Encore et en gore – L’édito d’Eric Libiot

Il y a 18 heures
Eric Libiot revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.
Obsession film

Actuellement en salles, Obsession, distribué par le Pacte, est un carton.

Le cinéma d’horreur est en pleine forme. Sinners, Les Disparus, il y a quelques mois, Obsession, Saccharine, Backrooms en ce moment, bientôt Evil Dead Burn, Insidious : l’invasion du lointain. Si ce genre ne remplit pas forcément les salles à chaque fois, au moins la production est-elle soutenue et correspond sans doute à la demande grandissante d’un (jeune) public avide d’émotions fortes. Il faut d’ailleurs pointer ici le paradoxe : les streamers ont sans doute initié le phénomène avec quelques œuvres plus ou moins réussies mais suffisantes pour aiguiser l’envie de spectateurs, trop heureux ensuite de se faire peur devant un grand écran. Ce chemin-là, des écrans vers les salles, est finalement assez remarquable, en tout cas nouveau. Ce n’est peut-être qu’un épiphénomène mais en ce moment ces signaux qu’on dit faibles font du bruit.

La fréquentation continue d’ailleurs de très bien se porter - cinquième mois consécutif en augmentation par rapport à 2025. L’offre est là, le désir de cinéma aussi, et l’objectif de revenir aux chiffres d’avant-Covid est toujours très loin mais se rapproche un peu, ce qui vaut mieux que l’éloignement constant. Reste que le comportement du public se situe sur la même constante : il va voir des films mais il va en voir un peu moins. Ce n’est ni une question ni d’offre ni de désir mais d’occupation du temps présent : scroller pour choper quelques secondes de buzz, s’asseoir dans une salle et profiter du spectacle, s’affaler dans un canapé pour chercher (désespérément ?) quoi voir sur les plateformes, regarder les contenus de plus en plus nombreux des streamers, considérer davantage YouTube et moins les chaînes historiques, notamment France Télévisions qui fait face aujourd’hui au plus grand défi de sa carrière.

Et là aussi c’est l’horreur. Pardon de cette analogie mais on en est à peu près là. Et je ne parle pas du petit livre rouge de Charles-Henri qui semble avoir rejoint les sombres recoins du tiroir, et il y est très à son aise, mais des conséquences du plan d’économies déjà prévu et qui produit ses effets : annonce de Stéphane Sitbon-Gomez, le directeur des antennes et des programmes du groupe public, dans La Tribune, de la suppression de certaines émissions et de certaines séries à la rentrée, émoi du secteur, notamment du Syndicat des Producteurs et Créateurs de Programmes Audiovisuels (SPECT) qui a adressé une lettre à la Ministre de la culture, comme l’a révélé Écran Total. De quoi rajouter aux mille injonctions contradictoires auxquelles fait face France Télévisions qui se résument en une seule : faire autant avec moins. Pour y parvenir, il faudrait tout arrêter, renverser la table et repartir. Il semblerait que ça ne soit pas possible. Dommage.

On ne peut pas non plus demander au seul diffuseur de tout régler même si c’est lui qui a le plus de cartes en mains. “À chacun de faire un effort”, sous entendu économique, est une demande trop usée pour qu’elle soit aujourd’hui véritablement efficace. Parmi des centaines d’autres me voilà donc conseiller aux programmes, désolé mais c’est un sport national comme sélectionneur de foot : il faut redonner aux créateurs, aux scénaristes notamment, la place qu’ils méritent ; place qu’il faut rémunérer à hauteur. Il faut surtout révolutionner les formats, imaginer des prototypes, pousser le bouchon plus loin, décrypter et amuser davantage, bousculer plus que de raison le public actuel. Oui, comme dans le cinéma d’horreur.