Trois en un - L'édito d'Eric Libiot

18 septembre 2024
Eric Libiot, rédacteur en chef d'Ecran total, livre son point de vue sur la semaine écoulée et sur les enjeux de celles à venir.
Trois en un - Edito d'Eric Libiot (c) Pierre Abouchahla.png

Ca urge. Mais tout urge semble-t-il. Le gouvernement Barnier - premier du nom et peut-être pas le dernier - a du pain sur la planche, du dossier sur la table, du grain à moudre et du budget à boucler. Mais personne ne sait quelles vont être les priorités prioritaires. Une chose est sûre : il y aura forcément des premiers et des derniers, des gagnants et des perdants, des heureux et des râleurs. L’humeur des mois à venir sera automnale.

Le Festival de la fiction de La Rochelle, 26ème du nom, a en tout cas permis de (re)mettre en avant trois dossiers :

  • l’Intelligence artificielle (IA),
  • le front commun contre les plateformes,
  • le financement de l’audiovisuel public.

La gauche annonce son intention de remettre sur la table la redevance, supprimée en 2022 par le gouvernement à la demande du Président Macron.

L’I.A. Ça fait évidemment un moment qu'on en parle. Écran total et le médiaClub ont organisé un débat sur ce thème, notamment lié au travail d’écriture. Aujourd’hui, les scénaristes ne se cachent plus pour déclarer qu’ils utilisent l’outil. Chacun à sa manière. Le débat n’est plus du tout là. Il se pose plus sûrement sur les droits d’auteur (qui et comment rémunérer quand une machine utilise le travail des uns et des autres dans une proportion pas forcément quantifiable), l’éthique et les valeurs (transparence sur le travail fourni par l’IA, affirmation de la propriété intellectuelle des auteurs, exigence du consentement des auteurs…), la formation des jeunes scénaristes (utiliser une technologie présente dès le biberon n’est pas la même chose que de l’appréhender comme un nouvel outil). Si les auteurs en discutent aujourd’hui via la Guilde, le Cité européenne des scénaristes, ou autre, et interviennent lors de débats ou autour d’un café, les institutions politiques et publiques sont évidemment parties prenantes et l’engagement plus ou moins important d’une ou d’un ministre, changera la donne.

Le front commun contre les plateformes. Ce n’est pas tous les jours que les chaînes privées et publiques de la TNT s’unissent.

France Télévisions, TF1 et M6 ont annoncé la création d’une plateforme commune pour concurrencer les géants du streaming. Au moins pour résister. Et ne pas voir le gâteau de la pub grignoté par d’autres. Une stratégie commerciale sans doute dont on imagine mal qu’elle puisse aussi être liée à la création et à la production. Mais sait-on jamais. L’époque est aux surprises (plus ou moins réussies).

Le financement de l’audiovisuel public. Le dossier est au-dessus de la pile (lire p. 22). À la fin de l’année ce sera trop tard. Chacun y va donc de sa proposition, taxe, pas taxe, TVA pas TVA, prélèvement pas prélèvement, fraction pas fraction, et j’en passe, mais la pérennité du financement doit être assurée et ne doit pas fluctuer en fonction du budget et des humeurs politiques. La gauche annonce son intention de remettre sur la table la redevance, supprimée en 2022 par le gouvernement à la demande du Président Macron. Finalement cette redevance n’était pas si mal… Son maintien aurait évité de se prendre le chou aujourd’hui. Lié au financement, se (re) posera sans doute, la fusion du service public en holding défendue par Rachida Dati, alors ministre de la Culture en titre d’un gouvernement davantage représenté qu’aujourd’hui à l’Assemblée Nationale. Le nouveau Parlement est d’une autre couleur. Les deux groupes principaux sont sur deux terrains différents : le RN est pour la privatisation et le NFP contre la fusion. Autant dire que l’idée de holding est maintenant minoritaire. Le prochain gouvernement va-t-il tenir compte de cette nouvelle donne ? Un doute tout à coup…