À voir et à changer, l'Edito d'Eric Libiot
Patricia Highsmith est une merveilleuse romancière qui aimait les escargots. Elle a aussi inventé un personnage magnifique, Tom Ripley, escroc séduisant et meurtrier sans morale, héros de cinq romans : Monsieur Ripley, Ripley et les ombres, Ripley s’amuse, Sur les pas de Ripley, Ripley entre deux eaux. Certains de ces romans ont été adaptés au cinéma par René Clément, Wim Wenders, Anthony Minghella, Liliana Cavani et Roger Spottiswood. Du beau monde. Sans compter tous ceux qui ont porté à l’écran d’autres romans de Patricia : Hitchcock, Chabrol, Deville, Miller, Haynes. Du monde encore plus beau. Mais là n’est pas la question - ni l’édito.
Les choses étant ce qu’elles sont, ces titres de romans de la grande Patricia Highsmith pourraient facilement se reconvertir en actualité télé du moment à l’heure où les chaines tentent de trouver un second souffle ; à tout le moins de prendre en compte les changements de comportement du public qui alterne, pour s’informer ou se divertir, tv linéaire, plateforme de streaming et réseaux sociaux. D’où la volonté des chaines historiques de faire évoluer leur plateforme, jusqu’alors dévolue au replay. Maxime Saada, le patron de Canal + en avait parlé aux Rencontres de l’ARP, Delphine Ernotte, PDG de France Télévisions, Rodolphe Belmer, PDG du groupe TF1 et Guillaume Charles, membre du directoire du Groupe M6 chargé des antennes et des contenus, sont revenus sur le sujet lors de la table ronde “TV la nouvelle frontière digitale” organisée par le Groupe Les Echos-Le Parisien et Radio France.
Nous y voilà : Après Monsieur Replay (lancement des plateformes des chaines), Replay et les ombres (mais comment ça marche?), Replay s’amuse (ça y est le public est là), Sur les pas de Replay (création de Salto qui n’a pas marché par manque de réelle volonté) voilà maintenant dans tous les meilleurs salons et sur tous les portables, ordinateurs et tablettes qui se respectent : Replay entre deux eaux.
Il ne faut pas prendre ce titre à la légère. La façon dont les plateformes évoluent est au centre des discussions des têtes pensantes. Le menu est simple : ne pas se tromper sur l’allure du tuyau ni sur la forme du contenu. TF1 lance le 8 janvier sa nouvelle plateforme gratuite TF1+, celle de France Télévision va se transformer pour s’adresser à un (plus) jeune public, et 6play devrait suivre le mouvement ; Arte, avec arte.tv, était en avance. Quant aux plateformes de streaming (Netflix, Disney +, Apple TV+ …) elles changent aussi de comportement, à la fois dans la façon de programmer leurs productions en interne et en réintroduisant la salle de cinéma dans leur stratégie.
Le Replay est bel et bien entre deux eaux et entre deux rives. L’année 2024 sera, à ce titre (!) l’année de toutes les refondations. Reste que le secteur affronte un adversaire autant qu’il collabore avec un allié : la technologie. Elle avance à grand train. Mais elle va vite, très vite, trop vite ; cf. l’IA. Le public, lui, monte dans le wagon sans se soucier de ceux qui suivent - en l’occurence ceux qui ne suivent pas. La difficulté pour tous ces grands groupes est d’appréhender la technologie en sachant qu’ils ne la maîtriseront jamais à temps. Car il ne faudrait pas que ce replay entre deux eaux coule en « eaux profondes » - autre titre d’un roman de Patricia Highsmith dont il faut absolument (re) lire l’oeuvre… une fois la télé éteinte.




