Mises en examen - l'édito d'Eric Libiot

18 juin 2025
Le rédacteur en chef d'Ecran total revient sur les sujets de l'épreuve de philosophie du baccalauréat 2025.

Lundi 16 juin, les lycéens planchaient sur la philosophie, première épreuve écrite du baccalauréat. Moment d’angoisse ou d’excitation, c’est selon arrivage - comme le poisson finalement. Ceux qui élaborent les sujets font très souvent écho à l’époque, à l’actualité, aux événements (géo)politiques afin de placer le futur bachelier (on croise les doigts), bientôt étudiant ou embauché, sur les rails de la citoyenneté critique. Histoire de montrer, aussi, que la philo n’est pas une discipline hors-sol et qu’elle se marie avec son temps. Peut-être parce que le monde bouge trop vite, et pas forcément dans le bon sens, les sujets de dissertation, en filière générale et technologique, semblent, cette année, avoir été réglés sur le papier à musique de ce printemps, et plus particulièrement en référence au secteur du cinéma et de l’audiovisuel. Merci pour lui.

Filière Générale

Sujet n° 1 : “Notre avenir dépend-il de la technique ?” Voilà une question qui a agité les professionnels présents au festival d’animation d’Annecy. L’IA a bouleversé les processus de fabrication et chacun se demande jusqu’où la machine va aller. Mais l’humeur autour du lac n’était pas uniquement artificielle. En fait, si l’IA a bien débordé sur quelques débats, elle n’a fait ni la pluie ni le beau temps. Les discussions faisaient consensus autour d’un sujet : l’avenir de l’animation dépend surtout du bon vouloir politique ; recadrer notamment les plateformes qui ne respectent pas les décrets SMAD.

Sujet n° 2 : “La vérité est-elle toujours convaincante ?” La politique dans tous ses ébats. Le 30 juin, l’Assemblée nationale devrait (enfin) débattre de la réforme de l’audiovisuel voulue par Emmanuel Macron et portée par Rachida Dati. La ministre de la Culture croit dur comme fer à un vote positif quand l’opposition de gauche fourbit déjà ses armes. Il faut espérer un débat serein pour que la vérité se fasse jour : jusqu’à présent les arguments, pour ou contre, sont essentiellement idéologiques (en gros droite vs gauche). Si les députés, quel que soit leur camp, pouvaient convaincre en avançant deux ou trois vérités, on en serait heureux.

Filière Technologique

Sujet n° 1 : “Sommes-nous libres en toutes circonstances ?” Contraintes, injonctions… L’individu contre le collectif. Souhait inébranlable : que le cinéma continue d’être libre et de s’opposer, autant qu’il peut, aux demandes supposées du public. Pas facile, c’est vrai. Mais tout de même. La Palme d’or ? Libre. Partir un jour ? Libre. Les grands succès en salles de 2024. Libres et singuliers. Les blockbusters? Pas toujours libres. Mais ils peuvent être aimables. Cela dit, l’été va être crucial. Après une présence quasi inexistante en 2024, ils reviennent cette année. Les résultats en salles ne vont sans doute pas décider de tout mais ils vont être scrutés à la loupe ; la fréquentation en dépend mais l’avenir de Hollywood également (lire ET 1519).

Sujet n°2 : “Avons-nous besoin d’art ?” Pas sûr qu’en répondant seulement par « oui », la note soit à la hauteur. Et pourtant ça devrait suffire. Les 10 arts sont indispensables. Mais on se rend bien compte que la culture, qui se marie si bien à l’art, est systématiquement le premier budget à subir mille coupes. Ce qui donne encore quelques raisons de se battre.