Mise en cellule – L’édito d’Eric Libiot

1 juillet 2026
Eric Libiot revient sur l'actualité de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

Il serait de bon ton de se moquer. À tout le moins de critiquer et de sortir du frigo ce bon vieux Georges Clemenceau, homme d’esprit et de politique, qui déclara : « Si vous voulez enterrer un problème, créez une commission. » Ou Francis Blanche, humoriste professionnel et amateur de tiercé : « Un chameau c’est un cheval dessiné par une commission d’experts. » C’est un mal très français de vouloir créer un tour de table et d’y asseoir de fins connaisseurs capables de tout et de rien, partant d’un simple principe : tant que le schmilblick est susceptible d’avancer, ça rassure et ça permet d’affirmer lutter contre l’inaction.

Il serait de bon ton de se moquer mais Gaëtan Bruel, patron du CNC, a eu raison d’annoncer le 23 juin, « la mise à disposition d’une cellule d’accompagnement » à l’intention « des structures qui feraient l’objet de pressions, ou de tentatives d’entrave à leur liberté de création et de diffusion ». Cette initiative fait suite à « l’affaire Nadav Lapid » : invité au Festival International de cinéma de Marseille, le réalisateur israélien avait renoncé à y participer après que d’autres cinéastes ont décidé de boycotter sa présence et de retirer leur film, sous prétexte que la nationalité de Lapid le rendait soutien de la politique de Benjamin Netanyahou. Il suffit d’avoir vu Oui, son plus récent long-métrage et tous les autres d’ailleurs, pour se rendre compte que Lapid est constamment critique du gouvernement israélien, de ses prises de paroles et de ses actes. Et Gaëtan Bruel de constater « avec la plus grande préoccupation, la multiplication des atteintes à la liberté de création et de diffusion. » Il a raison.

Difficile de savoir à quoi servira, en l’espèce, cette cellule d’accompagnement. Peut-être à rien. Ou à pas grand-chose. Peut-être que l’ensemble des acteurs culturels n’y prêtera aucune attention mais enfin elle existe, comme existe un « guide pratique et juridique », disponible sur le site du ministère de la Culture, destiné à accompagner les professionnels confrontés à ces situations. Mieux vaut prévenir que guérir, n’en déplaise à Georges Clemenceau. Car on a déjà senti ici ou là d’autres mauvaises odeurs se répandre dans le secteur culturel : annulation de la programmation de la pièce Passeport d’Alexis Michalik par le maire Rassemblement National de Castres ou appel au boycott, encore à Marseille, de l’auteur de bande dessinée et cinéaste Joann Sfar, pour sa présence au Festival Oh les beaux jours !

Voilà une manifestation qui a du mal à porter son nom. Les nuages bruns et gris s’amoncellent sur le temps présent. Ce qui conforte l’initiative du CNC, quand bien même serait-elle réduite à un effet d’annonce. Lutter et combattre contre tous ces élans intolérants et bas du front est une nécessité. Gaëtan Bruel pourrait d’ailleurs profiter de cette cellule d’accompagnement pour chercher le réconfort alors que quelques politiques peu au courant (euphémisme) des affaires du cinéma et de l’audiovisuel ont déclaré vouloir sabrer le CNC. Est-ce pour cette raison que le patron de l’institution fait feu de tout bois alors qu’il va fêter cet automne les 80 ans de son bureau et des peintures ? Sans doute. Sûrement. Il n’est pas une semaine sans que Gaëtan Bruel se mette au micro pour encourager la critique de cinéma, répandre la bonne parole, défendre le modèle français…. La fonction fait le moine autant que l’air ambiant mais cet esprit volontariste qui l’anime est à saluer. Eric Libiot

Difficile de savoir à quoi servira cette cellule d’accompagnement. Peut-être à rien. Ou à pas grand-chose. Peut-être que l’ensemble des acteurs culturels n’y prêtera aucune attention mais enfin elle existe.