amont du tournage afin que celui ci se déroule sous les meilleurs auspices, sans que le metteur en scène ait besoin de multiplier les prises.

Toucher le jeune public

Après avoir connu de nombreux succès avec son fidèle distributeur UGC, le metteur en scène et sa productrice ont néanmoins fait le choix de collaborer avec un distributeur indépendant, en l’occurrence Memento, pour la sortie des Olympiades. Une décision que Jacques Audiard et Valérie Schermann ont pris après avoir constaté l’un des plus importants succès de la société d’Alexandre Mallet-Guy, 120 Battements par minute, qu’ils ont d’ailleurs coproduit et dont ils estimaient que le public des Olympiades pourrait être similaire à celui du film de Robin Campillo. « Memento compte faire un important travail auprès de la jeunesse en axant leur campagne principalement sur les réseaux sociaux. Les jeunes aiment le film. Ils se retrouvent complètement dans cette histoire. Et c’était déjà le cas sur 120 Battements par minute. Nous devons veiller à séduire ce jeune public tout en attirant les amateurs du cinéma de Jacques ».

La productrice, le réalisateur et le distributeur pourront également compter sur les retours extrêmement positifs suscités lors de la présentation cannoise, aussi bien auprès du public que de la presse internationale. Et sans être pour autant inquiété par le fait de n’avoir pu intégrer le palmarès final. « Jacques est un cinéaste qui a reçu tant de prix dans sa carrière, notamment à Cannes, que nous avons trouvé particulièrement juste que le jury récompense des auteurs qui ne soient pas encore identifiés du grand public et qui ont besoin d’acquérir une reconnaissance sur la scène internationale ».