L’automne sera chaud pour le cinéma français

13 juillet 2022
Le retour du sujet épineux de la chronologie des médias et l’organisation probable d’états généraux du cinéma en octobre promettent une rentrée agitée pour le secteur.
Cinéma Vox

L’été vient à peine de débuter mais l’automne s’annonce déjà comme une saison tumultueuse pour le cinéma français. Quelques mois après la signature de la nouvelle chronologie des médias, le sujet revient déjà sur la table, après la décision choc de Disney de ne pas sortir son prochain film d’animation, Avalonia, dans les salles françaises. Une clause de revoyure est prévue pour le début de l’année prochaine, mais les négociations – qui s’annoncent tendues – devraient débuter à la rentrée pour ne pas perdre de temps.

Netflix ne cache pas sa volonté de voir sa fenêtre avancée. “Je pense que le délai approprié est de quelques semaines et non de quelques mois. Il faut s’adapter aux attentes des consommateurs”, a même affirmé ce weekend Ted Sarandos, le co-DG du géant du streaming, dans les colonnes du Journal du dimanche, confirmant les propos des représentants français de la plateforme quelques jours plus tôt.

De son côté, Canal+, qui pourrait voir sa TVA passer de 10 à 20%, menace de revoir à la baisse son accord avec la filière. C’est en tout cas ce que laisse entendre Maxime Saada, le président du directoire, dans une autre interview au JDD.

Ce sujet vital du financement des films, et de leur mode de diffusion, pourrait sans doute également se retrouver au menu des “états généraux du cinéma” qui devraient voir le jour en octobre et qu’une partie de la profession appelle de ses vœux.

Vers des états généraux

Rien de concret n’a encore été annoncé, mais les pistes de réflexion ne manquent pas. Comment expliquer la crise actuelle ? S’agit-il d’un problème d’offre, avec des films qui ne correspondent pas assez aux attentes du public ? Ou bien d’une question purement économique ? Le succès récent de la Fête du cinéma et ses places à quatre euros a montré que les Français étaient prêts à se rendre au cinéma, à condition de payer moins cher. Mais qui, aujourd’hui, parmi les nombreux acteurs dont les recettes dépendent des salles, seraient prêts à voir la taille du gâteau diminuer ?

Viendra sûrement aussi la question du rôle du CNC. Dans un tribune publiée dans Le Monde en mai, notamment signée par plusieurs des personnalités en pointe dans l’organisation des états généraux, une partie de la profession s’inquiétait de voir que l’audiovisuel “ne cesse de gagner en importance dans les stratégies du CNC”, voire que le ministère de tutelle “souhaite favoriser un système où la création cinématographique n’incarnerait plus, au mieux, qu’un artisanat marginal”. Des accusations fortes qui promettent des débats houleux.
Reste à savoir qui viendra se mettre autour de la table. La coprésidente du Bloc, Catherine Corsini, interrogée par Le Parisien, espère “la participation de tous, exploitants, cinéastes, producteurs, distributeurs, pouvoirs publics, mêmes venus d’horizons très différents”. Ces états généraux seront-ils l’occasion d’entendre tous les acteurs du secteur, y compris le public, qui est le mieux placé pour parler de ses attentes ? Ou s’agira-t-il d’une nouvelle occasion pour la profession de discuter avec elle-même ?

Damien Choppin et Pierre Garrigues