Catalogue d'éditos - l'édito d'Eric Libiot
Douze… C’est le nombre d’éditoriaux qui ouvrent le catalogue de l’édition 2026 du (traditionnel) Festival de la fiction de La Rochelle (18-20 septembre). Douze… De mémoire de journaliste-festivalier, il n’est pas si courant d’aligner autant de pages pour une manifestation ; il est vrai que La Rochelle fait exception à la règle vu qu’il y a du soutien sur le port : institutions, politiques, diffuseurs, ministre de la culture… A chacun ses mots, ses engagements, ses banalités. Et vu la situation pour le moins fragile et mouvante du secteur, les mots ont leur poids en ce moment d’autant que les actes semblent encalminés pour cause d’échéance électorale.
Mais soyons francs : personne ne lit ces éditoriaux. Tout le monde se jette sur la programmation des œuvres en compétition(s), les horaires des événements, les lieux des cocktails, le dress code des soirées, les pharmacies ouvertes, etc., et quasi autant délaisse les efforts des unes et des autres pour sourire sur la photo et aligner quelques phrases. Écran total ne reculant devant aucun sacrifice, j’ai lu et relu ces douze pages pour vous permettre de profiter du festival sans culpabilité et que vous puissiez répondre à cette question angoissante : “alors t’en penses quoi de mon édito ?”
C’est Sophie Revil, la présidente de l’événement, qui ouvre les festivités et, soyons clair, elle gagne, ex-aequo, la médaille d’or de la combativité et de l’optimisme en écrivant que le festival est “un acte de résistance et de confiance”. Texte engagé, s’il en est. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. La Ministre de la culture Catherine Pégard enchaîne sans trop se mouiller, avenir incertain oblige, Olivier Falorni, le maire de La Rochelle, joue les hôtes des lieux à bras ouverts à tous et ose un passe-partout “la culture est un bien commun”, quant Sylvie Marcilly, la présidente du département, fait dans le strict minimum du minimum. Ça ne se dispute pas au portillon de l’engagement.
Même Gaëtan Bruel, le patron du CNC, modère ses élans, lui qu’on a connu plus combattif. On ne s’étonnera pas ensuite que chacun défende son bout de b(o)ulot : Laurent Duret (Procirep) soutient l’intensification des aides au développement, Christine Lidon (Sacem) met en avant la musique, Anne Bouvier (Adami) gère tranquillement ses mots et il faut féliciter Akima Seghir et Laurence Katrian (SACD) d’avoir trouvé le slogan de l’année : “faire front, faire œuvre”.
Le régulateur Martin Ajdari (Arcom) est le plus bavard et annonce la présentation d’une “enquête inédite portant spécifiquement sur les rapports entre les Français et la fiction française.” On l’attend avec impatience. Enfin Clémentine Bobin (HBO Max), souhaite produire “des séries qui viennent métaboliser des thématiques très vivantes pour la France et pour le public français.” ; soit.
Ce qui fait…onze. Oui, il en manque un et il s’appelle Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et médaille d’or ex-aequo de l’édito. Difficile de mesurer la marge de manœuvre d’un tel poste sur l’ensemble du secteur mais force est de constater qu’Alain Rousset avance à pas découverts : “démocratie menacée”, “haro sur l’IA”, “soutien sans faille aux droits des créateurs”, opposition aux “tentatives de remise en cause par la Commission Européenne de la Directive sur les services médias audiovisuels (SMA)”… Un vrai festival de prises de positions politiques. Page 10 et (malheureusement) nulle par ailleurs. Bon festival.




