Schuyler Weiss (« Elvis ») : « Baz Luhrmann utilise tous les outils à disposition du cinéaste »

16 juin 2022
Le directeur de production de Bazmark, la société de Baz Luhrmann, raconte la genèse du nouveau blockbuster du réalisateur australien.
Schuyler Weiss

Le producteur Schuyler Weiss a commencé en tant qu’assistant de Baz Luhrmann en 2005, lors de la production d’Australia. Il a depuis cofondé la société de production Tandem Pictures en 2010, à New York, avant de devenir, en 2018, directeur de production de Bazmark, la société de Baz Luhrmann. A l’occasion de la sortie d’Elvis (Warner Bros.), nouveau film du réalisateur australien, en salles le 22 juin, il revient pour Écran Total sur la genèse et le tournage du blockbuster.

Vous avez travaillé avec Baz Luhrmann pour la première fois en 2005. La technologie a beaucoup évolué depuis. Cela a-t-il changé sa façon de faire du cinéma ?

Les outils ont peut être changé mais, une des choses incroyables lorsqu’on travaille avec Baz, c’est qu’il utilise tous les outils à disposition du cinéaste. Qu’il s’agisse du jeu d’acteur, de la performance, de la musique, du design, des effets visuels. Tout cela est au service de l’histoire dans tous ses détails. Tout est très étudié. Pour Elvis, même si nous avons utilisé des effets visuels très impressionnants, nous avons tout de même construit 92 décors.

Elvis a été tourné entièrement en Australie. Comment avez-vous fait pour recréer l’Amérique des années 50 à 70 à l’autre bout du monde ?

C’est un challenge que nous connaissons bien chez Bazmark. Nous avions déjà recréé le New York des années 1920 pour Gatsby. Ici, nous devions relever des défis très concrets comme rassembler des dizaines de Cadillac des années 50 pour recréer Beale Street [la rue de Memphis où Elvis Presley sortait pour écouter des musiciens de Blues, Ndlr]. Nous avons trouvé 90% de ces véhicules en Australie. Cela demande un peu plus de travail mais nous travaillons avec des équipes incroyables en Australie. Nous avons construit cinq pâtés de maisons avec des magasins des années 50 et nous y avons placé des dizaines de voitures et 500 figurants.

Pour beaucoup de ces gens, il s’agit du deuxième ou troisième film de Baz sur lequel ils travaillent. Nous avons beaucoup travaillé en studio mais pour les grands décors extérieurs comme Beale Street ou l’extérieur de Graceland [la maison mythique d’Elvis], nous avons dû construire les éléments et compléter avec des effets numériques. C’est une façon très excitante de travailler car vous commencez de rien.

Pour des lieux très reconnaissables comme Graceland, que des millions de personnes ont visité et que certains ont visité 20 fois dans leur vie, il était important de donner l’impression que nous étions vraiment sur place. Nous avons dû trouver un lieu idéal, avec une pente identique au lieu original, où le soleil est orienté de la même façon. Nous ne pouvions pas construire le décor n’importe où.

De nombreuses séquences d’archive sont présentes dans le film. S’agit-il de véritables images de l’époque, ou avez-vous tourné vos propres scènes ?

Nous avons utilisé de véritables images d’archive, notamment deux concerts filmés dans les années 70, This is Elvis et Elvis on Tour. Et puis certains plans, comme le convoi de limousines dans les avenues d’Atlanta, sont également de véritables archives. Nous avons utilisé ces images et nous les avons mélangées à celles que nous avons créées pour étendre l’univers visuel d’Elvis, notamment en incrustant Austin Butler [qui interprète la star à l’écran].

Le film a été un des premiers à devoir interrompre sa production à cause du Covid. A quel point la pandémie a-t-elle perturbé le tournage ?

En réalité, nous avons dû interrompre la production deux jours avant de commencer le tournage. Nous avons eu de la chance car nous n’avons pas eu à reprendre en cours de route. En temps normal, tourner un film requiert déjà énormément d’organisation au quotidien. Lorsque nous avons repris, en septembre 2020, le Covid a mis la barre encore plus haute. Nous étions très soutenus par le gouvernement du Queensland, la province où nous filmions. Nous avions la chance d’être dans une partie de l’Australie qui était très peu touchée par le virus à ce moment-là. Aucun cas de Covid n’a été recensé sur la production et nous n’avons raté aucun jour de tournage.

Pourquoi avoir décidé de raconter l’histoire d’Elvis à travers les yeux de son manager, le Colonel Tom Parker, incarné par Tom Hanks ?

Baz a souvent affirmé que l’histoire d’une personnalité pouvait servir de toile de fond pour raconter une idée plus large, un peu comme le faisait Shakespeare. Le film Amadeus de Miloš Forman fonctionne aussi comme ça. Ici, Baz n’allait pas juste faire une biopic d’Elvis Presley façon page Wikipédia. Je pense qu’il a toujours été intéressé par la relation entre ces deux hommes et ce qu’elle raconte de l’Amérique. Leur relation est fascinante en elle-même mais c’est aussi une métaphore sur les deux forces opposées que sont l’art et le commerce, la créativité et la rentabilité.

Le film est également un hommage aux musiciens Blues qui ont inspiré Elvis…

Vous ne pouvez pas raconter l’histoire d’Elvis et celle du rock n’roll sans parler de cela et sans montrer comment un tel artiste a absorbé tout cela. Nous devions intégrer la place que cette musique a eu dans son parcours, et aussi dans la culture au sens plus large.

Elvis Presley est décédé en 1977. Il ne parle pas forcément aux nouvelles générations. Comment avez-vous rendu son histoire attrayante pour les plus jeunes ?

Baz est doué pour montrer ce que les gens ressentaient à l’époque, et pas seulement retranscrire les événements. Peut être que si vous demandez aux jeunes d’aujourd’hui qui était Elvis, ils ne pourraient pas répondre. Mais, à l’époque, Elvis avait une connexion directe avec la jeunesse. C’était la rock star originelle. Je pense que Baz et Austin Butler ont travaillé pour faire en sorte qu’Elvis soit dépeint en rebelle, avec une énergie électrique. Nous avons aussi incorporé de la musique contemporaine dans le film, comme Baz l’a déjà fait dans plusieurs longs métrages. Cela aide le public à comprendre comment les gens ressentaient la musique d’Elvis en 1956.

Vous travaillez actuellement sur Faraway Downs, une série basée sur le film Australia. De quoi s’agit-il ?

Nous sommes repartis des images que nous avons tournées en 2007 et nous travaillons avec 20th Century Studios pour ajouter des scènes qui ne faisaient pas partie du montage final du film. Nous avons raconté l’histoire de façon plus complète et l’avons divisée en chapitres. Nous n’avons pas tourné de nouvelles séquences mais nous avons enregistré de la musique, mis à jour certains effets visuels. Cela semble juste plus naturel pour l’histoire que raconte Australia. Nous allons faire six épisodes qui seront mis en ligne sur Hulu et Disney+ avant la fin de l’année.