À Taipei, le TCCF 2025 s’ouvre sur fond de rapprochement stratégique entre le CNC et Taïwan

4 novembre 2025
La sixième édition du Taiwan Creative Content Fest (TCCF) s’est ouverte cette nuit à Taipei. La France y déploie sa plus importante délégation à ce jour, conduite par le président du CNC, Gaëtan Bruel. Interrogé par Écran total, celui-ci détaille les ambitions françaises en Asie et le rôle central joué par Taïwan dans la stratégie internationale du Centre national du cinéma et de l’image animée.
TCCF 2025

Le Président du CNC Gaëtan Bruel était bien présent cette nuit à Taipei à l'occasion de l'ouverture du Taiwan Creative Content Fest aux côtés du Ministre de la Culture taïwanais et de la présidente de TAICCA.

L'ouverture du 6e Taiwan Creative Content Fest se drapait cette nuit d'un drôle d'accent français. Il est en effet impossible de le louper tant il occupe une place de choix : dès l'entrée dans le marché, le Pavillon français attire les regards de tous les visiteurs. Dix sociétés y sont regroupées sous la bannière de l’Institut français et de Business France, tandis que le CNC, Bpifrance et Series Mania accompagnent plus largement une délégation de 80 professionnels venus représenter les industries culturelles françaises.

Cette forte présence résulte d’un croisement d’initiatives comme le programme ICC Immersion et Shoot the Book! réunissant des acteurs allant du cinéma à l’animation en passant par la XR, le jeu vidéo et l’édition. La France devient ainsi la deuxième délégation étrangère la plus importante du marché, derrière la Corée.

« Taïwan s’affirme comme un pôle créatif majeur »

Coopération, circulation des talents, protection des IPs... sur scène le ton est donné : la présence du président du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) aux côtés du Ministre de la Culture Taïwanais et de la présidente de la Taiwan Creative Content Agency (Taicca) illustre, s'il le fallait, la place de choix occupée par la France dans le développement de l'industrie culturelle de l'île. « Taïwan est en train de s’affirmer comme un pôle culturel et créatif majeur d’Asie, et la France a joué un rôle premier dans cette affirmation », confie le président du CNC à Ecran total à sa descente de scène. « Le centre de gravité de nos industries se déplace vers l’Asie. Nous devons y être présents aux côtés de nos partenaires coréens, japonais et taïwanais. »

Animation et VR : deux terrains d’entente

L’animation et la réalité virtuelle sont aujourd’hui les deux axes principaux de cette coopération. « Les studios taïwanais, historiquement prestataires pour le Japon, cherchent désormais à créer leurs propres IP », nous explique Gaëtan Bruel. « La France, troisième pays producteur d’animation au monde, partage cette ambition et peut les accompagner. »

Du côté de l'animation, les liens entre la TAICCA, l’école des Gobelins et le Festival d’Annecy se sont intensifié ces dernières années (voir encadré), avec des échanges de formation et de projets conjoints.

Sur le terrain de la réalité virtuelle, les deux pays partagent une conviction : l’innovation précède le modèle économique. « La VR est l’un des avenirs de l’image animée », estime le président du CNC. « Nous travaillons depuis cinq ans avec Taïwan sur des créations immersives. Aujourd’hui, leurs œuvres raflent les prix à Venise. »

Un réseau régional en expansion

Au-delà du partenariat franco-taïwanais, le CNC soutient la structuration d’un réseau des commissions du film en Asie. « Nous avons accompagné la création des Asian Film Alliance Network (AFAN), qui réunissent les dix principales institutions du continent », explique Gaëtan Bruel. « Taïwan en est un membre actif, au même titre que la Corée ou la Thaïlande. C’est un cadre nouveau pour la coopération interrégionale. »

Cette initiative, inspirée du modèle européen des European film agency directors (Efad), doit permettre de mutualiser les politiques de soutien à la création et de favoriser les coproductions entre l’Europe et l’Asie.

Une relation fondée sur les valeurs et la complémentarité

Sur le pavillon français, animé toute la matinée par le passage des officiels taiwanais venus rencontrer la délégation française, la conviction partagée est que la proximité des valeurs entre les deux pays est le terreau fertile à la collaboration culturel. « Nous travaillons avec des partenaires qui défendent la liberté de création et la diversité culturelle », nous explique Gaëtan Bruel, avant d’ajouter que ce dialogue dépasse « la simple logique économique » pour devenir « un échange de modèles et de méthodes entre deux territoires qui considèrent la culture comme un levier de souveraineté ».

Sur le marché, les échanges se prolongent et les premiers projets se dessinent dans les salles adjacentes au cours des nombreuses pitching sessions qui émaillent le programme. Du côté de la délégation française, plusieurs professionnels évoquent déjà les prochains échéances et notamment le prochain festival d'Annecy comme points de rencontre pour poursuivre les nombreux dialogues qui seront amorcés à Taipei. C'est dans une ambiance studieuse et détendue que démarre donc cette semaine de rencontre, marquée par la volonté partagée de faire de la collaboration franco-taïwanaise une dynamique durable et pragmatique.

Annecy, les Gobelins et le CNC au cœur du pont créatif franco-taïwanais

La collaboration entre la France et Taïwan dans l’animation repose sur un écosystème de plus en plus solide. Depuis 2019, le CNC soutient les liens établis entre la Taiwan Creative Content Agency (Taicca), le Festival d’Annecy et l’école des Gobelins. L’objectif : renforcer la formation des talents et encourager la création d’IP locales.
Chaque année, des étudiants taïwanais intègrent le cursus international des Gobelins, tandis que des studios taïwanais présentent leurs prototypes et courts métrages à Annecy. « Taïwan veut passer d’un modèle de sous-traitance à un modèle de création originale », commente Gaëtan Bruel. « Et Annecy, qui est devenu le lieu central du dialogue mondial sur l’animation, est un point de convergence évident. »