Festival Lumière : Wichita Films raconte Ida Lupino

Il y a 1 semaine
Les soeurs Clara et Julia Kuperberg, réalisatrices et productrices (Wichita Films), ont consacré leur nouveau film à cette artiste majeure.

Le 9 octobre s’est ouvert le Festival Lumière, l’événement dédié au cinéma de patrimoine, qui se tient chaque année à Lyon. Il se clôturera le 17 octobre. La veille, on découvrira Ida Lupino, Gentlemen and Miss Lupino (52’), le nouveau documentaire des sœurs Clara et Julia Kuperberg, réalisatrices et productrices via leur société Wichita Films. L’unitaire sera diffusé sur OCS Géants le 23 octobre.

Depuis leurs débuts, les sœurs Kuperberg focalisent la grande majorité de leurs films sur l’histoire du cinéma américain. Nombre d’entre eux ont été sélectionnés par le Festival Lumière, mais aussi par le Festival de Cannes et d’autres manifestations. Et, depuis leur film Et la femme créa Hollywood (52’), elles poursuivent ce travail qui consiste à faire connaître le rôle majeur qu’ont joué et jouent les femmes dans le cinéma américain. Dans Et la femme créa Hollywood, elles retraçaient le parcours de celles qui avaient construit l’industrie, comme Mary Pickford, Lois Weber, Alice Guy, ou Dorothy Arzner. Sélectionné à Cannes Classics en 2016, proposé par OCS Géants, l’unitaire avait rencontré un fort écho. Dans la continuité de ce travail, elles présentent aujourd’hui leur nouveau film, consacré à l’actrice, cinéaste et productrice Ida Lupino (1918-1995). Il est coproduit par la société américaine Kali Pictures (Martine Melloul), qui s’associe régulièrement aux films des deux sœurs. Julia Kuperberg se souvient comment l’idée de dédier un documentaire à Ida Lupino est née. « Nous avions déjà évoqué Ida Lupino dans Et la femme créa Hollywood, et nous nous étions dits qu’il fallait qu’un jour on s’attarde plus longuement sur elle. Puis, en 2020, nous avons lu l’essai d’Iris Brey, Le Regard féminin – une révolution à l’écran [paru l’année dernière aux Editions de l’Olivier, Ndlr], où il est évoqué Outrage (1950), le troisième film d’Ida Lupino. Iris Brey explique que ce long métrage est le premier où le sujet du viol est abordé d’un point de vue féminin. Quand nous l’avons regardé, cela a été un vrai choc pour nous. Dans ce film, Ida Lupino a pensé sa mise en scène du point de vue de son personnage, et rend compte de son stress post-traumatique ».

Une cinéaste « moderne »

Clara Kuperberg poursuit : « Nous avions déjà vu des longs métrages d’Ida Lupino, mais pas celui-ci – nous n’en avions pas entendu parler. Nous avons alors pris conscience à quel point Ida Lupino était une artiste moderne, qui était parvenue à faire un tel film au cœur d’une Amérique puritaine. Nous nous sommes dits qu’il fallait que nous nous penchions sur elle et son activité de réalisatrice. En faisant des recherches, nous avons constaté que ses films avaient été de grands succès et qu’elle avait mis en avant d’autres sujets tabous à l’époque [comme l’avortement]. Par ailleurs, elle avait créé sa propre société de production. Et sa mise en scène a été une grande source d’inspiration pour Martin Scorsese et tout le nouvel Hollywood. Elle a aussi connu une immense carrière à la télévision. Enfin, il faut savoir que, dans les années 1950, elle a été la seule femme membre de la Directors Guild of America [ce syndicat réunissait alors 1300 hommes ; chaque réunion commençait par ces mots : « Gentlemen and Miss Lupino », qui donnent leur titre au documentaire]. Malgré tout cela, Ida Lupino n’a jamais été interviewée, jamais été étudiée. Elle a été complètement effacée ». Le documentaire est composé d’extraits de ses films, d’épisodes de séries qu’elle a dirigés (elle en a mis en scène des centaines), d’archives, de passages de sa biographie, et d’interviews d’historiens du cinéma. Il est donc l’occasion de redécouvrir celle qui, comme le rappelle Ally Acker, une des intervenantes, reste, à ce jour, « la réalisatrice la plus prolifique au monde ». Notons que le Festival Lumière proposera un autre documentaire sur cette femme marquante, Ida Lupino, la fiancée rebelle d’Hollywood, de Géraldine Boudot (52’, Movie Da, Les Films du Camélia, La Cinéfabrique, Lobster, pour Ciné+). En outre, le film Hard, Fast and Beautiful !, réalisé par Ida Lupino en 1951, sera projeté à trois reprises durant le festival. Le 16 octobre, les sœurs Kuperberg le présenteront au public.

Après Ida Lupino, c’est à la figure d’Anthony Hopkins que les deux sœurs se sont attaquées. Elles ont terminé un portrait de l’acteur, de nouveau oscarisé cette année pour sa performance dans The Father, de Florian Zeller. Ce 52’, coproduit par Kali Pictures et attendu prochainement sur Arte, s’intitule Hannibal Hopkins & Sir Anthony. « Il est constitué à 100 % d’archives. On y voit Anthony Hopkins se raconter à tous les âges de sa vie, avec beaucoup d’humour et d’autodérision », indique Clara Kuperberg. L’unitaire a démarré sa carrière en festivals, et a obtenu, au printemps dernier, ex-aequo avec un film polonais, le Prix du meilleur documentaire international à l’American Documentary and Animation Film Festival, qui se déroule à Palm Springs (Etats-Unis). Il a également été retenu, en juillet, au Festival Il Cinema Ritrovato de Bologne, l’équivalent du Festival Lumière en Italie.

Ouverture de bureaux à Los Angeles

Si les films des sœurs Kuperberg sont acquis par de multiples pays à travers le monde, paradoxalement, il a toujours été compliqué de les vendre aux Etats-Unis, un territoire assez protectionniste. Toutefois, le plafond de verre vient d’être crevé, grâce au travail de Kali Pictures. En effet, la société américaine Cinedigm a pris le mandat de distribution pour les Etats-Unis d’Hannibal Hopkins & Sir Anthony et le diffusera d’abord en exclusivité sur sa plateforme Fandor. De plus, la société américaine BMG a, elle, acquis le mandat de distribution, également pour les Etats-Unis, de quatre documentaires des sœurs Kuperberg, dont Douglas Fairbanks, je suis une légende (2018, coproduit par Kali Pictures, pour Arte et Ciné+). Wichita Films, qui ouvrira bientôt des bureaux à Los Angeles, poursuit aussi sa percée sur le marché américain sur un autre plan. En effet, les deux soeurs développent depuis plusieurs années une mini-série de fiction, Silent Women, adaptation de leur documentaire Et la femme créa Hollywood. Et le projet, coproduit par Kali Pictures, vient d’être pris sous son aile par Alta Global Media (Etats-Unis), qui devient son agent et assure sa promotion afin qu’il se concrétise.

En parallèle, les sœurs Kuperberg portent de nouveaux documentaires, dont, pour Arte, un portrait de la chanteuse américaine Joni Mitchell (52’, coproduit par Kali Pictures), dont la production s’achève. Enfin, elles continuent de produire des films portés par des auteurs dont elles apprécient la vision. Ainsi, est en finition Hollywood So French (52’), un documentaire de Sebastian Perez Pezzani, qui sera montré par OCS Géants. Cette œuvre revient sur les Français qui, depuis un siècle, ont réussi ou échoué à Hollywood.