Feux d’artificiels - l'édito d'Eric Libiot
Finalement l’intelligence artificielle n’est pas vraiment artificielle (est-elle d’ailleurs intelligente ?) : elle est présente ici, là et même plus loin. Elle est de tous les débats, de tous les symposiums, rencontres, tables rondes ou pas rondes, tribunes, coups de gueules et de mentons - elle sera notamment au centre des discussions des prochaines Rencontres de l’ARP. Ça va çauser, cogiter, problématiquer. L’intelligence artificielle brasse de l’air du temps, elle remue du data, du concept. Elle donne de la voix et invente des photos sans rien mettre au point. Elle excite et inquiète. Ses défendeurs soulignent que grâce à elle le travail de base est pré-mâché et qu’elle permet de ne plus partir de zéro. C’est pourtant un beau point de départ le zéro. Tout est encore possible. Tous les espoirs sont permis. Toutes les erreurs sont encore faisables. Il y a beaucoup d’humanité dans le zéro. Le zéro, c’est un héros qui s’ignore. Personnellement je milite pour le zéro qui a déjà prouvé sa bonne conduite.
En parlant de zéro, la nouvelle est tombée il y a quelques jours : Secoua Studios produit une nouvelle série (espagnole) consacrée à Zorro décrite en ces termes : “une adaptation audacieuse qui offrira à un large public un bon mélange d’action, d’aventure et de moments exaltants.”C’est engageant. Le premier épisode a été présenté au Mipcom. L’interprète de Zorro est Miguel Bernardeau, comédien espagnol dont le nom de famille est le même que le prénom du valet muet du héros. Avouez que c’est cocasse. Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui aurait pu inventer un truc pareil. Mais là n’est pas la question. De ce côté des Pyrénées, une autre série se prépare avec Jean Dujardin dans le rôle du justicier masqué. Deux pour le prix de deux. Comme pour Edmond Dantès dont on apprend qu’il sera le héros d’une série danoise réalisée par Bille August alors que Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière mettent en scène en ce moment une version cinéma. D’un côté Sam Claflin, de l’autre Pierre Niney. Vous me direz qu’en l’occurrence les scénaristes ne partent pas de zéro mais de personnages très à la page et déjà vus. Pas faux. Mais les vrais héros ne sont éternels que s’ils renaissent de leurs cendres.
Lundi, Canal + diffusait la série événement de Xavier Giannoli avec Vincent Lindon, D’argent et de sang, qui relate l’escroquerie à la taxe carbone. Olivier Marchal en avait fait du cinéma, Carbone, vu du côté des truands, Guillaume Nicloux, avec Les Rois de l’arnaque (Netflix), a, lui, réalisé un documentaire, c’est maintenant au metteur en scène d'Illusions perdues de s’y coller pour la télé. Le film de Marchal peinait à éclaircir les ombres du scénario, le doc de Nicloux était une formidable réussite, la série de Giannoli, qui adopte le point de vue de l’enquête, est brillantissime. Là encore pas de point zéro apparent puisqu’il s’agit de faits réels. Pourtant les trois réalisateurs ont tout réinventé. On peut discuter de la qualité mais voilà trois points de vue personnels jamais artificiels. Résultat du travail d’un machin étrange nommé cerveau humain.
PS : L’info est tombée en fin d’après-midi lundi 16 octobre : “Erreur d’aiguillage : un TGV BruxellesStrasbourg conduit des eurodéputés à… Disneyland Paris.” On sait Disney capable de transformer Mickey en super-héros mais détourner un train pour que des députés européens viennent fêter le 100ème anniversaire du studio sans l’avoir envisagé, c’est tout de même très fort. Ça mérite gâteau, bougies et applaudissements.





