Drôles d’oiseaux - l'édito d'Eric Libiot

Il y a 18 secondes
Eric Libiot revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

Rendez-vous chez les Malawas, de James Huth

Bientôt les vacances et pour ce dernier édito de la saison, le sujet était tout trouvé : l’étude publiée le 16 juillet par le CNC concernant “Les animaux dans les films d’initiative française agréées”. On y apprend moult choses, notamment qu’en 2024, 76% des films présentait des animaux ici ou là, essentiellement de la figuration, et que le chien, l’oiseau et le cheval sont les espèces les plus courantes. L’étude porte sur les productions 2015, 2029 et 2024 mais une seule a mis à l’écran une “espèce en danger critique”, à savoir trois gorilles dans Rendez-vous chez les Malawas.

Il était prévu que j’analyse aussi la façon dont l’animal passait du statut de figurant à celui de personnage quand le 17 juillet, soit un jour plus tard (!), le même CNC publiait un communiqué de presse concernant le renforcement de “l’ensemble de ses dispositifs de soutien à l’écriture et à la préparation des longs métrages de cinéma.” Il est bien sûr possible d’établir des liens entre ces deux sujets, considérant que les scénaristes étaient de drôles d’oiseaux, mais il fallait objectivement laisser tomber les dugongs, les toucans bleus et les manchots (!) pour saluer cette réforme qu’on n’attendait plus.

J’en parle d’autant plus volontiers qu’ici même et dans les pages qui suivent, il a toujours été question du peu de cas qui était fait des scénaristes, parents trop souvent pauvres, à tout point de vue, de la profession. Il s’agit, selon le CNC, de mieux accompagner “la prise de risque des auteurs et des producteurs dans cette phase essentielle à la qualité des projets, et donc à la réussite future des œuvres.” Si le lien de causalité – plus d’argent entraine de meilleurs films – était aussi évident ça se saurait, mais ce qui est sûr c’est que moins d’argent pour imaginer des histoires joue contre le film qui se retrouve bancal et troué de partout.

Il ne faut sans doute tout espérer d’un cinéma romanesque seulement porté par une intrigue vissée et des péripéties à profusion ; les films “de contrebande” qui avancent avec l’énergie de l’espoir doivent aussi exister mais enfin l’histoire du 7ème Art le montre et la résurgence actuelle des films de genre le confirme : raconter des histoires est encore le meilleur moyen, en tout cas le premier, pour faire venir le public en salle. Il reste encore du boulot mais la ligne de départ est franchie et le vélo avance.

Et il avancera d’autant mieux que tout ce qui s’est passé avant de départ est pris en compte. C’était là que le bât blessait. Plus les producteurs pourront payer des scénaristes pour qu’ils jettent leur travail à la poubelle, mieux ce sera. Une brillante idée ne fait pas (forcément) un brillant scénario. Un peu comme dans un secteur d’innovation technologique ou dans la recherche médicale : il faut essayer, se tromper, recommencer, tâtonner, réussir. Le cinéma est définitivement une industrie de pointe. La réforme du CNC, dont les détails se trouvent sur son site, porte essentiellement sur des aides financières augmentées, mais le nerf de la guerre est bien celui-là et c’est maintenant aux producteurs de jouer.

Reste que tout n’est pas résolu. La “Proposition de loi visant à garantir la continuité des revenus des artistes auteurs”, rejetée par le Sénat en décembre 2025, doit revenir sur le tapis politique le plus rapidement possible. Il est malheureusement à craindre que ce scénario-là ne soit pas encore écrit. Bonnes vacances tout de même.