En fait, non - l'édito d'Eric Libiot

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Eric Libiot revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

Palais de l'Elysée (c) Creative Common

Il faut quand même se souvenir que les premières secousses ont eu lieu quand la suppression de la redevance est devenue effective en 2022 sur décision d’Emmanuel Macron. Une fois qu'on a écrit ça, on n'a rien écrit sur les difficultés, voire le séisme, que traversent l’audiovisuel en général et le service public en particulier mais ça fait du bien de le rappeler. Erreur de jugement, donc. Sans doute l'argent serait-il resté le nerf de la guerre des économies demandées aujourd'hui par le gouvernement à France Télévisions mais enfin le financement aurait-il été contenu dans une enveloppe (plus ou moins) pérenne. Ça n'aurait évidemment pas suffi pour contenir la baisse actuelle de la publicité ou amortir les conséquences des changements de comportement du public sur les investissements technologiques et artistiques mais le sable du terrain serait sûrement moins mouvant.

Au lieu de ça, le ciel bleu qui a inondé le Festival de la fiction de La Rochelle s’est quelque peu obscurci : Rodolphe Belmer, patron du groupe TF1 et président de LaFa, a indiqué que la lettre envoyée au Premier ministre début juillet pour demander une refonte du cadre réglementaire de l’audiovisuel français n’a reçu aucune réponse et Delphine Ernotte, patronne de FT, a souligné que son “cri d'alerte n'a pas encore été entendu”, alors que le gouvernement lui demandait 47 M€ d’économie supplémentaire pour 2027. Dans la foulée, la plupart des organisations liées à l’audiovisuel ou au cinéma s’est fendue d’un communiqué précis et direct : « Alors que le 7 septembre dernier, le président de la République recevait en grande pompe les plateformes américaines lors du Sommet Lumière, et nous parlait d’enjeu civilisationnel, quelques jours plus tard, nous apprenons que le service public de l'audiovisuel court un péril inédit, et avec lui, notre souveraineté culturelle. »

De son côté Pascal Breton, patron de Federation Studios, sollicitait l'organisation d’un mini-sommet à L’Élysée qui réunirait toute la filière. Pourquoi pas. Ça ne mange pas de pain. On sait le Président friand de ce genre de raout : il parle, il annonce, il promet, il sourit et… il rentre à la maison. Surtout à quelques mois de son déménagement ; pas sûr, d’ailleurs, que le drapeau planté au Sommet Lumière flotte très longtemps. Remarquez qu'il n'y a malheureusement pas grand monde dans le personnel politique, et encore moins chez les candidat(e)s à la présidentielle, pour causer audiovisuel public ; personne à part le RN dont les positions sont connues – et désastreuses à tous points de vue.

Des efforts, des économies, des serrages de ceinture avec bretelles en sus, même Delphine Ernotte le me conçoit, alors que le gouvernement se casse la tête pour proposer un budget et que tout le monde doit réduire la voilure. Soit. D'accord… Mais non, en fait.

Non parce que 47M€ de moins, ce n'est rien dans un budget global et beaucoup pour une entreprise comme France Télévisons. Non parce que c'est du court-termisme dont les conséquences néfastes se mesureront sur plusieurs années. Non parce qu'une offre citoyenne télévisuelle digne de ce nom est indispensable pour les Français de tous âges. Non parce que la création ne doit pas jouer les variables d'ajustement. Non, mais pas enfin, parce que la force d'un pays se mesure aussi (surtout ?) à son ambition artistique et culturelle.