Bataille culturelle – L’édito d’Eric Libiot

28 mai 2026
Notre éditorialiste revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celle à venir.
Journée de la Création 2026

Une des tables rondes lors de la Journée de la Création 2026

Après le festin : la diète. Laissons reposer le cinéma et ses débats ; il est temps de revenir à la situation de l’audiovisuel, côté création. Non rien, pour une fois, sur le rapport de Charles-Henri Alloncle dont l’auteur se balade à Paris sous le soleil et l’œil des photographes… Ah si, pardon : le 13 mai France Télévisions a répondu point par point à Charles-Henri dans un document de 124 pages, consultable sur le site du groupe public, dont la lecture est très profitable mais qui n’a pas eu l’air d’intéresser beaucoup le monde politique quand les propositions du rapporteur l’avaient pourtant poussé devant les micros. La page serait-elle déjà tournée ? Ce serait dommage. Difficile de s’en tenir à la seule critique pour se montrer sur les plateaux sans applaudir un travail beaucoup moins distrayant mais sûrement pas moins important.

Du monde politique, il en était aussi beaucoup question à la 2nde Journée de la création organisée le 7 mai par le Festival de la fiction de La Rochelle. Tables rondes et débats, interventions collégiales et personnelles étaient au (riche) menu de ce marathon de prises de paroles qui, globalement, a dressé un panorama plutôt sombre de l’avenir de la création audiovisuelle française. Ce qui n’a surpris personne. Baisse des moyens de France Télévisions, nécessité de chercher des ressources hors des frontières, politique éditoriale des plateformes, obligation de prendre des risques et fausse-bonne idée de se replier sur les franchises… Stéphane Sitbon-Gomez, Directeur des Antennes et Programmes de France Télévisions, a résumé la situation lors du débat « Comment financer la fiction à horizon 2030 ? » : « Soit on passe l’hiver, soit on est mort ». Sympa mais peu optimiste tout de même. On se croirait dans un épisode de Game of Thrones.

Le secteur fait face à un double coup de ciseau, voire de massue : des financements en baisse en ce moment qui affectent la création et l’incertitude liée au résultat de l’élection présidentielle pile poil dans un an.

En introduction à cette journée, Gaëtan Bruel, le patron du CNC, contre-balancera le pessimisme ambiant en mettant sur la table une idée pleine de bons sens et quasi enthousiasmante : si le monde politique a raison de batailler pour raisonner les enjeux de l’information, il doit aussi le faire pour mettre à même niveau les enjeux de la création. Bon sang mais c’est bien sûr ! La création, a-t-il ajouté, est source « d’émancipation et de cohésion » Bon sang mais c’est bien sûr ! (bis).

Mais le secteur aussi volontariste soit-il, qui joue son avenir quand ce n’est pas sa survie, ne peut rien sans l’implication politique, qui, in fine, est celle qui ouvre les portes… ou les ferme. C’est le législateur qui définit les ressources des groupes publics et les obligations des entreprises privées, qui met en place les aides fiscales, qui régule l’IA et protège le droit d’auteur… Lapalissade ? Peut-être. Mais pas forcément pour le commun des téléspectateurs. C’est le pouvoir politique, celui d’aujourd’hui et bientôt celui de demain, quel qu’il soit, qui va, par ses actes et ses lois, rendre possible, ou pas, toutes ces histoires qui nous apprennent l’altérité, éclairent le monde et dessinent notre imaginaire. Il faut que la création soit toujours plus libre et toujours mieux soutenue ; financièrement notamment. Aujourd’hui se joue une véritable bataille culturelle. Il ne faut pas se tromper de combat.