Spécial Festival de Cannes
"Jim Queen", une comédie queer sculptée pour la Croisette par Bobbypills
De la salle de sport au Palais des Festivals, il n’y a qu’un pas. Jim Queen, le premier long métrage produit par Bobbypills, s’empare de la Croisette et sera présenté en Séance de minuit dans la Sélection Officielle du Festival de Cannes. La consécration d’une longue épopée pour le studio, positionné sur l’animation à destination des jeunes adultes, à commencer par des séries emblématiques telles que Les Kassos, avec un ADN à la croisée du trash et de l’humour.
Projet personnel
"Tout est parti d’un spot musical que j’avais réalisé pour promouvoir une soirée gay que j’organisais à Paris", rembobine Marco Nguyen, coréalisateur du long métrage. Après avoir travaillé sur des longs métrages récompensés comme Le Chat du rabbin ou Les Hirondelles de Kaboul, il ne lui en fallait pas plus pour poser rapidement les bases du concept : une star du monde du clubbing gay parisien contracte l’hétérose, “une maladie absurde” imaginée par l’auteur, qui transforme les hommes gays en hétérosexuels.
L’idée séduit immédiatement Bobbypills. "On sentait déjà le ton, le rythme et la vision que voulait porter Marco, relate Arthur Delabays, producteur du film avec David Alric. C’est un projet très personnel." A la base, l’ambition était d’en faire une série. Voyant l’univers prendre forme, avec l’arrivée de Simon Balteaux comme coscénariste et son potentiel, le format évolue vers celui d’un long métrage. Nicolas Athané et Brice Chevillard rejoignent l’équipe, respectivement comme réalisateur et scénariste.
Malgré des phases de ralentissement lors du développement, à commencer par la période de pandémie, la dynamique de travail en groupe s’est maintenue à coup de séances d’écriture et de lecture communes. “Cela nous permettait de savoir quand une scène fonctionnait ou non, précise Nicolas Athané, coréalisateur.” En a résulté une évolution des design des personnages, pour lesquels le casting vocal était arrêté dès 2020, et du style graphique du film jusqu’au lancement, sans retour en arrière possible, du projet à l’automne 2024.
Grand chelem au CNC…
Bobbypills est conforté dans la conduite du projet après avoir effectué un “grand chelem” au CNC. "L’avance sur recettes a adoubé Jim Queen, analyse Arthur Delabays. Nous ne misions pas beaucoup dessus au départ, mais ils ont su voir la démarche d’auteur derrière le projet, ce qui l’a validé." D’autres aides régionales se sont ajoutées : celles d’Eurimages et de Wallimage, en raison de la coproduction belge menée avec Umedia et Waooh!, celles de la Nouvelle-Aquitaine et du département de la Charente, où Bobbypills dispose d’une antenne à Angoulême. Enfin, la région Réunion a soutenu le film avec une partie de la fabrication effectuée par Gao Shan Pictures.
Mais un véritable parcours du combattant s’est engagé pour compléter le budget de 4,97 millions d’euros. Face à l’absence de préachats de la part des diffuseurs - hormis celui de la RTBF - et des plateformes, mais forts d’une précédente expérience réussie, le studio a décidé de lancer une campagne de crowdfunding sur Ulule. Plus de 2000 contributeurs ont permis d’atteindre une cagnotte de 120 000 euros.
…mais absence des diffuseurs
"Nous tenions à maintenir l’enveloppe sous les cinq millions d’euros, explique Arthur Delabays. Pour un film d’animation 2D produit en France, ce n’est pas énorme. Venant de l’animation adulte, nous avons l’habitude de travailler sur des productions peu ou sous-financées." Cette capacité à travailler avec peu de moyens a été nécessaire pour rationaliser le travail de modélisation des foules, pourtant habituellement onéreux. “Quand on réalise un film qui parle de communautés, elles sont nombreuses, bien que cela ne soit pas économique d’un point de vue production”, expose Marco Nguyen.
Dès son développement, Jim Queen a pu bénéficier de l’accompagnement de son distributeur, The Jokers Films. Un atout non négligeable, sur lequel revient son producteur : "Compter sur un tel partenaire, habitué à accompagner des œuvres en festival était rassurant. S’il s’agit d’une comédie populaire, nous savions que nous aurions besoin du label comme celui de la Sélection officielle du Festival de Cannes pour souligner que Jim Queenest avant tout un film d'auteurs.Il faut à la fois appuyer sur la dimension queer sans en faire un film communautaire car le message doit toucher tout le monde. Nous espérons que sa mise en lumière permettra de changer les mentalités des diffuseurs." Un premier objectif atteint avec la présentation en Séance de minuit, dans l’attente de sa sortie en salle le 17 juin prochain, en même temps que… Toy Story 5.
Après cette première expérience sur un long métrage, le studio français n’entend pas s’arrêter là et recherche de nouveaux projets. Un long métrage dans un registre de conte horrifique est d’ores et déjà dans les tuyaux. Après la quête de Jim Queen pour trouver la chloroqueer, seul remède à l’hétérose, l’aventure se poursuit chez Bobbypills.
Exclusif - Alicia Vikander, tête d’affiche du prochain film de Zoé Wittock (Jumbo)
Le rôle principal de La bonne mère, le prochain film de la réalisatrice belge Zoé Wittock, sera interprété par Alicia Vikander. L'actrice suédoise jouera le rôle de Lola, une mère étrangère habitant en France qui décide avec son mari de s'installer à Marseille. Elle fera une pause professionnelle pour s'occuper de son fils de six ans qui exprime le souhait d'être une fille. La mère va l'encourager et se surinvestir avec l'idée d'être une "bonne mère".
Il s'agit du deuxième long métrage de Zoé Wittock après Jumbo, sorti en 2020. Le film est produit par Kwassa Films (Belgique) et Kazak Productions (France). Le tournage est prévu au printemps 2027. Le projet est en phase de financement et de finalisation du casting.
À Cannes, Catherine Pégard défend le modèle du CNC et annonce des mesures sur l'IA
C'est un discours de conviction autant que de méthode qu'a prononcé Catherine Pégard, samedi 16 mai, devant les professionnels du cinéma réunis au Rendez-vous du CNC, rendez-vous incontournable du Festival de Cannes. Pour sa première apparition cannoise, la ministre de la Culture, nommée le 26 février dernier, a choisi de placer son intervention sous le signe de la défense du modèle français.
Modèle à défendre
La ministre a tenu à souligner les résultats du cinéma français en 2026 : 62 millions d'entrées depuis le début de l'année, soit une hausse de plus de 20 % par rapport à 2025, et 67 films français ou coproduits avec la France sélectionnés à Cannes cette année. Elle a attribué ces performances au modèle de financement incarné par le CNC, qui fête cette année ses 80 ans. “Ce modèle, nous y sommes toutes et tous profondément attachés, a-t-elle déclaré, précisant qu'il constitue “la condition de notre souveraineté économique et de notre souveraineté culturelle”.
Catherine Pégard a également tenu à réaffirmer que les ressources du CNC ont "une finalité et une seule : financer la création française, dans toute sa diversité", et qu'elle défendrait ce principe "dans chaque débat budgétaire, face à chaque tentative de dévoiement". Elle a par ailleurs pointé la contribution des plateformes de partage de vidéos gratuites, jugée encore insuffisante au regard de la valeur qu'elles créent sur le marché français.
L'IA, outil et non substitut
C'est sur le dossier de l'intelligence artificielle que la ministre a apporté les annonces les plus attendues. Affirmant que “l'acte de création est le propre de notre humanité”, elle a annoncé que le CNC allait prochainement modifier ses règles d'attribution des aides afin de garantir que seule la création humaine soit soutenue. “Nous n'aiderons pas des œuvres où l'IA se substituerait au créateur, au lieu de lui apporter des outils supplémentaires”, a précisé la ministre. L'usage de l'IA dans les œuvres aidées n'est pas interdit pour autant, à condition qu'il reste un outil au service d'un projet artistique humain.
Malus parité dès 2027
Autre annonce de poids : la mise en place d'un malus parité au 1er janvier 2027. La ministre a rappelé les résultats insuffisants qui justifient ce changement de cap : en 2025, à peine un quart des films d'initiative française ont été réalisés par des femmes, un chiffre identique à celui d'il y a dix ans, et le devis moyen des films réalisés par des femmes reste inférieur de 44 % à celui des films réalisés par des hommes. Le dispositif, progressif, prévoit des pénalisations financières pour les productions qui s'écarteraient de façon manifeste des objectifs de parité. “L'égalité n'est pas un bonus : c'est une condition préalable pour être soutenu pleinement”, a-t-elle affirmé.
Un sommet mondial
La ministre a enfin évoqué les échéances européennes à venir, notamment la négociation du programme AgoraUE, successeur d'Europe Créative, et l'évaluation de la directive sur les services de médias audiovisuels (SMA). Elle a également annoncé la tenue du premier Sommet Lumière, le 7 septembre prochain à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, co-présidé par le Président de la République et son homologue sud-coréen, qui réunira les principaux dirigeants mondiaux du cinéma, de l'audiovisuel et du jeu vidéo.“Le moment que nous traversons est exigeant, mais il est aussi passionnant”, a-t-elle conclu.
AgoraEU, SMA, droit d’auteur… Henna Virkkunen (Commission européenne) précise ses positions
Lors d’une conférence de presse organisée le 15 mai dans le cadre du Festival de Cannes, Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la souveraineté européenne et du numérique, a précisé la position de la Commission sur un certain nombre de sujets relatifs au cinéma et à l’audiovisuel.
Interrogée sur AgoraEU, le programme européen sur la culture et les médias pour la période 2028-2034, elle a répondu à certaines préoccupations. La première concerne le fait de réunir l’audiovisuel et l’information dans un même volet sans fléchage plus précis. La commissaire rappelle la volonté de la Commission de faire désormais preuve de davantage de souplesse et de ne pas proposer de répartition trop stricte : « Le cadre financier pluriannuel a été adopté en 2020 et, très peu de temps après, la pandémie de Covid a frappé notre économie (...) puis la Russie a déclenché une guerre à grande échelle. Nous n’avions aucune flexibilité dans le budget de l’UE, car 90 % de nos fonds étaient déjà affectés en 2020 », développe-t-elle. Elle rappelle que le budget global du programme augmentera pour s’établir autour de 8,6 milliards d’euros : « Il devrait y avoir suffisamment de fonds à allouer à tous les secteurs », justifie-t-elle. En début de semaine, le Conseil de l’Union européenne a adopté son mandat de négociation ; il faut désormais attendre que le Parlement européen se prononce : « Au cours de l’automne, nous pourrons poursuivre les négociations à ce sujet », explique la commissaire européenne.
Quelle évolution de la directive SMA ?
Concernant l’évaluation de la directive SMA, Henna Virkkunen précise avoir reçu plus de 300 contributions de parties prenantes via la consultation publique. « Nous avons clairement identifié une demande très forte : celle d’une plus grande mise en avant et d’une meilleure visibilité des contenus européens », estime-t-elle, pointant le rôle des systèmes de recommandation. Elle a également évoqué la question des règles en matière de publicité et la nécessité de créer des conditions de concurrence plus équitables pour les télévisions traditionnelles vis-à-vis des nouveaux acteurs, tout en simplifiant les règles. Autres sujets qui intéressent la Commission : la protection des mineurs dans l’audiovisuel, ou encore le rôle des influenceurs. « Compte tenu des évolutions du marché et des progrès technologiques, nous devons actualiser nos règles, et nous prévoyons de publier notre proposition plus tard dans l’année, à l’automne », affirme-t-elle. Sur la nécessité de faire évoluer les quotas d’œuvres européennes, actuellement fixés à 30 % pour les plateformes et 50 % pour les chaînes de télévision, la commissaire explique que « si certaines parties prenantes demandent qu’ils soient modifiés, ce n’est pas un mouvement vraiment massif ».
Autre sujet majeur à l’échelle européenne : le respect du droit d’auteur par les technologies d’intelligence artificielle. Le cadre en la matière doit être revu cette année ; un appel à témoignages a été lancé mardi dans ce sens. La commissaire rappelle les règles européennes en vigueur, notamment le mécanisme de désengagement, et estime qu’un travail sur la transparence doit encore être mené à ce sujet.
Le cinéma demande l'intégration des plateformes de partage de vidéo dans le financement des films
Le paysage du financement du cinéma change vite. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a organisé une table-ronde durant le Festival de Cannes, samedi 16 mai. Elle portait sur l’intégration des acteurs de la tech dans l’investissement de la création cinématographique. Martin Ajdari, président de l’Arcom, a par exemple évoqué l’accord récent signé avec Amazon, qui a doublé le montant des moyens attribués. À ce propos, Yohann Benard, directeur des affaires publiques européennes à Amazon, a déclaré que le groupe allait "au-delà de ses obligations légales". Depuis 2021, la plateforme de streaming a "pré-acheté plus de 40 films". "Nous avons désormais l’ambition de lancer 15 productions par an", a-t-il ajouté.
La révision de la directive SMA a provoqué une hausse des financements de la part de ces acteurs. Mais cela ne satisfait pas toujours le camp de l’indépendance. Carole Scotta, fondatrice de Haut et court, a estimé que "l’arrivée des plateformes a accéléré la concentration". "L’Europe doit entendre la voix des indépendants et pas seulement celle des plateformes", a-t-elle exigé. La distributrice a d’autre part défendu les salles de cinéma. Car elle n’est pas sûre que "les films de la diversité soient autant vus sur les plateformes de vidéo à la demande". Ada Solomon, productrice et membre de European Film Academy, a de son côté jugé que la promotion de la diversité passe par le soutien de la production européenne indépendante.
La recommandation des films
Et en ce qui concerne le point de vue des cinéastes, Tarik Saleh a renouvelé son soutien à l’exploitation cinématographique traditionnelle. Il a raconté avoir refusé le doublement du budget de La Conspiration du Caire. La plateforme avait conditionné une sortie exclusive dans son catalogue. Au niveau législatif, Sabine Verheyen, vice-présidente au Parlement européen, s’est prononcée sur les quotas de films financés par les plateformes de streaming. Elle n’est pas favorable, surtout en l'absence de recommandation de ces productions. Le problème, d’après elle, c’est que les plateformes ne mettent pas toujours en avant les films indépendants alors même qu'elles participent activement à leur financement.
Le président de l’Arcom a expliqué que "la question de l’efficacité de la visibilité est un angle mort de ce qui a été décidé en 2018". Mais pour Yohann Benard, il ne s’agit pas de défaire la directive. Il souhaite plutôt lutter contre "une mise en œuvre fragmentée". "Tous les territoires ne l'appliquent pas de la même manière", a-t-il complété. À la fin de la discussion, Sabine Verheyen, vice-présidente du Parlement européen, a évoqué le sujet de l'intelligence artificielle. "Nous devons faire des efforts supplémentaires sur la réglementation, notamment par rapport au droit d'auteur." Les autres intervenants se sont accordés pour considérer que "la priorité reste celle de la propriété intellectuelle" pour les artistes du cinéma.
Violaine Barbaroux, directrice générale de The Jokers Films : “Nous espérons que nos choix éditoriaux seront à la hauteur”
Quelles sont vos attentes et vos objectifs pour le Festival de Cannes ?
Un lancement réussi pour nos trois films en sélection : Blaise de Dimitri Planchon et Jean Paul Guigue à l’Acid, Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athané en séance de minuit et Her Private Hell de Nicolas Winding Refn en sélection officielle hors compétition. C’est la première fois que les professionnels vont découvrir les films. Nous savons que la première impression peut être décisive et nous espérons que nos choix éditoriaux seront à la hauteur des diffuseurs, des critiques mais surtout du public. Cannes c’est aussi l’autre marché des acquisitions internationales avec l’EFM (Berlin). Nous avons beaucoup de lectures en amont et de rendez-vous pour finaliser ou entamer des discussions.
Pourquoi Cannes est-il particulièrement important pour votre société ?
C’est un rendez-vous très important pour nous à plusieurs niveaux : les acquisitions à travers les rendez-vous avec tous vendeurs internationaux, le lancement de nos films pour ceux qui ont la chance d’être sélectionnés dans une des sélections, mais également un moment privilégié avec les exploitants lors des journées de l’Afcae notamment mais aussi lors de notre crêpe party du premier jeudi.
Au-delà de Cannes, quelles sont vos perspectives pour l’année 2026 ?
Évidemment continuer à accompagner en salles nos talents et à les faire découvrir au plus grand nombre. Continuer de diffuser tant en BtoC qu’en BtoB des nouveaux cinéastes et des films d’horizons et de catégories diverses et variées. Continuer à maintenir The Jokers Films comme un acteur important de la distribution indépendante. Avancer main dans la main avec nos confrères et consoeurs distributeurs pour continuer de faire notre métier dans un contexte toujours plus changeant et sur certains aspects malheureusement sinistré. Et enfin garder toujours autant de plaisir et de joie à travailler chaque sortie de film avec toute l’équipe de Jokers films ainsi qu’avec les producteurs et les talents qui nous font confiance.
Simon Robert, président de Motel (distribution) : "Nous serons attentifs aux films présentés, dans les sélections comme au Marché"
Quelles sont vos attentes et vos objectifs pour le Festival de Cannes ?
2026 marque notre 10e édition cannoise pour Guillaume et moi, et la première pour Motel, notre nouvelle société de distribution. Les enjeux sont forts : faire exister la structure, rencontrer producteurs, vendeurs, exploitants et journalistes, et poser les bases de collaborations durables. C’est aussi un moment clé pour construire notre line-up 2027/2028. Nous serons attentifs aux films présentés, dans les sélections comme au Marché, avec l’envie d’identifier des œuvres en phase avec notre ADN : des films singuliers, portés par des cinéastes forts, avec un vrai potentiel de rencontre avec le public français.
Pourquoi Cannes est-il particulièrement important pour votre société ?
Cannes reste le baromètre du marché, français comme international. En quelques jours s’y dessinent les tendances à venir. Pour une structure comme la nôtre, c’est un passage essentiel pour analyser le secteur et échanger avec ses acteurs.
Au-delà de Cannes, quelles sont vos perspectives pour l’année 2026 ?
2026 marque le lancement opérationnel de Motel, avec une première sortie le 15 juillet : The Last Viking, porté par Mads Mikkelsen. Le film a rencontré un large succès au Danemark (plus de 700 000 entrées) et s’inscrit dans une veine de comédie noire grand public, entre Fargo et Les Banshees d’Inisherin. Nous l’accompagnerons en France sur 150 copies, en version originale et française. Nous enchaînerons ensuite avec trois sorties : Bogota 85 le 5 août, Sovereign le 2 septembre et Rédemptions le 2 décembre. Ce premier line-up pose les bases éditoriales de Motel, avec des films internationaux forts, portés par des talents reconnus ou émergents. En parallèle, nous poursuivons activement nos acquisitions, avec l’ambition d’enrichir ce line-up et de préparer dès maintenant 2027.
Silvia Laj et Christophe Vidal (Coficiné) : "Le vrai problème aujourd’hui, c’est le financement des films"
Comment décririez-vous l'état réel du marché aujourd'hui ?
Silvia Laj : Le problème concerne surtout le financement des films. Aujourd'hui, on voit beaucoup de dossiers où les producteurs lancent la production alors que le coût de fabrication, excluant frais généraux et salaire producteur, n'est pas entièrement financé. Cela fragilise fortement les sociétés de production.
À quoi est due cette situation ?
S.L. : Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Nous constatons depuis plus de deux ans une baisse globale des financements disponibles. CANAL+ reste un intervenant moteur dans le financement des films mais dans une proportion moindre suite à la modification de ses obligations. Netflix n'intervient plus qu'en deuxième fenêtre payante. Les investissements de France Télévisions demeurent stables mais on peut craindre une baisse future ; ceux des autres diffuseurs traditionnels sont en baisse suite à la réduction de leurs recettes publicitaires. Les investissements des autres streamers ne suffisent pas à compenser cette baisse. On va donc vers moins de films produits et une plus grande polarisation entre les films dans la clause de diversité et les films à haut budget (majoritairement financés par des groupes), au détriment des films du milieu qui pourtant sont fréquemment générateurs d'entrées en salles significatives.
On parle aussi d'inflation des coûts. Est-ce toujours un problème aujourd'hui ?
Christophe Vidal : Les coûts des films ont été impactés par l'inflation mais aujourd'hui ils sont plutôt stables.
Les producteurs ont donc ajusté leurs budgets ?
C.V. : Dans ce secteur, on tend à adapter le budget au financement obtenu. Le problème est que parfois on ne peut plus l'ajuster suffisamment. Les producteurs sont donc dans l'incapacité de rémunérer leur travail ; de plus, cela les conduit parfois à devoir assumer seuls un gap de financement sans pour autant bénéficier des couloirs de recettes nécessaires à sa couverture.
S.L. : La variable d'ajustement qu'était le nombre de jours de tournage atteint aussi ses limites. On ne peut pas réduire indéfiniment la durée des tournages.
Refusez-vous parfois de financer des films ?
S.L. : Attention, nous ne finançons pas de films, nous fournissons simplement la trésorerie nécessaire aux productions. Nous mettons toujours tout en œuvre pour tenter de trouver pour les films une solution de crédit qui puisse répondre à nos critères. Ces derniers sont essentiellement financiers (coût de fabrication, plan de financement) mais également track record des personnes clés ou situation financière de l'emprunteur. C'est toujours à regret que nous déclinons certaines opérations.
Et les coproductions internationales ?
S.L. : Nous intervenons dans de nombreuses coproductions internationales, même sans lien avec la France. Notre présence et notre expérience dans un grand nombre de pays nous permet de conseiller nos clients et souvent de les mettre en relation avec des coproducteurs étrangers. Nous sommes capables d'assurer ensuite le cash flow de l'ensemble de la production à travers les frontières.
Existe-t-il des sociétés du type CofiCiné à l'étranger ?
C.V. : Il existe des structures similaires. Ce ne sont pas forcément des établissements de crédit spécialisés comme nous, mais il y a des sociétés privées ou des banques spécialisées, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Allemagne et en Australie.
Le succès en salle est-il encore un critère de financement ?
S.L. : Non, il ne l'a jamais été pour mettre en place des crédits de production. En revanche, il l'est pour des crédits à la distribution.
C.V. : Mais la salle reste une source essentielle de revenus (directs et indirects, comme le fonds de soutien). C'est encore plus vrai en France qu'ailleurs, en raison d'un meilleur maintien de la fréquentation en salles.
Votre portefeuille est-il dominé par les petits et moyens films ou regardez-vous les grosses productions ?
C.V. : Nous intervenons sur tous types de films produits par nos clients, sans préférence de budget.
Vous avez pris la direction générale de CofiCiné il y a trois mois. Quelle est votre vision pour cet acteur que vous connaissez bien ?
S.L. : La continuité est essentielle. L'équipe est stable depuis longtemps, avec une vraie connaissance du secteur. Notre stratégie repose sur plusieurs piliers : continuité, accompagnement des producteurs, compréhension des mécanismes de financement et curiosité permanente pour les nouveaux dispositifs de financement, avec l'appui du groupe Natixis/BPCE.
Quelle est votre stratégie de développement ?
C.V. : Nous visons une croissance prudente tant en France qu'à l'international. Nous privilégions la maîtrise du risque et la rentabilité de chaque opération.
Vos clients sont-ils fidèles ?
S.L. : Oui, très fidèles et nous leur en sommes reconnaissants. Le bouche-à-oreille est excellent. Nous le devons à notre capacité d'adaptation et à notre réactivité dans tous les pays où nous opérons.
C.V. : Nous ne sommes pas de simples financeurs. Nous faisons partie du processus de production. Nous comprenons concrètement les étapes, les contraintes et les enjeux d'un film. Cela nous permet d'accompagner les producteurs beaucoup plus efficacement que des acteurs purement financiers.
Influencez-vous les producteurs dans leurs choix financiers ?
C.V. : Nous ne parlons pas d'influence, mais d'accompagnement. Nous expliquons ce qui est faisable ou non.
Combien de films accompagnez-vous à Cannes cette année ?
S.L. : 22 films contre 19 l'an dernier. C'est une bonne année.
Le réalisateur de "Sous la Seine" défend une IA au service de la créativité
C'est sur la Croisette et sur fond de mistral que s'est tenue, le 15 mai 2026, la première journée de la seconde édition de l'"AI for Talent Summit", organisée par le Marché du Film. L'événement réunit cinéastes, techniciens et investisseurs pour explorer les nouvelles frontières de la création assistée par l'IA. Xavier Gens, réalisateur de Sous la Seine (2024), carton sur Netlfix, de Farang (2023) ou encore de Frontière(s) (2007), a d'emblée rappelé sa position sur le sujet : “L’IA n’est qu’un outil.”
Un outil dont les effets ont permis des gains de temps importants sur le plan de la production. La séquence finale de Sous la Seine avait alors nécessité plus d’un an de travail pour ses effets visuels spectaculaires. "Aujourd'hui, il nous faudrait un mois”, affirme Xavier Gens.
Course-poursuite sous IA
Pour son prochain film The Sanctuary, produit par WTFilms et Same Player, et dont la sortie sera assurée par Studiocanal, le cinéaste habitué aux scènes d’action n’avait pas pu filmer une course-poursuite en voiture, faute d'autorisation. Elle a ainsi été reconstituée en VFX grâce à l'IA, en collaboration avec le studio Digital District et son fondateur David Danesi. Sur un autre projet pour lequel Xavier Gens est intervenu comme consultant, l'IA a permis de reconstituer en couleur une époque à partir d'archives scannées. À la clé : une économie de deux millions d'euros.
Le réalisateur voit avant tout dans l’usage de l'IA une capacité à repousser les frontières de l'imagination. “Trop souvent, dit-il, un bon scénario sur lequel on a travaillé pendant des années finit par être amputé pour des raisons budgétaires.” Sa méthode de travail a elle aussi évolué : lui qui a toujours communiqué par l'image pour transmettre ses intentions peut désormais générer seul des plans avant de les soumettre à ses équipes graphiques. Pour Grégoire Gensollen, qui a produit Farang, les atouts sont réels : "Xavier est le réalisateur. Il a une vision créative, et c'est formidable qu'il dispose désormais des outils pour la développer."
Les deux hommes s'accordent sur un point essentiel : l'IA ne remplace pas le talent. "Ce qui est excitant, c'est que tous les talents peuvent désormais développer leurs idées, assure le COO de Tucker Tooley Entertainment. Au final, les meilleures histoires gagnent.” Une affirmation partagée par Xavier Gens pour qui l’humain reste avant tout au centre du processus créatif : “L’écriture reste le plus important. Vous n'avez besoin que d'une feuille et d'un stylo." Son modèle ? Peter Jackson, récompensé par une Palme d’or d’honneur cette année à Cannes. Non pas pour Le Seigneur des Anneaux, mais pour Bad Taste, son premier film tourné avec ses amis, sorti en 1988. "Il y a mis toute sa passion et c'est comme ça que je travaille aussi”, conclut le réalisateur.
À l’ère de l’IA, la Fémis construit sa stratégie
Comment intégrer l'intelligence artificielle dans une école de cinéma aussi renommée que la Fémis qui fête ses quarante ans cette année ? Guillaume Duchemin, son directeur général depuis le 9 septembre 2025, n'a pas éludé la complexité du sujet lors de sa prise de parole au AI for Talent Summit, ce samedi 16 mai sur la Croisette.
Pour le directeur de l'établissement public qui forme chaque année 200 étudiants à tous les métiers de la chaîne de fabrication cinématographique, une ligne rouge s'impose : “Nous ne voulons pas former des techniciens du prompt.” L'IA ne doit pas remplacer les créateurs, mais être pensée comme un outil au service du geste artistique. “La question n'est pas de savoir s'il faut utiliser l'IA ou non, mais de savoir comment l'utiliser”, expose-t-il. Nous devons changer notre façon de voir le cinéma face à cette évolution en cours.”
Une collaboration avec Google en cours chargement
En ce sens, depuis deux ans, La Fémis explore et teste différents formats pédagogiques, consciente que l'IA redéfinit simultanément trois dimensions fondamentales : l'économie de la production, le cadre politique et réglementaire, et la perception artistique de la réalité.
L'école travaille par ailleurs à une collaboration avec Google autour des outils et des workflows qui découlent de l’IA. Mais l'établissement ne se limite pas au géant de la Silicon Valley. Interrogé sur la manière de diriger une institution comme la Fémis alors que l’IA redéfinit et recompose sans cesse le champ de la création, Guillaume Duchemin revendique “une stratégie encore en construction” portée autant pour les étudiants que pour leurs enseignants. Des professionnels du secteur qui apprennent, eux aussi, en temps réel les contours de ce nouvel outil.
Naissance du Fémis Lab
Le temps fort de l'intervention a été l'annonce officielle de la création du Fémis Lab, présenté comme “un espace d'expérimentation, de collaboration et de création” par le directeur de l’école qui forme à tous les métiers de la chaîne de fabrication d’un film. Soutenu par le CNC, ce lieu est le fruit d'un partenariat avec le Centquatre-Paris, établissement public de coopération culturelle parisien, ouvert depuis 2008 dans le 19ᵉ arrondissement, où se croisent les arts et les disciplines. Guillaume Duchemin insiste : ce laboratoire de recherche se veut “agile” et “ne constitue pas un laboratoire académique”. Dès septembre, quatre artistes seront accueillis pendant quatre mois pour une première résidence, dans un format proche du hackathon et dont les résultats seront présentés publiquement par la suite.
Pathé annonce le programme de ses reprises cannoises 2026
Pathé annonce la liste des films du Festival de Cannes qui seront projetés dans ses cinémas le week-end du vendredi 22 au dimanche 24 mai 2026. C'est la 13e année que les cinémas Pathé proposent ces reprises autour du moment de la remise du palmarès (samedi 23 mai cette année).
Les salles concernées sont au nombre de 10. Il s'agit du Pathé Palace à Paris, du Pathé Boulogne, du Pathé Rennes, du Pathé Nantes, du Pathé Bellecour à Lyon, du Pathé Wilson à Toulouse, du Pathé Masséna à Nice, du Pathé Comédie à Montpellier, du Ciné Capitole à Clermont-Ferrand et du Pathé Grenoble.
Les films sont issus de la Compétition officielle, de la section Un Certain Regard, de Cannes Première ou présentés hors compétition. Ils seront projetés en même temps dans les dix salles.
Les films sélectionnés
Vendredi 22 mai
FATHERLAND de Pawel Pawlikowski (Compétition officielle)
SI TU PENSES BIEN de Géraldine Nakache (Cannes Première)
GARANCE de Jeanne Herry (Compétition officielle)
JIM QUEEN de Marco Nguyen et Nicolas Athané (Hors Compétition)
Samedi 23 mai
NOTRE SALUT d’Emmanuel Marre (Compétition Officielle)
QUELQUES MOTS D’AMOUR de Rudi Rosenberg (Un Certain Regard)
L’INCONNUE d’Arthur Harari (Compétition officielle)
HER PRIVATE HELL de Nicolas Winding Refn (Hors Compétition)
Dimanche 24 mai
MÉMOIRE DE FILLE de Judith Godrèche (Un Certain Regard)
SOUDAIN de Ryusuke Hamaguchi (Compétition Officielle)
HISTOIRES DE LA NUIT de Léa Mysius (Compétition Officielle)
LA VIE D’UNE FEMME de Charline Bourgeois-Tacquet (Compétition Officielle)
THE MAN I LOVE d’Ira Sachs (Compétition Officielle)
Le Film Fund Luxembourg signe avec le Québec et l'Islande
Le Film Fund Luxembourg (FFL) annonce avoir signé avec la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) une convention de coopération triennale ce samedi 16 mai à Cannes. Selon leur communiqué commun, "celle-ci vise à établir une collaboration stratégique commune afin de stimuler la création, la production et la circulation des œuvres cinématographiques, télévisuelles et de création numérique". La SODEC et le Film Fund Luxembourg s’engagent ainsi notamment à soutenir financièrement le codéveloppement et la coproduction d’oeuvres, à les promouvoir sur leurs territoires respectifs et à encourager la participation à des activités de maillage professionnel.
Cette entente a été signée par Louise Lantagne, présidente-directrice générale de la SODEC, par Guy Daleiden, directeur du Film Fund Luxembourg, ainsi que par le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mathieu Lacombe, et par le ministre de la Culture du Grand-Duché de Luxembourg, Eric Thill, à titre de témoins d’honneur.
"Cet accord solidifie les liens culturels et économiques entre le Luxembourg et le Québec, et devrait permettre aux artisans et professionnels du secteur audiovisuel uébécois et luxembourgeois de générer de nouvelles occasions de développer des projets, de les faire rayonner sur leurs marchés respectifs, et d’unir leurs forces pour les commercialiser à l’international"
Louise Lantagne, présidente de la SODEC.
"Le Québec est le seul territoire en dehors de l’Europe avec lequel le Luxembourg coproduit régulièrement. Cette relation privilégiée s’explique par une affinité culturelle forte et une volonté commune de soutenir des projets ambitieux dès les premières étapes de développement. Cette nouvelle convention consolidera une collaboration déjà fructueuse et ouvrira la voie à des coproductions encore plus audacieuses"
Guy Daleiden, directeur du Film Fund Luxembourg.
Coproduction avec l'Islande
La veille, le 15 mai, au pavillon luxembourgeois du Marché du Film, le Luxembourg et l’Islande (via l'Icelandic Film Centre) ont signé leur premier traité de coproduction. Les dispositions du traité faciliteront les coproductions entre les deux pays, garantiront leur reconnaissance sur les deux territoires et favoriseront le développement des liens culturels et technologiques entre leurs industries audiovisuelles.
Aux termes du traité, la contribution financière de la représentation luxembourgeoise ou islandaise en coproduction pourra varier de 10 à 90% pour chaque coproduction. Les œuvres développées dans ce cadre seront reconnues comme des productions nationales au Luxembourg et en Islande. De plus, les coproducteurs sont tenus d'apporter une contribution technique et créative effective, proportionnelle à leur participation financière.
Le champ d'application du traité couvre les productions audiovisuelles de tous genres et formats, y compris les longs métrages, les séries et les œuvres numériques, telles que les expériences XR, conçues pour tout type de diffusion.
Deux coproductions sont actuellement en cours : A Favour, réalisé par Grímur Hákonarson et coproduit par Sarimar Films (IS), Iris Productions (LU), June Films (FR) et Profile Pictures (DK) ; et The man in the storeroom, réalisé par María Sólrún et coproduit par Red Lion (LU), Sagafilm Productions (IS) et Wunderlust (DE).
Le traité entrera en vigueur pour une période initiale de cinq ans. Mais il devra d'abord être soumis à la ratification des parlements des deux pays dans les prochains mois.
Belgique, Canada : 2 talents à suivre
10 visages du cinéma belge sur la Croisette : Olivier Boonjing, directeur de la photographie
Chef opérateur sur Notre salut, présenté en Compétition, Olivier Boonjing accompagne le travail d’Emmanuel Marre dans une démarche construite très en amont. Inspiré d’une correspondance familiale sous Vichy, le film privilégie un point de vue intime, à rebours des représentations plus frontales de cette période. Pour lui, tout se joue avant le tournage. “Moi, j'ai l'intime conviction que que c’est en préparation qu'on fabrique un film”. Repérages (auxquels il participe la plupart du temps), essais caméra, rencontres avec l’équipe : ces étapes permettent de définir l’outil du film, comme on choisirait un pinceau. Avec Marre, cette relation s’inscrit dans la durée, depuis leurs premières collaborations, dont Rien à foutre. Tous deux partagent un goût pour l’expérimentation, y compris sur ce deuxième long métrage. Parallèlement, Boonjing développe d’autres projets, entre fiction et documentaire, qui prolongent ce rapport direct au réel et à l’équipe. Ce travail s’inscrit dans une pratique où le chef opérateur reste impliqué à toutes les étapes, du choix des optiques à l’étalonnage, avec une attention constante à la cohérence du film.
Présent à Cannes 2026 avec Notre salut, Compétition officielle (réal. Emmanuel Marre)
10 talents canadiens sur la Croisette : Ina Fichman, productrice de Ba’s Book, à Cannes Docs

Figure incontournable du documentaire à Montréal, Ina Fichman sera de passage à Cannes pour présenter "Ba’s Book", dans le cadre du Canadian Showcase à Cannes Docs. Active depuis les années 1990, fondatrice de la boîte de production Intuitive Pictures, la Canadienne a notamment produit "Fire of Love", un documentaire sur les volcanologues Katia et Maurice Krafft, nommé aux Oscars en 2023. Qualifiant ses films de « documentaires créatifs », elle est aussi derrière Les 18 fugitives, un long métrage de 2016 qui retraçait la traque de vaches palestiniennes par l’armée israélienne.
Ba’s Book raconte la quête familiale de sa réalisatrice, Ashley Duong, après qu’elle ait reçu de son père un livre racontant son expérience pendant la guerre du Vietnam. « Ils se rendent tous les deux au Vietnam, où ils filment leurs retrouvailles et leurs discussions avec la famille du père », explique la réalisatrice, qui précise que des acteurs et actrices de théâtre ont interprété des passages du récit du grand-père afin de les montrer à la famille.
Ina Fichman travaille en ce moment sur un nouveau projet de documentaire en Palestine avec Amer Shomali, avec qui elle avait déjà réalisé "Les 18 fugitives", en coproduction avec la France, la Palestine et la Jordanie.
Présente le 15 mai à Cannes Docs
À la une
“Le Bus : Les Bleus en grève” sur Netflix : les dessous du documentaire-enquête signé Breath Film (Webedia-Elephant)
En 2010, en pleine Coupe du monde de football, l’équipe de France fait l’objet d’une controverse consécutive à l’exclusion de Nicolas Anelka, accusé d’avoir insulté Raymond Domenech, alors sélectionneur des Bleus. Ce sujet fait aujourd’hui l’objet d’un documentaire réalisé par Christophe Astruc, produit par Breath Film (Webedia-Elephant) et diffusé sur Netflix depuis mercredi dernier : Le Bus : Les Bleus en grève. “Dès le départ, nous avions envie de proposer une relecture de cet épisode douloureux de l’histoire récente du sport français depuis un moment car son récit est resté jusque-là très caricatural”, se confie Nicolas Valode, responsable du pôle documentaire de Webedia-Elephant.
Face aux accusations de Raymond Domenech, la production défend "un travail documentaire indépendant"
L’idée a été soumise à l’été 2023 à Dolorès Emile, à la tête des documentaires et des programmes de flux chez Netflix. La production s’est ensuite étalée entre un an et demi et deux ans. “C’était un long travail d’enquête, qui a notamment nécessité la collaboration de journalistes et du temps pour convaincre les protagonistes de parler alors qu’ils avaient toujours refusé de s’exprimer sur le sujet. Beaucoup de joueurs sont restés traumatisés par l’événement”, raconte le producteur. Parmi ces protagonistes, Raymond Domenech lui-même, qui a accepté d’apparaître dans le film et de partager le journal qu’il tenait au moment des événements.
Mais depuis la sortie du documentaire, le sélectionneur fait couler beaucoup d’encre, après l’avoir publiquement fustigé sur X. Il l’accuse d’avoir vocation à “remuer la merde pour faire de l’audimat”, affirmant queles notes “n’auraient jamais dû être publiées telles quelles”. Selon Domenech, son droit de regard lui aurait été refusé “avec la plus grande malhonnêteté”. En réponse, la société de production réfute tout manque de déontologie ou de rigueur journalistique. “Nous n’avons pas traité le journal de Raymond Domenech comme le ferait la presse sensationnelle mais comme un matériel intéressant et pertinent pour comprendre sa psychologie”, explique Nicolas Valode, surpris par ces déclarations. Concernant le droit de regard, le producteur affirme appliquer une même et unique règle claire : aucun participant n’a la possibilité de voir le documentaire avant sa diffusion. “Ce film n’est pas une œuvre de commande, mais un travail documentaire indépendant. Il n’a jamais été question qu’un participant puisse valider ou modifier le contenu final”, précise-t-il.
Raconter le sport et la société autrement
Si ce chapitre sombre de l'histoire du football français continue de déchaîner les passions, Le Bus : Les Bleus en grève n’avait pas pour vocation, à l'origine, de relancer une polémique. L'ambition affichée est plutôt de proposer un éclairage fouillé sur les éléments de contexte et les réactions en chaîne qui ont mené à la crise initiale. Problématiques de leadership, récupération politique… À l’époque, de nombreux points de tension à une échelle dépassant le seul écosystème sportif auraient pu annoncer le fiasco à venir. “Breath Film a toujours eu dans son ADN l’envie d’utiliser la culture populaire ou le sport pour produire de grands récits qui racontent la société”, pointe Nicolas Valode.
Un grand récit, donc, qui a suscité l'intérêt de Netflix pour cet angle permettant de mettre en place une véritable narration. “Les documentaires que nous produisons pour les plateformes empruntent les codes de la fiction, avec une histoire character–driven et une grammaire adaptée”, affirme le producteur, pour qui les audiences jeunes et connectées ont besoin de se sentir engagées et plébiscitent désormais de nouveaux formats.
L'actualité du secteur
"Complément d'enquête" sur Gérard Depardieu : France Télévisions et Hikari relaxés
France Télévisions et la société de production Hikari ont été relaxées ce vendredi 15 mai par le tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire du reportage "La Chute de l'ogre" sur Gérard Depardieu dans le magazine Complément d'enquête diffusé en décembre 2023 sur France 2.
Alors que Gérard Depardieu s’était désisté mi-avril de ses poursuites, le réalisateur Yann Moix, qui figurait dans ce sujet, avait poursuivi sa procédure, accusant le groupe public et la société de production d'abus de confiance et de travail dissimulé. Il affirmait que Hikari avait utilisé des images lui appartenant et destinées à son propre documentaire.
Le tribunal déclare dans son jugement que Yann Moix a "fait preuve de mauvaise foi, sachant d'une part qu'il n'était pas propriétaire des images tournées par Hikari, et d'autre part, qu'il n'y avait pas de relation de travail entre lui et cette société". L'avocat de Moix, Jérémie Assous (ex-avocat de Gérard Depardieu), a indiqué que son client faisait "appel de l'ensemble des dispositions civiles". Il estime que cela permettra "de juger le dossier avec des éléments et précisions non portés à la connaissance du tribunal".
40.000 entrées pour "Histoires parallèles" le jour de sa sortie
Memento, qui a produit et distribue le film Histoires parallèles d'Asghar Farhadi, annonce que ce dernier a enregistré 40.063 entrées sur 427 copies lors de son premier jour en salles, ce jeudi 14 mai 2026. Le film obtient ainsi une moyenne de 94 entrées par établissement.
Un bon démarrage pour le film qui n'a pas bénéficié d'une journée entière dans les salles, puisque les séances ont dû attendre sa première cannoise, qui a eu lieu en seconde partie d'après-midi.
Le film du réalisateur iranien, porté par Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Adam Bessa et India Hair, est présenté en compétition cette année au 79e Festival de Cannes.
France Télévisions publie une réponse de 124 pages au rapport de Charles Alloncle
La commission d'enquête sur l'audiovisuel public continue n'en finit plus de générer des rebondissements. Suite à la publication du rapport controversé du député UDR Charles Alloncle le 5 mai, véritable charge contre le service public de l'audiovisuel, France Télévisions a publié cette semaine un document dense de 124 pages qui répond quasiment point par point à ses différentes recommandations.
Concernant les recommandations sur la neutralité, l'impartialité et l'éthique de l'audiovisuel public, France Télévisions répond que "l’obligation de neutralité des personnels de France Télévisions figure dans le règlement intérieur de l’entreprise et son non-respect est passible de sanctions".
L'idée de soumettre les marchés de programmes audiovisuels aux règles de la commande publique est vivement contestée : "Cette proposition traduit une méconnaissance très forte des modalités de fonctionnement du secteur audiovisuel. Même si cette recommandation ne lui est pas adressée, France Télévisions tient à souligner que la création audiovisuelle étant une industrie de “prototypes”, la faire entrer dans le champ de la commande publique serait un non-sens [et] porterait une atteinte majeure à la liberté éditoriale des médias de service public".
Réductions de budget ?
Nombre de propositions du député Alloncle visent à réaliser des économies, comme celle de réduire de trois quart le budget des jeux et divertissements. Selon France Télévisions, "cette proposition entrerait en contradiction avec la mission de service public de France Télévisions de toucher tous les publics et toutes les familles". "Il est à noter que cette recommandation présente un aspect hautement paradoxal puisqu’elle semble méconnaître que l’offre de jeux et de divertissements du Groupe fait partie des programmes les plus populaires de ses antennes, dont elle appelle au renforcement", ironise le groupe public.
La proposition de fusionner France 2 et France 5 en une grande chaîne généraliste rencontre logiquement une grande résistance : « Penser que la quasi-disparition des jeux et divertissements sur la grille de France 2 laisserait une place suffisante pour accueillir toute la richesse de l’offre de France 5 (…) est une erreur », répond France Télévisions.
Le texte complet de réponse de France TV est disponible en ligne.
Création du Prix cinéma Dame des Arts
L’hôtel parisien Dame des Arts annonce la création de son Prix cinéma. Ce prix mettra à l’honneur, pour sa première édition, la place et le regard des Femmes dans le cinéma français.
L'actrice française Elsa Zylberstein présidera le jury. Les lauréats de cette première édition du Prix cinéma Dame des Arts seront dévoilé le 2 juillet 2026 sur le rooftop de l'hôtel situé à Paris, rive gauche, qui se définit comme "un lieu de vie où se rencontrent le cinéma, la littérature, le design et l’art contemporain".
"Le Prix Dame des Arts s’inscrit dans cette volonté de faire de l’hôtel un lieu d’expression, de rencontres et de transmission, en donnant la parole à celles et ceux qui façonnent le cinéma d’aujourd’hui et de demain", explique le communiqué de l'hôtel, qui porte cette initiative en collaboration avec Jérôme Barcessat (PDG de l'agence Déjà) et la journaliste radio et TV Charlotte Bouteloup.
Revue de presse
Nathanaël de Rincquesen, figure des JT, licencié de France Télévisions après 30 ans de carrière
(…) Nathanaël de Rincquesen va quitter prochainement le groupe audiovisuel public. Après environ trente ans de carrière, l’ex-joker des JT de France 2 est visé par une procédure de licenciement. Son départ est prévu le 22 août.
Cette annonce n’a pas surpris en interne. "Il a négocié son départ depuis plusieurs mois", croit ainsi savoir l’un de ses futurs ex-collègues, selon qui Nathanaël de Rincquesen compte monter un cabinet de communication. (…)
Visage des JT de Télématin pendant plus d’une décennie, celui qui avait été victime d’un AVC en 2019 avait ensuite atterri sur la chaîne info du groupe, France Info, pour incarner la tranche 21 heures-minuit, tout en restant joker du 13 Heures de France 2. Fin 2024, Nathanaël de Rincquesen s’était finalement vu retirer cette casquette (…) Une décision mal vécue par l’intéressé, aux dires de plusieurs journalistes de la maison.
Âgé de 54 ans, Nathanaël de Rincquesen intervient encore cette saison sur France Info. Il est aux commandes d’INAttendu, un magazine revisitant l’actualité contemporaine grâce à des images d’archives. (…)
Le Parisien, Benjamin Meffre, le 12 mai


























