Ecran total Le Quotidien

№4943 • jeudi 14 mai 2026

Spécial Festival de Cannes

RÉALISATION

Peter Jackson (réalisateur, Palme d’or d’honneur) : “Je suis en train de préparer la suite de Tintin”

Sous le regard attendri de son jeune hobbit, Elijah Wood, Peter Jackson s’est confié sur sa carrière durant une heure et demie le mercredi 13 mai sur la Croisette. Le metteur en scène néo-zélandais a reçu la veille une Palme d’or d’honneur lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes. Interrogé sur ses futurs projets, le réalisateur multi-récompensé, auteur de la trilogie Le Seigneur des anneaux et de Lovely Bones, a évoqué la suite des Aventures de Tintin : le secret de la licorne. “Nous sommes en train d’écrire le scénario avec Fran Walsh, ma productrice et compagne”, a-t-il déclaré, provoquant les applaudissements de l’audience. L’annonce intervient quinze ans après la sortie du premier film, réalisé par Steven Spielberg et produit par Peter Jackson.

L’apport de la technologie 

Durant la conférence, l’auteur du remake de King Kong, sorti en 2005, a d’abord défendu le cinéma de genre. “Les films d’horreur sont accessibles pour les jeunes cinéastes, parce que cela ne coûte pas cher, a-t-il avancé. Parfois, il n’y a pas besoin de scénario.Bad Taste, son premier long métrage, n’a pas pu concourir dans une section cannoise en 1988. Mais, au Marché du film, il s’est vendu “dans de nombreux territoires”. Didier Allouch, journaliste et modérateur de la discussion, a remercié le cinéaste, ainsi que Sam Raimi : “Le cinéma de genre n’était pas à la mode à l’époque.” Depuis, l’apport de ces créateurs a contribué à “faire rentrer les monstres”, selon l’expression utilisée par Julia Ducournau quand elle a reçu la Palme d’or, en 2021, pour Titane.

D’autre part, Peter Jackson s’est livré sur l’adaptation des livres de J. R. R. Tolkien. “Nous n’avons pas envisagé la saga comme une œuvre fantasy, plutôt comme un récit historique.” La société d’effets spéciaux Weta Workshop, créée en 1987, a pu survivre grâce à cette production gigantesque, filmée en Nouvelle-Zélande pendant quatorze mois. Sur la technologie, et l’intelligence artificielle spécifiquement, l’artiste a jugé qu’elle était un outil au service des idées originales d’un auteur. Par ailleurs, il a déploré la disparition du marché du making of, due à la baisse des ventes des éditions physiques des films. “Il n’existe plus que des vidéos promotionnelles”, a-t-il regretté, alors que les bonus du Seigneur des anneaux ont renforcé la communauté autour de la trilogie.

DISTRIBUTION

Alice Labadie, directrice des acquisitions (Le Pacte) : “Nous devrions assister à un « Barbenheimer » du cinéma d’auteur”

Au regard de la sélection, que représente cette 79e édition du Festival de Cannes pour Le Pacte ?

C'est une immense joie, une vraie fierté et un bonheur de retrouver des cinéastes fidèles au Pacte tels que Hirokazu Kore-eda et Rodrigo Sorogoyen, tout en accompagnant des réalisateurs qui arrivent à Cannes pour la première fois, en sélection officielle ou hors compétition. Ce qui est particulièrement excitant, c'est d'avoir cinq films radicalement différents les uns des autres en compétition officielle. Nous avons également Butterfly Jam de Kantemir Balagov en ouverture de la Quinzaine des Cinéastes ainsi que deux films en séances spéciales. Tout d’abord Lucy Lost d’Olivier Clert, un film d’animation à la mise en scène merveilleuse, qui saura toucher aussi bien les adultes que les enfants. Enfin, Les Caprices de l’enfant roi de Michel Leclerc, une comédie populaire qui promet du grand spectacle avec Artus dans le rôle de Cyrano et Franck Dubosc en D'Artagnan. Elle sera aussi projetée dans le cadre du Cinéma de la Plage ainsi que Land and Freedom en version 4K restaurée, en présence de Ken Loach.

Que révèlent ces cinq films de la sélection dans son ensemble ?

Nous retrouvons la force de l'édition 2019. Cette année sera marquée par le cinéma d'auteur. Les autres distributeurs ont aussi de grands cinéastes dont tout le monde attend les films. Le niveau est très élevé, et une véritable émulation devrait s'en dégager. Avec les six sorties cannoises pendant le festival, l’offre est tellement excitante que nous devrions assister à une sorte de “Barbenheimer du cinéma d’auteur”. Pour la Palme d'or, le suspense sera réel. Le niveau de la compétition est extrêmement élevé.

Cannes, c'est aussi un Marché du Film majeur. Quelles sont vos attentes sur place ?

C'est évidemment l'un des plus grands marchés de l'année. Pour les distributeurs français, toutefois, le fonctionnement diffère : nous préachetons énormément en amont. Nous avons visionné en amont tous les films des sélections parallèles, et le travail sur place n'est pas tout à fait le même qu’à l’European Film Market de Berlin, où la majorité des films sont disponibles directement pendant le marché. Ce qui reste toujours précieux à Cannes, c'est la possibilité du coup de cœur inattendu après avoir vu un court métrage, un rendez-vous ou avoir entendu un pitch auprès d’un vendeur. Cela arrive, et c'est ce qu'il y a de meilleur dans ce métier.

Comment arbitrez-vous parmi toute l'offre disponible ? 

Il m'est difficile de donner une réponse rationnelle, parce que nous fonctionnons à l'instinct. Nous ne dressons pas de tableau, à part peut-être pour calculer les MG. Ce que nous aimons avant tout, c'est accompagner des cinéastes sur le long terme. C'est le sens même du nom “ Le Pacte” : être fidèle aux auteurs, les suivre dans la durée. Ce que nous cherchons, c'est un regard singulier que ce soit dans tous les genres. C'est là, je crois, une de nos spécificités. Avec Thomas Unterberger, mon collègue aux acquisitions, nous menons au moins soixante-dix rendez-vous avec des vendeurs pendant Cannes. Nous n'avons aucune limite, ni dans le genre, ni dans le ton. 

Avez-vous un exemple concret de ce positionnement ?

Obsession de Curry Barker, en salle le 13 mai. Nous l'avons repéré très en amont, un an même avant que Capstone Pictures ne le vende sur le marché. Nous avions visionné tous les courts métrages de ce cinéaste qui, selon moi, va devenir l'un des grands maîtres de l'horreur, comparable à John Carpenter. Son troisième film sera chez A24 et nous voulons évidemment nous positionner dessus les yeux fermés. C'est la même sensation avec Akinola Davies Jr. dont nous avons sorti Un jour avec mon père le 25 mars dernier, ou avec Léa Mysius qui présente Histoires de la nuit en compétition officielle. Cette sensation de ne pas savoir de quoi sera fait le prochain film est le meilleur signal qui soit.

Percevez-vous des tendances particulières sur le marché en ce moment ?

Il y a toujours des vagues thématiques. En ce moment, nous assistons à une vraie recrudescence de l'horreur accessible aux indépendants. The Substance a été un marqueur fort et ses héritiers commencent à apparaître. C'est un mouvement classique : un film inattendu fait des émules, jusqu'au prochain choc.

Plus qu’avant, le public est avide de nouveautés et de films qui le bousculent. Les spectateurs ont intégré que l'expérience en salle est une expérience artistique à part entière, distincte du divertissement à domicile. Certains films font aujourd'hui bien plus d'entrées qu'ils n'en auraient fait il y a cinq ou six ans. Mais la polarisation de leur réception s'est accentuée : c’est tout ou rien.

Quelles perspectives se profilent pour Le Pacte dans l’après Cannes ?

Beaucoup de films sortent pendant ou juste après le festival. Les spectateurs pourront voir trois ou quatre films de la compétition dans le seul mois de Cannes. Les bonnes surprises arrivent.Lesretours presse sont très bons sur L'Être aimé de Sorogoyen, avec Javier Bardem, qui sortira le 16 mai en plein festival. Il arrive de surcroît après le succès de Los años nuevos, la série qui lui a considérablement élargi son audience, notamment chez les jeunes spectateurs.

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BELGIQUE

À Cannes, une présence belge record

Sur la Croisette, la délégation belge ne passe pas inaperçue. Car cette année, le cinéma belge francophone franchit un cap à Cannes. Un record qui prolonge une progression installée au fil des sélections et des coproductions, dans un environnement concurrentiel où exister reste un enjeu central pour les cinématographies de taille intermédiaire. “C’est encore une fois une année un peu folle”, reconnaît Hervé Le Phuez, directeur de Wallonie-Bruxelles Images, l'agence de promotion locale. Derrière cette formule, c’est une trajectoire qui se confirme, ce positionnement reposant sur un cadre désormais bien identifié.
Trois longs métrages majoritaires - Notre salut, Ton animal maternel et Yesterday the Eye Didn’t Sleep – s’inscrivent aux côtés d’un ensemble de coproductions (voir encadré). “Les producteurs internationaux savent pourquoi ils ont envie de travailler avec des partenaires belges”, souligne
‑t‑il.

Une attractivité liée à la diversité des sources de financement et à la qualité des équipes. Au fil du temps, ce fonctionnement s’est imposé comme une manière efficace d’exister dans les circuits internationaux, en multipliant les points d’entrée. Et ce modèle façonne aussi les œuvres. Plusieurs films échappent aux cadres nationaux traditionnels, tant par leurs langues que par leurs décors. “Ce sont des films belges, mais l’un se passe au Costa Rica, un autre au Liban”, observe-t-il. Une ouverture qui élargit les horizons, tout en inscrivant le secteur dans des récits capables de circuler plus largement.

Des parcours en renouvellement

Mais au-delà du volume, cette édition met en lumière une génération en mouvement. De nombreux premiers et deuxièmes longs métrages trouvent leur place dans les différentes sections, confirmant une capacité à accompagner de nouvelles signatures. Cette évolution passe aussi par les formats. Présenté à Un Certain Regard, Yesterday the Eye Didn’t Sleep illustre l’apport des productions légères, initiées il y a quelques années par le Centre du Cinéma de la FWB. “Elles apportent une liberté de ton, une identité forte”, estime-t-il. Pensé pour des projets adaptés à des moyens plus resserrés, ce dispositif permet de faire émerger des sujets plus singuliers. “Quand vous arrivez avec une vraie proposition qui correspond à ce cadre, cela peut devenir un déclencheur hallucinant”, poursuit-il. Une évolution qui se traduit par une diversité accrue des écritures.

Sur place, cette exposition s’inscrit dans un mouvement plus large. Ces films circulent davantage et attirent une attention croissante. “Je n’ai vraiment aucun problème pour avoir des rendez-vous avec des festivals importants”, note-t-il. Une crédibilité acquise progressivement, qui se prolonge à l’étranger.

Des repères à consolider

Cette exposition ne doit pas masquer certaines réalités. Car le nombre de projets continue d’augmenter, sans que les moyens suivent au même rythme. “Il y a de plus en plus de projets de films, mais pas forcément plus de financement”, résume-t-il. Une pression qui se fait sentir à toutes les étapes. Dans ce contexte, le rôle du Centre du Cinéma reste déterminant. “En Belgique, si vous n’avez pas ce soutien, c’est quasiment impossible de monter un film”, insiste-t-il. Point d’ancrage du système, il conditionne souvent l’accès aux autres partenaires. Autre enjeu : la rencontre avec le public. Si ces œuvres s’exportent bien en festivals, leur exposition en salles reste plus incertaine. “Donner envie au public d’aller voir ses propres films reste un défi”, reconnaît-il.

Dans ce paysage, la coopération apparaît comme un levier, notamment avec la Flandre et, plus largement, dans une logique Benelux. “Plus on travaille ensemble, plus on peut aller dans des endroits où seuls, on ne pourrait pas”, souligne-t-il. Au final, l’édition 2026 confirme une dynamique désormais bien en place, faite de circulation et de diversité des propositions. Une présence qui témoigne d’un savoir-faire reconnu, tout en reposant sur un ensemble de mécanismes qu’il faudra continuer à faire tenir dans un contexte toujours plus disputé.

Présence belge à Cannes 2026
Quatorze films associés à la Fédération Wallonie-Bruxelles jalonnent donc cette édition. Trois longs métrages majoritaires s’inscrivent en sélection officielle : Notre salut (Michigan Films) en compétition, Ton animal maternel (Wrong Men) et Yesterday the Eye Didn’t Sleep (Atata) à Un Certain Regard.
À leurs côtés, plusieurs coproductions complètent cette présence, notamment Mary Madeleine (Stenola Productions) et Si tu penses bien (Artémis Productions) à Cannes Première, ainsi que Le bain des sirènes (compétition courts métrages) et In Waves (ouverture de la Semaine de la critique), tous deux produits par Panique.
S’y ajoutent Coward, La Vie d’une femme, La Vénus électrique (Versus Production), Histoires parallèles (La Cie cinématographique et Panache), Sanguine en Séance de minuit, Soudain de Ryūsuke Hamaguchi (Tarantula) ainsi que Le corset (Beside Productions).

VENTES INTERNATIONALES

Rodolphe Buet, DG distribution (ventes internationales) de Studio TF1 : “Cannes est une vitrine stratégique pour nos IPs”

Quelles sont vos attentes et vos objectifs pour le Festival de Cannes ?

Cannes est un marché international clé pour STUDIO TF1, à la fois pour la vente de nos nouveautés et de notre catalogue, mais aussi pour renforcer notre compréhension de l’évolution des marchés et des attentes du public. Nous y présentons plusieurs films majeurs, entre autres, Article 353 (Felicita Films - STUDIO TF1, Les Films du Kiosque), L’homme qui s’envola (NAC Films) et L’Abandon (hors compétition, Outside Films / Les Films du Kiosque). L’objectif est de maximiser leur potentiel de ventes internationales et nous associer à des distributeurs qui développent l’accès au cinéma français, populaire et/ou exigeant. Cannes est un écrin parfait pour contribuer au rayonnement des histoires, des talents et du modèle Français.

Pourquoi Cannes est-il particulièrement important pour votre société ?

C’est le premier marché au monde pour l’exposition et la vente de films français, cœur du réacteur des activités de production et distribution de STUDIO TF1. En conjuguant les volets festival et marché, Cannes offre une exposition unique à notre catalogue de plus de 1000 titres et permet d’accélérer nos projets de coproductions. C’est également une vitrine stratégique pour nos IPs, avec un fort potentiel en matière d’adaptations locales et de remakes, qui prolongent la valeur de nos œuvres à l’échelle internationale.

Au-delà de Cannes, quelles sont vos perspectives pour l’année 2026 ?

STUDIO TF1 entend accélérer le développement de projets ambitieux en langue anglaise, avec une première production attendue dès 2026. Dans cette perspective, un slate est en cours de construction, en s’appuyant sur des IPs du groupe et des créations originales. 

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DÉVELOPPEMENT

Harry Lighton (“Pillion”) prépare un film sur une relation platonique entre un jockey et son assistante

Harry Lighton, le réalisateur derrière Pillion, sorti en mars 2026, développe son prochain film. Participant à la 51e session de la Résidence du Festival de Cannes, le Britannique a présenté ce 13 mai, lors d'une session de pitchs, son prochain projet. Intitulé Nothing Bad I Hope, il s’intéresse à la relation platonique d’une palefrenière (soignante de chevaux) avec son jockey. « Les deux n’ont jamais de relation sexuelle, ils ne s’embrassent même jamais, mais c’est la relation déterminante de leurs deux vies, et une relation qui finira par mener notre protagoniste en prison », précise Harry Lighton lors de son pitch.

Avec ce film, l’objectif est de s’intéresser aux personnes de l’ombre du monde du sport, tout en réfléchissant aux relations entre hommes et femmes : « Les relations platoniques entre hommes et femmes hétérosexuels qui ne sont pas de la même famille sont presque totalement absentes du cinéma et de la littérature », continue-t-il. BBC Films et Element Pictures sont impliqués dans le film. Ce projet représente un pas de côté après Pillion, film dans lequel le sexe occupait une place centrale.

AUDIOVISUEL

Brut réalise un record d’audience avec ses vidéos de l’ouverture de Cannes

Avec la diffusion de la cérémonie d’ouverture du 79ᵉ Festival de Cannes, mardi 12 mai, le média digital Brut a comptabilisé 113,5 millions de vues dans le monde en 24 heures, soit une progression de 20% par rapport à l’édition 2025 (94,5 millions de vues) – avec une audience majoritairement composée de moins de 35 ans. Pour Brut, ce résultat confirme son rôle dans la démocratisation du Festival de Cannes, en ouvrant le rendez-vous emblématique du cinéma au plus grand nombre et en particulier aux nouvelles générations.

Tout au long de la soirée, avec la diffusion en direct et en exclusivité de la cérémonie d’ouverture sur TikTok, où le média réunit plus de 20 millions d’abonnés, et l’ensemble des reportages, interviews et contenus exclusifs publiés sur ses autres plateformes, Brut. a fait vivre l’événement de l’intérieur, au plus près des marches et des coulisses.

Au-delà des frontières françaises, le Festival de Cannes touche les jeunes générations du monde entier grâce aux rédactions internationales de Brut. L’événement est particulièrement suivi en Inde et aux États-Unis, où Brut. India et Brut. America assurent une couverture éditoriale dédiée.

Partenaire officiel du Festival de Cannes aux côtés de France Télévisions, Brut. se déclare “fier de contribuer, pour la cinquième année consécutive, au rayonnement du Festival auprès de son audience mondiale”.

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INTERNATIONAL

Lancement du Kurdistan Film Fund : l’émergence d’une industrie régionale à l’ambition mondiale

C'est sur la Plage des Palmes, lors de la 79e édition du Festival de Cannes, que la Kurdistan Film Commission, a officialisé la création du Kurdistan Film Fund, un fonds dédié au soutien et au rayonnement international du cinéma dans la région. L'événement a été ouvert par Qubad Talabani, vice-Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan, qui a posé le cadre politique de l'initiative : "Nous allons raconter nos propres histoires." Une déclaration d'intention forte, qui résume l'ambition "d'une région longtemps représentée par d'autres".

Doté d'une enveloppe initiale de 2 millions de dollars, le fonds est porté par la Kurdistan Film Commission, créée il y a un an à Cannes. Sa présidente, Bavi Yassin, a expliqué la genèse du projet : "Nous cherchions comment convaincre les producteurs étrangers de s'intéresser à nos talents. La réponse était d'abord de créer un fonds." L'ambition est claire : structurer une industrie cinématographique au Kurdistan et créer des emplois. "Nous voulons des réalisateurs qui puissent raconter et porter leurs propres histoires."

Qubad Talabani a souligné la dimension régionale du projet : "Nous offrons des talents, un marché émergents et une ambition. Nous voulons les réunir avec les capitaux de nos voisins, et construire une industrie là où il y a aujourd'hui des divisions." Le dispositif se concentrera principalement autour du financement de courts métrages, vivier naturel de nouveaux talents, ainsi qu'une section dédiée à la coproduction internationale. Une ouverture aux séries télévisées est également envisagée. La priorité affichée pour Bavi Yassin : "la qualité plutôt que le volume".

Les candidatures seront ouvertes dès le mois de juin. Le fonds a vocation à être renouvelé chaque année.

DÉCRYPTAGE

Emploi dans l’audiovisuel et le cinéma : les grandes tendances

Les chiffres ne surprendront pas. Selon l’étude annuelle d’Audiens, qui donne chaque année le pouls de l’état du secteur, l’ensemble du marché de l’emploi dans le ciné- ma et l’audiovisuel en 2025 accuse quelques difficul-
tés. Bien que le nombre d’entreprises reste stable par rapport à 2024, la masse salariale baisse mais moins rapidement que les effectifs. L’étude fait la différence entre la filière image (production cinématographique, production audiovisuelle, production de films d’animation, prestations techniques) et la filière cinéma (production, distribution, exploitation). L’étude souligne une hausse significative des entreprises dans la production audiovisuelle et la production de films d’animation. En revanche, si les deux filières restent pourvoyeuses d’emplois, on note une baisse
des effectifs dans l’ensemble des secteurs, aussi bien du côté des permanents, c’est-à-dire ayant un contrat à durée déterminée ou indéterminée, que pour les intermittents.

Le nombre d’entreprises en 2025

Le secteur compte 1 850 entreprises de plus en 2025 qu’en 2019 (+19 %). Une hausse qui est davantage marquée dans la production audiovisuelle (+ 30%) et dans la production de films d’animation (+23%) que dans la création cinématographique, plutôt stable sur six ans. Malgré un essoufflement, le nombre d’entreprises ne baisse pas sur un an. Il y a au total 10 512 entreprises dans la filière image, dont 6 877 dans la production audiovisuelle et 2 354 dans la filière cinéma en 2025, contre 10 487 en 2024. Audiens note que le poids des entreprises de moins de dix ans a
baissé dans la filière cinéma, passant de 41% en 2019 à 35% en 2025 et passant de 54% à 51% dans la filière Image. Les entreprises sont majoritairement implantées en Île-de-France.

La masse salariale en 2025

Si le nombre de sociétés en activité reste stable, les effectifs baissent sur un an de 4 % : production cinématographique (-9%), les prestations technique (-5%), la distribution et exploitation cinématographique (- 4%), et dans une moindre mesure la production audiovisuelle (- 2%) et les films d’animation(-1%). Le nombre de permanents baisse de 3,3 % alors que le nombre d’intermittents de 4% sur un an, soit moins qu’en 2024 (-8%). La masse salariale
baisse moins rapidement que les effectifs, de -1,6% sur l’ensemble. Les secteurs les plus impactés par cette baisse sont la production cinématographique (-6,6%) et les prestations techniques (-5,5%). On notera que la baisse de la masse salariale des films d’animation s’est réduite, passant de -5% en 2024 à moins de -1% en 2025. Les films d’animation représentent le secteur où la masse salariale a le plus augmenté entre 2019 et 2025 (+35%).

Les types de contrat

Les artistes et techniciens intermittents représentent la très grande majorité des emplois, 82 % dans la filière Image et 79% dans la filière Cinéma. On compte 140 073 artistes et techniciens intermittents dans la filière image et 55 805 dans la filière cinéma. Les professions artistiques sont les plus représentées : 56 % pour la filière image et 63 % pour la filière cinéma.

La parité

La filière Image est composée d’une majorité d’hommes : 56 % de permanents et 57 % d’intermittents. Dans la filière Cinéma, il y a davantage de femmes parmi les permanents (51%) mais les intermittents sont à 56% des hommes. Néanmoins, les femmes sont majoritaires dans les métiers administratifs et commerciaux, pas dans les métiers artistiques et de l’information. Mais la représenta-tion des femmes dans ces métiers évolue dans le bon sens, notam-ment pour les intermittents. Entre 2019 et 2025, la représentativité des femmes a augmenté chez les artistes (+2,5 points) et les techniciens (+ 2 points) intermittents dans la filière Image et de 3 points dans la filière cinéma. La part est restée stable chez les permanents. Mieux encore : dans la filière cinéma, la représentativité des femmes a gagné 10 points entre 2019 et 2025 dans les professions de l’information, des arts et des spectacles – mais les volumes sont faibles : 205 femmes en 2025. La filière Image compte elle une représentativité des femmes forte de 5 points supplémentaires sur la même période.

L’emploi des jeunes

La jeunesse n’a, semble-t-il, pas la cote dans le secteur ces temps-ci. L’étude montre que le poids des moins de 25 ans chez les permanents baisse en 2025 dans tous les secteurs, notamment dans les films d’animation avec 2,3 points de représentativité en moins, les autres secteurs se situant à une perte de 1 point de représentativité. Chez les intermittents, on note une baisse de la représentativité des moins de 25 ans depuis 2022 avec une accélération de cette baisse en 2024. En 2025, la baisse est contenue sauf dans la production cinématographique où elle est prolongée. Leur représentativité est au plus bas en 2025 depuis 2019.

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TECHNIQUE

CST - Audiens : vers une féminisation “durable et réelle” de la production cinématographique

La Commission supérieure technique de l'image et du son (CST) a lancé la cinquième édition de CanneS Techniques. Pour sa première conférence, le 13 mai, l'association de techniciens du cinéma et de l'audiovisuel a présenté avec Audiens un état des lieux de la place des techniciennes au sein de la production cinématographique. Principal constat : le secteur se transforme, la parité augmente, portée par la jeune génération, avec toutefois une hétérogénéité selon les familles de métiers.

Indispensables à la fabrication des films, les techniciens sont des intermittents, au sens de l'annexe 8 de France Travail, qui relèvent du secteur du cinéma, mais aussi de l'audiovisuel, de la radio, de la diffusion et du spectacle et de la prestation technique au sens large. La production cinématographique repose massivement sur le régime de l'intermittence comme le montrent les données récoltées par Audiens pour l'année 2025 : il représente ainsi 90 % des emplois en effectifs, parmi lesquels 22 000 techniciens sont dénombrés (38 % des emplois intermittents). "La production cinématographique est un secteur où la mobilité et la flexibilité sont les normes", a analysé Cécile Prévost, responsable des relations avec les branches professionnelles et des accompagnements individuels des entreprises chez Audiens.

Maquillage et habillage : surreprésentation des femmes

Avec 43 % de femmes en 2025 sur l'ensemble des techniciens du secteur, la parité est en progression constante et a gagné 4,7 points de 2019 à 2025, ce qui traduit, selon Cécile Prévost, une "féminisation durable et réelle". Si cette dynamique au sein de la profession progresse, elle est surtout portée par la jeune génération de techniciennes, signe d'un renouvellement du secteur. "Nous constatons une décroissance progressive selon l'âge, a indiqué la responsable chez Audiens. Plus il est élevé, plus la proportion de femmes diminue." Ainsi, les techniciennes de moins de trente ans représentent 49 % de la profession, tandis que la part chute de 10 % pour celles âgées de 40 à 50 ans. Les jeunes techniciennes affichent une forte présence dans les métiers de cheffe maquilleuse cinéma (100 %) et de cheffe décoratrice cinéma (80 %) en 2025.

Toutefois, la représentation des femmes reste hétérogène selon les familles de métiers. Elles sont ainsi surreprésentées pour les métiers du maquillage (89 %) et de l'habillage (87 %), historiquement féminisés, et sous-représentées dans tous les métiers techniques lourds comme celui de machiniste de construction et de prise de vue, ou de chef électricien. Selon Audiens, certains métiers restent très genrés tandis que d'autres évoluent rapidement. Côté réalisation, sur 814 premiers assistants réalisateurs, 49 % sont des femmes, soit une parité à deux doigts d'être atteinte, avec deux points de plus qu'en 2019. Pour autant, au regard de la compétition officielle du Festival de Cannes, seules cinq femmes sont représentées en tant que réalisatrices.

De nouveaux champs professionnels sont néanmoins investis par la génération de techniciennes de moins de trente ans. La CST, par son prix de la jeune technicienne qui sera remis le 23 mai à la fin du Festival de Cannes, rappelle la nécessité de valoriser et de soutenir la parité au sein des équipes de tournage. Pour cette nouvelle édition, les candidates sont Livia Lattanzio, cheffe décoratrice du film Les Matins merveilleux d'Avril Besson (Séance spéciale), et Esther Mysius, cheffe décoratrice du film Histoires de la nuit de Léa Mysius (en Compétition). La production se féminise, mais cette dynamique est loin d'être achevée.

ADAPTATION

3 questions à Valérie Barthez (Scelf) sur l’édition cannoise 2026 de Shoot The Book!

Écran total : Quels sont les chiffres-clés à retenir pour l’édition cannoise 2026 de Shoot The Book! ?

Valérie Barthez : À l’occasion du festival, 100 marques éditoriales seront représentées. Aussi, 10 pays seront présents aux rendez-vous BtoB : la France, la Suède, l’Allemagne, les États-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Italie et la Géorgie. Les chiffres de participation sont plutôt élevés. Concernant le catalogue, celui-ci comprendra 110 ouvrages adaptables que les producteurs découvriront. Il présente une grande diversité de genres et de typologies. Il y a de la fiction, de la littérature jeunesse, de la bande-dessinée, du roman graphique, du théâtre, des biographies ou encore du récit-témoignage, qui est de plus en plus prospecté pour les adaptations audiovisuelles. Et huit projets ont été sélectionnés pour la session de pitch. Parmi eux, cinq sont français et trois étrangers. 

E.T. : L’an dernier, le format de composition du jury a évolué à la suite d’un partenariat avec l’Institut français. Qu’en est-il pour cette édition ?

V. B. : Depuis ce partenariat, le jury est désormais composé d’une part des attachés livres et audiovisuel de l’Institut français en poste dans des pays étrangers, qui désignent eux-mêmes des professionnels de l’audiovisuel aguerris locaux. Cette année, trois pays seront représentés par les membres constitutifs du jury, à savoir l’Espagne, le Brésil et la zone des Pays nordiques. Ce partenariat avait très bien fonctionné l’année dernière. Nous sommes donc très heureux d’avoir pu le renouveler et il devrait se prolonger à l’avenir. 

E.T. : Sur quels nouveaux territoires l’initiative Shoot The Book! doit-elle se déployer prochainement ?

V. B. : Forts du succès de deux premières éditions à Londres qui ont eu lieu en 2025 ainsi qu’au mois de mars, nous allons en lancer une troisième l’année prochaine. Concernant Rome et Taïwan, qui ont également connu deux éditions, cela n’a pour l’instant pas été renouvelé pour 2026, bien que nous puissions y revenir plus tard. L’événement en lui-même était réussi mais il y avait peut-être moins d’appétence de la part des producteurs asiatiques pour les IP françaises. Ensuite, nos réflexions portent sur d’autres types de territoires comme la Norvège ou la Suède. C’est en discussion avec les éditeurs. Et parallèlement, nous sommes évidemment présents sur plusieurs festivals audiovisuels en France. En plus de Séries Mania et de Cannes, nous organiserons désormais une édition au Mifa. 

Sélection 2026, Shoot the Book! 

  • In the Eye of the Wild (France), de Nastassja Martin, édité par Gallimard
  • Looking for Bono (Royaume-Uni), d’Abidemi Sanus, édité par Jacaranda
  • Sankara (États-Unis), de Turu Khan, maison d’édition Blue Ocean Press
  • Superstars (France), d’Ann Scott, maison d’édition Flammarion
  • The Echo Before Dawn (Taïwan), de Lang Chi, maison d’édition Sense Creative Management Ltd.
  • The Shadows Tomorrow – Demain les ombres (France), de Noëlle Michel, maison d’édition Le Bruit du Monde
  • The Summer Boy (France), de Philippe Besson, maison d’édition Julliard
  • These Blazing Suns – Ces soleils ardents (France), de Nincemon Fallé, maison d’édition JC Lattès

Jury 2026, Shoot the Book!

  • Espagne : Chloé Samaniego (Cultural and Audiovisual Attaché, Ministry of Europe and Foreign Affairs), Zélie Perpignaa (Book Attaché, Ministry of Europe and Foreign Affairs), Luis Angel Ramírez (Producer and Director, Imval Producciones)
  • Brésil : Nicolas Piccato (Audiovisual Attaché, Ministry of Europe and Foreign Affairs), Marion Loire (Book Attaché, Ministry of Europe and Foreign Affairs), Tatiana Leite (Producer, Bubbles Project)
  • Pays Nordiques : Lucie Guérin (Regional Audiovisual Attaché, Ministry of Europe and Foreign Affairs), François Barjot (Book Attaché, Ministry of Europe and Foreign Affairs), Helen Ahlsson (Producer, SF Studios)
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Belgique, Canada : 2 talents à suivre

BELGIQUE

10 visages du cinéma belge sur la Croisette : Benoît Roland, producteur

Producteur installé dans le paysage européen, Benoît Roland arrive à Cannes avec Ton animal maternel, présenté à Un Certain Regard. Réalisé par Valentina Maurel, le film suit Elsa, 28 ans, de retour à San José, aux prises avec une sœur instable et des parents démissionnaires, dans un récit tendu entre intimité et désordre familial. Ce type de projet correspond à la ligne défendue par Wrong Men, société qu’il a cofondée et développée autour d’un accompagnement sur la durée. “Les prix arrivent toujours en second lieu. Ce qui compte, c’est le travail avec les auteurs”, rappelle-t-il. Une approche qui privilégie le développement et la relation de confiance. Aujourd’hui, il souligne un contexte plus délicat, avec des moyens qui n’évoluent plus alors que les ambitions restent élevées. Une réalité qui impose d’anticiper davantage les montages financiers et de renforcer les partenariats dès l’amont. Actif dans des coproductions internationales, Roland construit un catalogue où coexistent premiers films et projets confirmés, avec une attention portée à leur circulation. Sa présence à Cannes s’inscrit dans cette continuité
Présent à Cannes 2026 avec Ton animal maternel, Un Certain Regard (réal. Valentina Maurel, prod. Wrong Men)

CANADA

10 talents canadiens sur la Croisette : Line Sander Egede, productrice

Productrice danoise établie à Montréal, Line Sander Egede présentera à Cannes Doc son long métrage « Sisters of the Union », portant à l’écran une enfance en Roumanie soviétique. « C’est une sorte de lettre du réalisateur à sa petite sœur, qui n’a pas grandi en Roumanie », résume la productrice.

Réalisé par Dan Popa, le film est monté à partir d’un mélange d’archives historiques, d’archives personnelles et de fausses archives. « Ce n’est pas du tout un film politique, mais Dan voulait raconter la période communiste de manière différente, pas seulement en disant : “c’est terrible”. Si c’est la première fois qu’elle se rend à Cannes, Line Sander Egede a déjà connu un succès d’estime en France avec «Vampire humaniste cherche suicidaire consentant », une comédie horrifique sortie en 2024.

À Cannes, la productrice cherchera bien sûr des distributeurs en France pour « Sisters », mais aussi des coproducteurs et du financement pour un documentaire sur une simulation parlementaire des Nations unies, tourné à New York au printemps prochain.

Présente le 15 mai au Showcase Canada

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À la une

L’ÉDITO CANNOIS D’ÉRIC LIBIOT

Il était une fois – L’édito cannois d’Eric Libiot

Le hasard fait bien les choses. Sauf que ce n’est peut-être pas un hasard… Si La Vénus électrique de Pierre Salvadori fait l’ouverture de ce festival de Cannes, c’est qu’il était prêt à temps, notamment pour assurer une sortie en salles dans la foulée puisque c’est la règle éditée depuis quelques années par Thierry Frémaux, le délégué général. Tous les films ne peuvent pas prétendre à occuper cette place si bien exposée puisque beaucoup sortent de la salle de montage encore mouillés quand ils ne subissent pas un petit lifting entre leur présentation officielle sur la croisette et leur arrivée dans les cinémas, à l’automne suivant.

La Vénus électrique cochait plusieurs cases sur le papier : tout prêt tout chaud, un réalisateur reconnu et souvent à succès (En liberté, Hors de prix, Après vous), un casting étoilé (Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Vimala Pons, Gilles Lellouche…), une soirée d’ouverture baignée dans les sourires, voire les rires, puisque le film s’annonce comme une comédie, une production française, même si l’alternance (théorique), après Partir un jour l’année dernière, eut voulu qu’un long-métrage étranger ouvre les agapes (ne parlons pas des hostilités, merci).

Le cinéma fut un art forain avant de s’afficher comme industrie.

Un bel alignement des planètes, donc. Mais cette (très réussie) Vénus électrique raconte aussi quelque chose de plus, qui dépasse le cadre stricto-sensu de sa présentation en ouverture. Ici, Pierre Salvadori se fait conteur : il était une fois une jeune femme, Suzanne, artiste de fête foraine à la fin des années 1920, qui tombe amoureuse d’un peintre en manque d’inspiration, qu’elle manipule en lui faisant croire qu’elle est médium ; je vous passe les détails pour apprécier à sa juste valeur cette histoire de mille tours et détours qui, finalement, rend hommage à un cinéma de l’imagination et de l’artisanat. Ici, pas d’IA, pas d’effets numériques explosifs, pas de discours intempestif.

Que cette Vénus électrique soit du fait- main et de la haute couture, plus que du prêt-à-porter, rappelle, dans un retournement malin, que le cinéma fut un art forain avant de s’afficher comme industrie. Le film de Pierre Salvadori est donc plus que bienvenu pour ouvrir grand les portes d’un festival, toutes sections confondues, qui met en avant les artistes aussi venus se serrer les coudes.

Tout le monde sait les soubresauts que traverse le secteur. Aux Etats-Unis notamment, où Hollywood est en pleine crise existentielle. Ça râle de toute part : Denis Villeneuve et David Fincher contre le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount, Steven Spielberg contre les franchises et la paresse des Studios ; les salariés virés de Marvel contre Disney ; l’académie des Oscars contre la mainmise de l’IA ; les streamers contre un public moins fidèle… Là-bas mais ailleurs également. Les salles françaises sourient depuis le début de l’année mais le financement des films coince. Rien ne va si bien nulle part.

L’impression est tenace que le festival de Cannes, qui offre ce qu’il y a de meilleur dans la production, qui donne la parole à des cinéastes exigeants, qui fait entendre toutes les paroles du monde, soit le bel arbre qui cache une forêt moins verte. Au moins le film de Pierre Salvadori rappelle-t-il que les raconteurs d’histoires doivent trouver leur place au centre du village du 7ème art. Inventer, imaginer, recommencer. Il n’y aura pas de Vénus électrique 2. Et c’est heureux.

PROPOSITION DE LOI

VHSS, protection des mineurs, “castings sauvages”… Que retenir de la proposition de loi d’Erwan Balanant pour lutter contre les violences dans la culture ?

À l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenue ce mercredi 13 mai à l’Assemblée nationale, le député Erwan Balanant, avec le soutien de Sandrine Rousseau, a présenté une proposition de loi visant à lutter contre les violences morales, sexistes et sexuelles dans la culture. “Volet législatif” des recommandations formulées dans le rapport de la Commission d’enquête relative aux violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité publié en avril 2025, la proposition de loi composée de 19 articles entend “changer de paradigme” en consolidant l’arsenal juridique pour prévenir et sanctionner “durablement” les violences.

Près de dix ans après l’affaire Weinstein, le socle législatif resterait insuffisant et le système défaillant pour endiguer ces phénomènes. Et ce, en dépit de certaines avancées sur le sujet comme la signature de chartes ou la mise en place de cellules d’écoute et de formations. “Malgré le retentissement médiatique de nombre des témoignages, force est de constater qu’à chaque fois, une affaire a chassé l’autre”, expose le député puis admet : “Nous avons collectivement failli”.

Le choix d’aboutir cette proposition au moment du Festival cannois n’est pas anodin. Le travail engagé par les députés se veut comme un point de départ susceptible “d’infuser la société entière”, selon Sandrine Rousseau, qui a partagé l’attente que le monde du cinéma s’en empare. Celle-ci sera présente samedi 16 mai à 15h30 à une table-ronde organisée par MeTooMedia et l’ACID au café des cinéastes à Cannes.

“Notre modèle culturel ne peut être le prétexte à une “exception de génie”. Le culte rendu à l’art a trop longtemps excusé des abus et a banalisé les pires souffrances et humiliations. La culture ne fait pas exception : les violences qui y sont constatées sont le reflet de celles qui ont cours dans la société. Ici comme ailleurs, le droit du travail doit s’appliquer et protéger.”

Erwan Balanant, député Les Démocrates.

Plusieurs points-clés ont été abordés, dont le renforcement de la protection des mineurs avec l’instauration d’un contrôle d’honorabilité systématique pour toute personne amenée à travailler auprès de ce public. Aussi, toute sanction financière, retenue sur salaire ou demande de dommages et intérêts à l’encontre des personnes signalant des faits de VHHS doivent être interdites. Le texte prévoit également d’affermir les sanctions pénales avec la création d’une nouvelle infraction contraignant les employeurs à signaler ces faits portés à leur connaissance.

“C’est à toutes les victimes que ce travail est dédié.”

Sandrine Rousseau, députée Écologiste et social.

 Pour protéger les travailleurs qui font face à une précarisation de la profession, le texte propose notamment de limiter la pratique des “castings sauvages” en délimitant un cadre d’embauche clair (heures ouvrables, locaux professionnels, interdiction de demander aux candidats de se dénuder…). Concernant les scènes d’intimité, des clauses précises dans les contrats des interprètes sont proposées, accordant aux talents “un droit de regard sur le montage” et prévoyant une médiation du CNC en cas de désaccord.

Pour l’heure, le calendrier reste incertain. “La prochaine étape est d’obtenir un créneau dans l'hémicycle, ce qui n’est pas simple en raison de l’agenda chargé jusqu’à la fin de notre mandature”, a précisé Sandrine Rousseau. Cette dernière a appelé les différents groupes à soutenir cette proposition transpartisane qu’elle juge “indispensable pour s’attaquer au caractère systémique des violences” et ne pas faire porter la responsabilité aux seules victimes mais à l’ensemble du secteur.

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PROPOSITION DE LOI

Audiovisuel public : Erwan Balanant juge la proposition de loi de Charles Alloncle “ridicule” et “contre-productive”

Le député Charles Alloncle poursuit son offensive contre l’audiovisuel public. Après la publication de son rapport de commission d’enquête la semaine dernière, l’élu UDR a déposé, mardi 12 mai, une proposition de loi visant à "prévenir les conflits d’intérêts" dans le secteur. Une initiative vivement critiquée par Erwan Balanant, député MoDem et membre de la commission d’enquête, qui dénonce auprès d’Écran Total un texte "hallucinant" et "amateur". "Ça concerne juste les déclarations d’intérêt, avec plein d’effets de bord pour l’attractivité du métier à France Télévisions, estime-t-il. Vous êtes déjà moins payé dans le public que dans le privé. Si, en plus, une fois parti, vous ne pouvez plus travailler dans l’audiovisuel privé, plus personne ne voudra travailler à France Télévisions." Le parlementaire juge que la mesure créerait une forme d’assignation professionnelle pour les salariés du service public audiovisuel : "Quelqu’un qui travaillerait un jour pour le public serait condamné à le faire jusqu’à la fin de ses jours, ou alors à changer de métier."


Un contre-rapport sur “les usages, les enjeux de souveraineté, le numérique et la lutte contre la désinformation”

Selon lui, la proposition de loi ne répond pas aux véritables enjeux du secteur et contribue surtout à alimenter les soupçons autour de l’audiovisuel public. "C’est encore un projet qui va exciter des fantasmes sur le fait qu’il n’y aurait pas de transparence", regrette-t-il. Erwan Balanant critique également la méthode employée par Charles Alloncle, qu’il accuse d’avoir repris l’une des recommandations les plus simples à traduire législativement parmi celles de son rapport. "Avec cette recommandation, il peut tenter de faire un texte législatif rapidement. Les autres demandent du travail", ironise-t-il. Le député MoDem assure par ailleurs travailler toujours à un contre-rapport avec plusieurs élus du bloc central. Ce document, attendu "courant juin", devrait porter notamment sur "le numérique, les usages, les enjeux de souveraineté et la lutte contre la désinformation", autant de sujets qui, selon lui, ont été absents des travaux de la commission d’enquête.

L’actualité du secteur

CHAÎNES ET PLATEFORMES

TV5Monde va prochainement intégrer le Maroc dans sa gouvernance

La présidence suisse des gouvernements bailleurs de fonds de TV5Monde a reçu un courrier du Maroc, le 21 avril, dans lequel le royaume chérifien officialise son intérêt pour une entrée dans la gouvernance de la chaîne francophone internationale. Le Maroc est le premier pays africain à s’inscrire dans un parcours d’adhésion au partenariat réunissant le Canada, la Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique, la France, la principauté de Monaco, la province canadienne du Québec et la Suisse. Initiée en 2025 par les six gouvernements bailleurs de fonds, l’ouverture de la gouvernance de TVMonde porte l’ambition de construire un espace audiovisuel partagé incarnant “une Francophonie vivante, dynamique et reflétant ses valeurs essentielles”.

Dans son courrier du 21 avril, Mohammed Mehdi Bensaid, ministre de la jeunesse, de la culture et de la communication du Maroc, a confirm ”, en réponse à la proposition des gouvernements bailleurs de fonds, son intérêt à rejoindre le partenariat et a annoncé que “l’engagement à respecter les critères d’adhésion est d’autant plus résolu qu’il émane d’une convergence de valeurs et d’un même souci de la transparence et de la bonne gouvernance”. Par cette démarche, le Maroc franchit une étape majeure du processus d’adhésion. Les hauts fonctionnaires des six gouvernements bailleurs de fonds vont à présent pouvoir travailler avec leurs homologues marocains à l’examen et aux modalités pratiques de ce projet d’adhésion.

Le parcours d’adhésion repose sur une série de critères d’admissibilité précis et exigeants. Les États concernés doivent s’engager à respecter les valeurs fondamentales ainsi que l’indépendance éditoriale de TV5Monde. Ces engagements s’appuient sur la Charte TV5 et sur la Charte d’indépendance éditoriale et de déontologie, qui définissent les principes essentiels de rigueur journalistique, d’honnêteté de l’information, de transparence et de pluralisme des opinions.

CHIFFRES

Comparatifs 14h : “La Vénus électrique” éblouit à Cannes comme à Paris

Film, réalisateurDistributeurCopiesEntrées 1er JourMoyenne
LA VÉNUS ÉLECTRIQUE, Pierre SalvadoriDIAPHANA291 95367
OBSESSION, Curry BarkerLE PACTE1142038
ELISE SOUS EMPRISE, de Marie RémondKMBO211658
JUNK WORLD, Takahide HoriUFO DISTRIBUTION26131
CHAO, Yasuhiro AokiEUROZOOM14141
Box-office Paris 14h du 13 mai

Pierre Salvadori enregistre son plus haut score au Paris 14h jusque là. Son dernier film, La petite bande (Gaumont), avait enregistré 235 places pour 18 copies en 2022. Avec La Vénus électrique, il s'élève avec 1953 entrées pour 29 copies. Porté par sa projection à Cannes, le long métrage a déjà du succès dans les salles.

Film, réalisateur - annéeDistributeurCopiesEntrées 1er JourMoyenneCumul
LA VÉNUS ÉLECTRIQUE, Pierre SalvadoriDIAPHANA291 95367
LA PETITE BANDE, Pierre Salvadori - 2022GAUMONT1823513114 275
EN LIBERTÉ ! , Pierre Salvadori - 2018MEMENTO251 93978890 716
DANS LA COUR, Pierre Salvadori - 2014WILD BUNCH211 02349386 794
DE VRAIS MENSONGES, Pierre Salvadori - 2010PATHE FILMS211 15855561853
Comparatif "Pierre Salvadori"

Dans son premier long-métrage, Curry Barker explore une relation amoureuse qui vire au morbide. Son récit obsessionnel enregistre 420 entrées pour 11 copies au Paris 14h, un score assez prometteur en comparaison à d'autres films qui explorent un thème similaire. Un voisin trop parfait (Universal), qui traite cette fois d'un homme qui poursuit son obsession amoureuse pour une femme, avait enregistré 349 copies pour 7 copies en 2015.

Film, réalisateur - annéeDistributeurCopiesEntrées 1er JourMoyenneCumul
OBSESSION, Curry BarkerLE PACTE1142038
TOGETHER, Michael Shanks - 2025METROPOLITAN FILMEXPORT112101977 965
UN VOISIN TROP PARFAIT, Rob Cohen - 2015UNIVERSAL PICTURES73495063 304
THIRST, CECI EST MON SANG, Park Chan Wook - 2009LE PACTE113773456 050
Comparatif "Horreur et amour"

Élise sous emprise porté par KMBO démarre timidement en ne comptabilisant que 116 entrées sur 2 copies au Paris 14h. Le film s'inscrit dans une continuité de récits féminins portés sur le grand écran français au cours de ce premier trimestre 2026. Néanmoins, il enregistre l'avant dernier score dans cette catégorie, entre Les Filles du ciel (Memento) qui comptait 110 entrées pour 6 copies et Une fille en or (Nour Films) avec 218 entrées pour 8 copies.

Film, réalisateur - annéeDistributeurCopiesEntrées 1er JourMoyenneCumul
ELISE SOUS EMPRISE, de Marie RémondKMBO211658
LA MAISON DES FEMMES, Melisa Godet - 2026PATHE FILMS2075038474 370
LES FILLES DU CIEL, Bérangère McNeese - 2026MEMENTO61101811 768
LOL 2.0, Lisa Azuelos - 2026APOLLO FILMS1761336953 866
UNE FILLE EN OR, Jean-Luc Gaget - 2026NOUR FILMS82182726 791
Comparatif "Héroïnes féminines françaises en 2026" 

Box-office semaine : “Michael” et “Le diable s’habille en Prada 2” toujours en top des tendances

RangSemTitreCopiesDistributeurTotal
semaine
MoyÉvol.
en %
Cumul
semaine
13 MICHAEL 838 UNIVERSAL PIC. 967.1541.154-203.570.262
22 LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA 2 523 DISNEY 677.6151.296-341.710.170
31 POUR LE PLAISIR 454 STUDIO TF1 272.204600272.204
44 JUSTE UNE ILLUSION 1.160 GAUMONT 255.869221-291.599.410
56 SUPER MARIO GALAXY… 977 UNIVERSAL PIC. 209.784215-455.273.012
61 C'EST QUOI L'AMOUR ? 445 MEMENTO 157.354354157.354
71 MORTAL KOMBAT II 387 WARNER BROS. 122.378316122.378
82 VIVALDI ET MOI 250 DIAPHANA 80.26632136139.463
91 BILLIE EILISH-HIT ME HARD… 282 PARAMOUNT PIC. 75.46026875.460
101 THE CRIMINALS 236 SND 68.93229268.932
116 COMPOSTELLE 583 APOLLO FILMS 67.900116-371.104.075
124 BAGARRE 361 STUDIOCANAL 64.589179-36497.687
134 LE REVEIL DE LA MOMIE 305 WARNER BROS. 42.620140-38348.620
143 NOUS L'ORCHESTRE 228 PYRAMIDE 35.591156-12118.858
156 THE DRAMA 272 METROPOLITAN 26.84799-51817.971
166 PLUS FORT QUE MOI 291 TANDEM 22.90379-45355.001
1714 MARSUPILAMI 222 PATHE 20.411926.095.999
1810 JUMPERS 291 DISNEY 19.89068-351.479.846
191 THE WORLD OF LOVE 80 THE JOKERS 19.20424019.204
208 PROJET DERNIERE CHANCE 157 SONY PIC. 19.161122-481.182.961
215 L'ENFANT DU DESERT 509 STUDIOCANAL 19.12738-54336.398
221 MON GRAND FRERE ET MOI 102 ART HOUSE 18.59918218.599
232 SORDA 189 CONDOR 18.01695-5356.048
242 HOKUM 184JOKERS/BOOKM.16.59090-5654.058
252 ELFIE ET LES SUPER ELFKINS 421 KMBO 15.76237-5148.120
264 LA CORDE AU COU 381 ARP SELECTION 14.34438-45136.589
272 DIE, MY LOVE 149 BAC FILMS 12.15782-5036.274
283 L'ARNAQUEUSE 234 WILD BUNCH 11.37149-5469.368
291 CINQUE SECONDI 61 PAN DISTRIBUTION 10.41517110.415
301 THE NEW WEST 61 PYRAMIDE 10.39517010.395
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ENTREPRISES

Millimages désigne l’agence Caravanserai pour représenter Molang dans la péninsule ibérique

Le studio d’animation Millimages a choisi la société espagnole Caravanserai comme agent de licence pour représenter sa marque phare emblématique, Molang, dans toute la péninsule ibérique. Dans le cadre de ce premier partenariat avec Millimages, Caravanserai se concentrera sur le développement des activités liées aux produits dérivés de Molang en Espagne, au Portugal et en Andorre. Basée à Barcelone, l’agence Caravanserai est spécialisée dans les licences et les partenariats de marque. Elle représente actuellement un portefeuille diversifié de propriétés, notamment Miffy, Le Petit Prince, Popeye, Gruffalo and Friends et Peter Rabbit.

Molang incarne la gentillesse, le bonheur et la positivité à travers un style unique et facilement reconnaissable. Nous sommes ravis de continuer à explorer de nouvelles façons d’insuffler cet esprit dans des domaines tels que la mode, les accessoires, la décoration d’intérieur, la papeterie et bien d’autres encore.

Guillem Rey, directeur général de Caravanserai.

Lancé il y a 10 ans sous la forme d’une série télévisée d’animation, Molang a connu une évolution exponentielle qui a largement dépassé ses origines. La collaboration entre Millimages et Caravanserai renforce l’attrait de Molang, offrant aux partenaires une occasion de s’associer à une marque entièrement construite autour de la positivité émotionnelle et du bonheur partagé.

Nous sommes très heureux de compter Caravanserai parmi nos partenaires et de travailler avec eux au développement de Molang dans la péninsule ibérique. Fort de nombreuses années d’expérience, Caravanserai possède une solide connaissance du marché, et son expertise dans la création de marques lifestyle en fait un partenaire idéal pour Molang et son positionnement.

Alexandra Algard-Mikanowski, directrice commerciale chez Millimages.

En mars dernier, Millimages avait signé un accord d’édition avec Penguin Random House pour le développement d’une gamme de livres d’activités exploitant l’univers de la licence.

Matthieu Rubin et Sazia Films s’associent à Seven Prod pour développer des projets internationaux

Producteur au sein de Sazia Films, et directeur de production sur de nombreux projets anglo-saxons majeurs, Matthieu Rubin engage une nouvelle collaboration avec la société suisse Seven Prod, marquant une étape importante dans le développement de projets de cinéma et de séries à vocation internationale, tout en gardant l’indépendance de sa structure française.

Connue en France pour les longs métrages Les Déguns, de Cyrille Droux et Claude Zidi Jr., et Pierre & Jeanne, premier long métrage de Clémentine Célarié, Sazia Films allie exigence artistique, attention portée aux auteurs et capacité à accompagner des projets dans des contextes de production variés. Cette nouvelle collaboration avec Seven Prod s’inscrit dans une volonté partagée de renforcer les passerelles entre la France, la Suisse et les partenaires internationaux.

Dans ce cadre, Matthieu Rubin rejoint l’équipe de production de Seven Prod, aux côtés de Monica De Almeida, Noellie Fantino et Xavier Ruiz (Artisan Productions). Ensemble, ils vont développer et produire des œuvres engagées, accessibles et ambitieuses, capables de toucher un public large tout en conservant une forte identité artistique.

Cette collaboration permet à Seven Prod de renforcer ses compétences en matière de fabrication et de production exécutive, en s’appuyant notamment sur une solide expérience de terrain acquise sur de grands projets internationaux, à travers des responsabilités de direction de production et un travail étroit avec des partenaires créatifs et financiers internationaux. Elle ouvre également de nouvelles perspectives de coproduction entre la France, la Suisse et l’international, avec l’ambition d’accompagner des projets exigeants dès leur développement, jusqu’à leur production et leur diffusion.

INSTITUTIONNEL

La proposition de loi sur l’IA et le droit d’auteur oubliée à l’Assemblée nationale

Adoptée par le Sénat le 8 avril, cette proposition de loi (PPL) portée par la sénatrice Laure Darcos (groupe Lirt) vise à instaurer une reconnaissance a priori de l’usage que fait l’IA générative d'œuvres protégées par le droit d’auteur. Aujourd'hui, ce sont aux auteurs de prouver que l’IA utilise leurs œuvres, une démarche complexe au vu de la non transparence des fournisseurs. Ce texte consiste à inverser cette logique, obligeant les systèmes IA a prouver qu’ils n’utilisent pas des œuvres protégées. 

Toutefois, lors de la Conférence des présidents tenue le 12 mai, les présidents de groupe de l'hémicycle ont fait le choix de ne pas inscrire ce dossier à l'ordre du jour de la semaine transpartisane de juin. Face à ce refus, selon Le Point, le groupe communiste (ou GDR) à l’Assemblée nationale a décidé d’inscrire la PPL à l’ordre du jour de niche transpartisane qui aura lieu le 11 juin. Si l’inscription du texte ne garantit pas son examen, il est “important d'entretenir une activité autour du texte avant les sénatoriales”, confie Pierre Ouzoulias, coauteur de la PPL, à Contexte. Le sort définitif du texte dans l’ordre des priorités du groupe GDR devait être tranché ce mercredi 13 mai.

Le député Alloncle propose une loi pour “prévenir les conflits d’intérêts” des dirigeants de l’audiovisuel public

Le député UDR Charles Alloncle a déposé une proposition de loi afin de “prévenir les conflits d’intérêts” des dirigeants de l’audiovisuel public, traduisant une des recommandations de son rapport contesté sur le secteur, fruit de six mois de commission d’enquête. Il espère que son texte sera examiné lors de la niche réservée à son groupe, le 25 juin à l’Assemblée nationale.

Enregistrée mardi 12 mai, la proposition de loi n° 2791 ne comporte qu’un unique article prévoyant un contrôle sur les passages dans des sociétés de production d’anciens responsables de l’audiovisuel public. Le texte ne concernerait que les responsables dont les fonctions ont comporté “la sélection, la conclusion ou la supervision de contrats de production, de coproduction ou de commande d’œuvres audiovisuelles”, afin que ces sociétés ne soient pas favorisées.

Dans l’exposé des motifs de son texte, le député Alloncle juge qu’“en l’état du droit, les procédures de prévention des conflits d’intérêts se révèlent insuffisantes” et souhaite que la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) soit consultée pour émettre un avis sur les mobilités des responsables de l’audiovisuel public, comme actuellement pour certains responsables publics se reconvertissant dans le privé.

Quatorze régions adhèrent à un partenariat renforcé avec l’État

Gaëtan Bruel, président du CNC, l'a annoncé mardi 11 mai, avant le lancement du Festival de Cannes. Afin de poursuivre et de consolider l’engagement des régions en faveur de la diffusion, l’Etat établit un partenariat renforcé avec les collectivités qui s’inscrit dans la stratégie globale du ministère de la Culture et des DRAC sur le terrain qui soutiennent la filière.

En septembre 2025, le président du CNC avait proposé à l'ensemble des régions de rejoindre ce partenariat avec l'État et le CNC. "Le risque d'une baisse du budget des collectivités est réel et certaines régions sont attachées à la production mais moins à la diffusion, a-t-il indiqué. Le maintien des budgets liés à la diffusion représente un effort auquel consentent les régions. Il faut consolider l'effort en faveur des salles et de l'éducation à l'image afin de changer notre rapport à l'écran." Dans un contexte de tensions liées à la fréquentation des salles et de l'évolution des usages liés à l'écran, notamment chez les plus jeunes, "une nouvelle forme de partenariat entre l'État et les collectivités" était d'autant plus nécessaire.

Ce partenariat renforcé repose sur un cofinancement inédit. Auparavant, le dispositif reposait sur 1 € de l'État pour 2 € investis par les collectivités. "Désormais, le rapport s'inverse", a détaillé Gaëtan Bruel. Les régions signataires pourront bénéficier de 2 à 3 € de l'État pour chaque euro investi. Aussi, les régions s'engagent à maintenir leurs engagements en matière de diffusion et d'éducation à l'image.

Initier une dynamique vertueuse

Quatorze régions sur dix-sept ont ainsi accepté d'adhérer à ce nouveau partenariat. Seules trois manquent à l'appel : les Pays de la Loire, la Nouvelle-Aquitaine et la Guadeloupe. "Je ne m'attendais pas à ce qu'autant répondent à l'appel, s'est réjoui Gaëtan Bruel. Ce sont des centaines de salles, de festivals et d'actions d'éducation aux images qui sont ainsi préservés. Il s'agit d'une démarche vitale pour la filière. L'idée est d'initier une dynamique vertueuse et non un cercle vicieux."

Le CNC mènera une "démarche d'écoute et de dialogue" avec les régions signataires pour construire une feuille de route adaptée à chacune d'entre elles afin de relancer la fréquentation des salles et de soutenir l'éducation au cinéma. Chaque année, ce partenariat renforcé sera proposé aux régions n'y ayant pas adhéré.

Le CNC a également indiqué que sa politique actuelle avec les régions restait inchangée. Le partenariat renforcé s'inscrit dans le cadre des conventions pluriannuelles qui seront renouvelées pour 2026-2029.

Un appel à projets innovants pour l'éducation au cinéma et à l'image est aussi lancé par le CNC, avec un dépôt des dossiers ouvert du 1er au 30 juin pour cette première année. Il s'inscrit dans le cadre du plan de refondation de l'éducation au cinéma et à l'image, annoncé par les ministères de l'Éducation et de la Culture en novembre dernier. "Nous devons relever le défi de la diffusion des œuvres dans les salles et de l'éducation à l'image, a martelé Gaëtan Bruel. Aujourd'hui, 15 % des jeunes sont allés au moins une fois au cinéma avec leur classe grâce au dispositif Ma Classe au cinéma. Nous avons pour ambition de tripler ce résultat."

Doté d'un budget annuel de 700 000 euros, le fonds vise à soutenir des actions et outils permettant de faire émerger de nouvelles approches pédagogiques dans les dispositifs d'éducation aux images, en prenant davantage en compte les pratiques des jeunes et en les incluant dans la construction des projets. Ces derniers devront proposer des objectifs éducatifs permettant de répondre aux enjeux actuels liés aux pratiques culturelles des jeunes : valoriser la diversité des formes et formats d'œuvres, accompagner l'utilisation des nouvelles technologies et des outils numériques du quotidien, favoriser l'expérience collective dans la création et la réception des œuvres.

Téléfilm Canada investit dans huit coproductions minoritaires

Dans le cadre de son Programme d’aide à la production, Téléfilm Canada a évalué un total de 18 projets pour les marchés anglophone et francophone, représentant plus de 7 M$ (≈4,4 M€) en demandes de financement. Les projets de huit coproductions minoritaires – trois films pour le marché francophone et cinq pour le marché anglophone – ont été retenus pour un investissement total de 3,45 M$ (≈2,15 M€)

Ces projets démontrent l’importance des coproductions, qui permettent aux productrices et aux producteurs du Canada et de l’étranger de combiner leurs ressources créatives, techniques et financières. Trois films financés sont des projets d’animation, démontrant la croissance des partenariats avec le Canada dans ce secteur.

Marché francophone

  • Les chiens ne font pas des chats, long métrage d’animation écrit et réalisé par Alain Gagnol, produit par Parmi Les Lucioles Films (France), en coproduction avec Umedia (Belgique) et Kaïbou Production CNFPC Inc. (Canada)
  • Ni le jour ni la nuit, comédie romantique de Monia Chokri, coproduite par Metafilms Inc., coproduction minoritaire avec la France
  • Ogresse, comédie musicale en animation de Lia Bertels et Cécile McLorain Salvant, produite par Miyu Productions (France), en coproduction avec Embuscade Films (Canada), Hélium Films (Suisse) et Umedia Production (Belgique)

Marché anglophone

  • Embers, drame historique d’Istvan Szabo, produit par SPF (Embers) Productions Inc., coproduction minoritaire avec la Hongrie
  • Insectario, film de science-fiction fantastique de Sofía Catalina Carillo Ramirez, produit par Productions Ocho inc., coproduction minoritaire avec le Mexique et l’Espagne.
  • Lucia, drame historique d’Aisling Walsh, produit par Art et Essai inc., coproduction minoritaire avec le Luxembourg (Amour Fou Luxembourg) et l’Irlande
  • Shitballs film de science-fiction fantastique, d’Álfrún Örnólfsdóttir, produit par Productions l’Unité Centrale inc., coproduction minoritaire avec l’Islande
  • Soma, film de science-fiction fantastique de Miklos Keleti, produit par Soma-World Films Inc, coproduction minoritaire avec la Belgique (Velvet Films et WFE Production) et les Pays‑Bas

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MOUVEMENTS

France Télévisions accélère le “streaming first” avec une nouvelle organisation

Le groupe public France Télévisions s’adapte à la révolution des usages et à celle de l’intelligence artificielle générative en faisant de ses deux plateformes Franceinfo et France.tv des leaders incontournables. Dans le cadre de sa stratégie “streaming first”, le groupe franchit une nouvelle étape décisive en adoptant une nouvelle organisation dont les principes avaient été présentés par Delphine Ernotte Cunci lors de son renouvellement pour un troisième mandat.

La nouvelle organisation vise à accélérer la stratégie numérique de France Télévisions, lui offrant d’être plus robuste face aux accélérations sectorielles et plus à même de déployer sur tous les usages et dans tous les environnements les missions et l’utilité du service public de l’audiovisuel.

Ainsi, Delphine Ernotte Cunci nomme :

  • Stéphane Sitbon-Gomez, directeur général adjoint, en charge des offres et de la stratégie éditoriale
  • Skander Ben Attia, directeur du produit et des technologies
  • Encarna Marquez, directrice de l’IA et de la Data
  • Bruno Loutrel, directeur du marketing

Les nominations des pôles Actualités et Contenus

Sur proposition de Stéphane Sitbon-Gomez, Delphine Ernotte Cunci procède à quatre nominations au pôle Actualités et neuf nominations au pôle Contenus.

Pôle Actualités

  • Philippe Martinetti, directeur délégué du pôle Actualités
  • Philippe Corbé, directeur de l’information, désormais en charge de l’ensemble des magazines d’actualité
  • Laurent-Éric Le Lay, directeur des Sports et des évènements
  • Christophe Poullain, directeur des Régions.

Pôle Contenus

  • Sydney Poggi, directrice déléguée du pôle Contenus
  • Anne Holmes, directrice de la Création
  • Manuel Alduy, directeur du Cinéma et des séries internationales
  • Tiphaine de Raguenel, directrice des Jeunes publics
  • Florent Dumont, directeur de la Vie quotidienne
  • Antonio Grigolini, directeur des Savoirs

Enfin Cyril Giraudbit est nommé directeur des Médias, Laure Haguenauer, secrétaire générale des offres, et Louisa André, directrice des Publics et de la prospective.

Annaïck Le Ru devient directrice générale de Ciclic Centre-Val de Loire

A l’issue d’un processus de recrutement lancé en décembre dernier, Annaïck Le Ru vient d’être désignée directrice générale de Ciclic Centre-Val de Loire par le conseil d’administration de l’agence. Actuellement directrice générale adjointe de l’établissement, elle prendra ses fonctions le 14 septembre et succédera à Philippe Germain, qui occupait la direction générale depuis 11 ans. Figure historique de la structure, Philippe Germain a cofondé l’Atelier de Production Centre-Val de Loire, qui préfigurera l’agence, avant d’y revenir en 2015.

Le projet d’orientations d’Annaïck Le Rua a reçu l’approbation du conseil d’administration. Il repose sur une vision d’une création artistique “exigeante et diverse” et d’une action culturelle “au cœur du lien social”. Son engagement en faveur du service public, sa connaissance approfondie de l’environnement régional, national et international dans lequel évolue Ciclic lui permettront à la fois de consolider les acquis de ces dernières années et d’engager des innovations en termes de méthodes, d’organisation et de dispositifs.

Le projet que porte Annaïck affirme qu’une action publique culturelle claire, concertée et constante reste possible dès lors qu’elle place les artistes et les territoires au cœur de son engagement. Ensemble, nous allons œuvrer pour faire rayonner le Centre-Val de Loire, soutenir la diversité des écritures et inscrire notre action dans les enjeux contemporains du secteur culturel.

Julie Gayet, présidente de Ciclic Centre-Val de Loire.

À l’occasion de ce recrutement, Julie Gayet a réaffirmé son attachement à l’agence et confirmé son engagement dans ses fonctions de présidente de Ciclic Centre-Val de Loire.

Titulaire d’une maîtrise de sciences économiques et d’un DESS Développement international, culturel et touristique, Annaïck Le Ru débute sa carrière à Brest puis la poursuit au Maroc avant de rejoindre Ciclic Centre-Val de Loire. Elle y occupe successivement les fonctions de chargée de mission, responsable puis directrice administrative et financière, contribuant activement à l’évolution structurelle et à la consolidation des missions de l’agence.

ÉVÉNEMENTS

La Franco-Espagnole Blanca Li préside le jury de la compétition immersive

Le jury de la troisième édition de la compétition immersive est présidé par la directrice artistique franco-espagnole Blanca Li. Elle est entourée de la réalisatrice française Céline Tricart, du compositeur et réalisateur néerlandais Michel van der Aa, de la réalisatrice et productrice anglaise Mary Matheson et du réalisateur taïwanais Hsin-Chien Huang.

Ensemble, ils désigneront le lauréat du Prix de la meilleure œuvre immersive parmi les neuf de la sélection. L’œuvre la plus innovante de l’année sera dévoilée et recevra son Prix lors d’une cérémonie programmée jeudi 21 mai à la Plage des Palmes.

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REVUE DE PRESSE

Le cinéma de Gardanne retrouve enfin ses spectateurs

Sa réouverture était devenue une véritable arlésienne. Après de longs mois de travaux, débutés en 2025, du retard, et de nombreux échanges houleux entre oppositions et majorité en conseil municipal, le Cinéma 3 Casino rouvre enfin ses portes [à Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône]. Ce mardi 12 mai, dans les trois salles obscures de ce lieu associatif défileront de nouveau les images du septième art, les fauteuils rouges seront de nouveau occupés par le public. (…) Après ces années de paralysie de l’activité, la gérante de l’association [Laure Gonzales] rapporte le soulagement des bénévoles, mais aussi l’engouement des Gardannais autour de cette première soirée de projection. La première, depuis des années. L’ouverture de la 79ᵉ édition du Festival de Cannes sera projetée dans l’une des trois salles, le film la Vénus électrique de Pierre Salvadori, dans une autre. Dans la troisième, ces deux séquences seront diffusées l’une après l’autre. La programmation classique reprendra dès ce mercredi 13 mai. (…) Toujours selon la présidente d’association, la rediffusion de films dans ce cinéma de proximité sera un nouveau souffle pour le centre-ville. “Il permettra de le redynamiser culturellement. C’est important, pour une ville de presque 22.000 habitants, souligne Laure Gonzales. De façon générale, on générait de l’activité aussi pour les commerces autour, on travaillait avec les autres commerces en cas d’événement… Les gens sont en demande d’un lieu culturel de proximité.

La Marseillaise, Eva Bonnet-Gonnet, le 12 avril.

“Critterz” : premier aperçu. La nouvelle technologie derrière ce long métrage d’animation basé sur l’IA dévoilée alors que Vertigo et Federation créent une nouvelle société de production spécialisée dans l’IA (Exclusif)

Les premières images de Critterz, le long métrage d’animation créé par l’IA annoncé pour la première fois l’année dernière, ont été dévoilées, mettant en avant les Critterz éponymes dans toute leur douceur et leur aspect pelucheux, le fruit d’un travail numérique. Le film – créé par Chad Nelson d’OpenAI, par les scénaristes de Paddington au Pérou – sera présenté au Marché de Cannes par AGC Studios. En plus de cette image, Vertigo Films, qui a produit le long métrage en collaboration avec son partenaire fondateur Federation Studios, a dévoilé sa nouvelle société de production spécialisée dans l’IA, Amersia, parallèlement au lancement et à la sortie de son premier produit technologique, Woven, qui a été utilisé pour créer Critterz. (…) Critterz, qui marque le premier film d’Amersia, a été créé par Chad Nelson, producteur et technologue créatif chez OpenAI. Il a vu le jour au sein de l’écosystème OpenAI et constitue une première preuve de la production native IA d’Amersia, optimisée par Woven. La technologie a été initialement développée comme système de production interne d’Amersia pour Critterz et fait actuellement l’objet d’un projet pilote avec certains partenaires médiatiques. Un déploiement à plus grande échelle est prévu dans les mois à venir. (…)

Variety, Alex Ritman, le 11 mai.