En route vers le sommet - l'édito d'Eric Libiot

Il y a 11 secondes
Eric Libiot revient chaque mercredi sur l'actualité de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

La crème de la cerise du gratin du podium. Il y aura du beau monde le 7 septembre à Saint-Paul-de-Vance pour le Sommet Lumière, co-présidé par Emmanuel Macron et Lee Jae-myung, Président de la République de Corée, qui mettra autour d’une table ou devant un pupitre tout ce qui touche à l’image (cinéma, télé, jeu vidéo, plateforme…) pour réfléchir à une seule question : “Comment créer, partager et pérenniser la valeur de l’image en mouvement au cours de la prochaine décennie ?” C’est ambitieux et sans doute aurait-il fallu plus d’une seule journée pour trouver les bonnes réponses, mais enfin les têtes pensantes présentes indiquent déjà que ça va meuler du neurone : les patrons et patronnes de Netflix, Disney, Universal Sony, Letterbox, Toho Cinema, BFI, Mubi, CNC, Canal +, TF1, la Femis, des festivals de Cannes, Berlin et Toronto… Et plus encore. Environ 150 noms au générique. Du jamais vu sans doute dans un cadre si officiel.

C’est le CNC qui est plus directement à la manœuvre pour fêter dignement, on l’espère, les 80 ans de sa création, le 25 octobre 1946, au moment où il se fait attaquer par quelques personnalités politiques, la plupart venues du Rassemblement National, qui ne connaissent manifestement rien au sujet. Et si l’on peut se permettre cette incise : le gouvernement italien dirigé par Georgia Meloni, pas forcément très éloigné du RN, envisage la création d’un Centre du cinéma sur le modèle français afin de donner un cadre solide à un secteur transalpin loin d’être au meilleur de sa forme.

Difficile de savoir ce qu'il va sortir de toutes ces discussions/conférences/ateliers/réunions si tant est qu'il en sorte quelque chose, mais c'est bien que ce Sommet-là soit.

Cette nouvelle-là, qui a fait l’actualité de l’été, certes à bas bruit, n’est d’ailleurs pas si éloignée de ce Sommet Lumière finalement. Le programme de ce grand raout à la Fondation Maeght, qui expose d’habitude les œuvres de Bonnard, Braque, Calder, Chagall, Giacometti, Kandinsky ou Léger (et ça, c’est pas du cinoche), brasse à peu près tous les sujets du moment sous l’angle du “commentkonfait” : l’IA, l’économe, le public, le piratage, les blockbusters, le cinéma indépendant, la distribution, la mondialisation, les festivals, le patrimoine, la parité, la censure, l’écologie… N’en jetez plus, l’indigestions guette.

C’est toujours un peu pareil : difficile de savoir ce qu’il va sortir de toutes ces discussions/conférences/ateliers/réunions, si tant est qu’il en sorte quelque chose, mais c’est bien que ce Sommet-là soit. Ne serait-ce que pour poser une large lumière sur un secteur qui peine parfois à expliquer l’importance qu’il revêt. Non qu’il soit plus timide qu’un autre, plutôt que la culture, au sens global, apparaît moins essentielle que le gel des pensions de retraite, le réchauffement climatique ou un match du PSG ; elle l’est autant, si ce n’est plus, mais la multiplicité de ses points d’entrée la rend sans doute moins directement préhensible.

Reste que le nerf, c’est moins l’argent et les symposiums en tapis rouge que l’implication politique. L’Élysée confirme qu’elle aura sa part puisque des ministres de la culture seront là et qu’il sera question des engagements publics nécessaires pour soutenir le monde de l’image. On s’en félicite. Mais on peut aussi être un chouïa circonspect. Un exemple ? : ce qui se dit en France en septembre 2026 ne se fera pas peut-être pas en mai 2027. Mais il y aura bien une conférence intitulée : “Soutien public, valeur à long terme”. Sans vouloir casser l’ambiance, c’est (quasi) le seul sujet qui vaille.