T’as vu le loup ? L'édito d'Eric Libiot
S’il y a bien une tendance en train d’émerger, c’est l’adaptation de jeu de société, d’enquête ou de stratégie pour le petit écran.
Pas de supplément bagages cette année. D’habitude, les journalistes envoyés au Mipcom de Cannes reviennent chargés d’infos, de scoops, de perspectives et de prospectives, d’avenir en marche et de tendances originales. Ce qui finit par peser lourd dans la valise même si la promesse de lendemains qui chantent se transforme parfois en concerts de fausses notes. Mais après ces quatre jours, rien, ou peu, à se mettre sous le clavier, à part les deals achats/ventes - un minimum en soi. Lors d’une conférence commune, Paolo Agostinelli, Senior Vice President, Affiliate and Content Distribution, The Walt Disney Company Europe, Middle East & Africa et Diego Londono, Executive Vice President, Media Networks and Content, The Walt Disney Company Europe, Middle East & Africa, ce qui impose sur une carte de visite, ont ainsi indiqué à la salle qu’ils attendaient « des propositions ambitieuses » et que « la recette magique pour produire un succès n’existait pas ». Rien de personnel dans ce compte rendu succinct, il est à l’image du reste. Ça ou pas grand-chose c’est du pareil au même.
S’il y a bien une tendance en train d’émerger, et je fais le pari qu’elle va durablement s’installer, c’est l’adaptation de jeu de société, d’enquête ou de stratégie pour le petit écran.
Attentisme général ? Morosité collégiale? Sur-place collectif ? Difficile de faire la part des choses. Peut-être les grands patrons attendent-ils le MipLondon en février 2025 pour faire des annonces ; la capitale anglaise serait, davantage que la rue d’Antibes, la plaque tournante anglo-saxonne des programmes mondiaux. Peut-être est-ce un hasard de calendrier et de conjoncture qui plombe la mise à feu d’événements à venir. Ou bien, plus prosaïque et plus stratégique, les chaînes et les plateformes se livrent à une partie de poker menteur géant. Ne rien dire sans le dire pour le dire un peu plus tard alors que les cartes en mains annoncent déjà une quinte qu’il faut savoir ne pas révéler trop tôt.
Cette analogie ne tombe pas du ciel puisque s’il y a bien une tendance en train d’émerger, et je fais le pari qu’elle va durablement s’installer, c’est l’adaptation de jeu de société, d’enquête ou de stratégie pour le petit écran. Ça tombe bien : ces jeux, souvent originaux, doivent leur succès à la génération des 20-30 ans (en gros), celle-là même que les diffuseurs draguent pour les ramener au bercail télé. Et ça fonctionne puisque le succès du moment, Loups Garous sur Canal +, est adapté des Loups-garous de Thiercelieux. Il y a quelques mois mon fils tentait de m’expliquer la règle et l’intérêt de ce jeu de cartes entre amis ; peine perdue je n’ai rien compris et n’y voyais aucun attrait ni plaisir à venir. Consciencieux et professionnel, j’ai tout de même regardé l’adaptation canalplusienne (6 épisodes sur 8 à l’heure où j’écris) : je suis totalement accro. Production haut de gamme, rythme serré, suspense garanti, clarté des règles, montage au cordeau, commentaires et mise en scène ad hoc. Surtout c’est une façon de présenter ce que pourrait être un mélange entre la télé-réalité et la série, ou le flux, ou le doc, ou la fiction, ou le jeu en huis-clos. Ça cousine avec Les Traitres (M6) mais ça efface davantage les frontières entre les genres. Alexia Laroche-Joubert, patronne de Banijay France, a félicité Panayotis Pascot et Fary, à l’origine de l’adaptation, et a souligné à mi-mots qu’il y avait un avant et un après Loups Garous. Là est peut-être la raison de ce Mipcom en eau tiède. Personne n’avait vu le loup. Mais il va maintenant falloir compter avec lui.




