Quand l’aide est belle – L’édito d’Eric Libiot

Il y a 5 jours
Notre éditorialiste revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.
L'Aventure rêvée

En compétition, “l'Aventure rêvée“, de Valeska Grisebach fait partie des films aidés par le CNC © DR.

Et pourquoi pas des affiches 4 x 3 placardées dans toute la France ? Histoire d’éclaircir la situation et de répondre aux attaques frontales contre le CNC par ceux qui n’y connaissent rien. Jeudi 9 avril, Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, annonçait la sélection officielle et chacun y allait de ses commentaires ; exercice théorique aussi convenu que bienvenu – merci, tout de même, de s’enthousiasmer ou de s’indigner seulement après avoir vu les films. Cette subjectivité critique, aussi nécessaire qu’inhérente à l’exercice, est, pour l’instant, contrebalancée par un examen factuel du paysage : si le soutien des institutions françaises à la production nationale est (toujours) là, celui aux productions étrangères ne manque pas d’allant. Le modèle que porte le CNC aide, défend, encourage et stimule le cinéma international ; oui, il y a beaucoup de verbes mais il faut parfois pousser le bouchon un peu loin pour se faire entendre, à défaut de se faire comprendre par quelques mauvais esprits courts sur pattes.

Le modèle que porte le CNC encourage et stimule le cinéma international.

Cette année, vingt et un films de la sélection officielle bénéficient d’une aide sélective du CNC. Hors l’avance sur recettes reçue par neuf productions françaises, l’Aide aux cinémas du monde est allé à neuf cinéastes, dont Andreï Zviaguintsev, Koji Fukada et Valeska Grisebach (en compétition). Le CNC a aussi été présent ici ou là via les aides sélectives à la distribution, à la création de musiques originales, au parcours d’auteur, au développement d’œuvres cinématographiques de longue durée (celui- là m’avait échappé), aux effets visuels numériques, aux techniques d’animation et au Fonds de la jeune création francophone ; oui, il y a beaucoup d’intitulé mais il faut parfois pousser, etc.

Autant de films, également ceux de la Quinzaine des cinéastes et de la Semaine de la critique, qui se retrouvent, après leur première mondiale cannoise, dans différents festivals internationaux et affichent alors les soutiens reçus. Faut-il rappeler que cette année aux Oscars, cinq films impliquant un producteur français étaient nommés dans la catégorie meilleur film étranger.

J’écris ces lignes et déjà une lassitude certaine m’envahit. Défendre l’évidence est fatiguant. Le même état physique (et intellectuel) est à l'œuvre lorsqu’il s’agit d’affirmer l’importance de la culture. D’autant que ces lignes s’adressent sans doute ici à une majorité de convaincus. Alors quoi ? Que faire ? Que dire ? Il n’est d’ailleurs pas uniquement question du CNC, même s’il est mis sur le devant de la scène lors du printemps cannois. Il s’agit aussi de soutenir l’audiovisuel - de la production à la diffusion -, de comprendre les évolutions d’un (jeune) public qui construit son univers, et son imaginaire, en sollicitant de plus en plus l’offre, de défendre le travail des auteurs, et leurs droits, de construire des ponts entre les différentes pratiques culturelles – édition, musique, théâtre, art vivant…

En fait de soutien dans les faits, il s’agirait aussi que la nouvelle Ministre de la culture, Catherine Pégard, y mette les mots et trouve l’occasion d’un (grand) discours sur la culture. J’imagine qu’elle ne manquera pas de souligner, en 2026, le cinquantième anniversaire de la disparition d’André Malraux qui, dès 1940, écrivait : ''Par ailleurs, le cinéma est une industrie''. Ceux que la parole des artistes effraie, indiffère ou agace commencent déjà par en tenir compte.