Cannes 2024 — Angelo Cosimano : “Les IA sont des outils supplémentaires dont il faudra impérativement acquérir le savoir-faire”

Il y a 3 jours
La CST, partenaire technique du festival, est présente chaque année à Cannes avec une série de conférences et ses Prix de l’artiste-technicien et de la jeune technicienne. Le président de l’association revient sur son histoire et son actualité.

La CST, née à la Libération, fête cette année ses 80 ans. Comment son rôle a-t-il évolué au cours des décennies ?

La création de la CST est la première directive prise le 1er octobre 1944 par Jean Painlevé qui avait été choisi par le Comité de Libération du Cinéma Français pour diriger le Cinéma Français au sein du ministère de l’information du Comité National de la Résistance (CNR).  Jean Painlevé, anticipant les luttes de pouvoir entre les différents courants de la résistance, souhaitait l’existence d’un organisme neutre, à côté des pouvoirs publics, pour faire en sorte que les professionnels puissent mieux agir dans la reconstruction de l’outil industriel qui avait été ravagé et pillé par les occupants allemands. La CST naît à un moment où il n’y a pas d’électricité pour fabriquer de la pellicule dans l’usine Kodak de Vincennes et ou les stocks de matières premières sont quasi inexistants. Par exemple, les membres de la CST vont aller chercher du charbon dans toute la France pour faire redémarrer l’usine de fabrication de la pellicule. Cette phase de redémarrage serait longue, un peu miraculeuse, mais elle a porté ses fruits. Et malgré tout, par-delà tous ces défis, les dossiers sur lesquels la CST se penchait déjà à cette époque, c’est l’arrivée de la télévision, du cinéma en relief et des procédés de cinéma en couleur. Plus la question de ce que devait être une salle de cinéma correcte, pour que le spectateur puisse avoir le plus de confort possible.

Dans les années 60, on voit apparaître des discussions qui peuvent sembler bizarres aujourd’hui. On se demandait par exemple si les cinémas pouvaient récupérer des programmes de télévision ou des compétitions sportives. Puis est venue la crise du cinéma dans les années 70, et ensuite la révolution des salles, transformées en complexes puis en multiplexes. C’est l’époque où la CST propose au CNC de mettre en place un contrôle technique « a priori » des dossiers de conception de salles. Cela a tellement bien marché que, désormais, le contrôle se fait « a posteriori » et que les règles continuent d’être appliquées. La génération actuelle d’exploitants place vraiment l’amour de leur salle et le respect du spectateur au centre de leurs préoccupations. Ce qui n’était pas toujours le cas il y a 60 ans. La grande phase suivante de l’histoire de la CST a été l’arrivée du numérique, à partir du début des années 2000.

Vous fêtez également les 40 ans de votre partenariat avec le Festival de Cannes ? 

Depuis 1951, la CST participe au Festival de Cannes à travers le Grand Prix Technique de la CST qui est devenu au fil des années le Prix CST de l’artiste Technicien destiné à récompenser la meilleure contribution technico-artistique au sein d’un film de la sélection officielle.

En 1983, après le démarrage un peu chaotique du nouveau Palais, Gilles Jacob a souhaité centraliser la responsabilité du bon fonctionnement technique en nous conviant au sein de l’association qui gère le Festival. Chaque année, c’est une belle aventure qui fédère l’énergie des membres de la CST qu’ils soient permanents et bénévoles. On ne dirait jamais assez combien le Festival est le cœur et l’esprit du cinéma français et nous sommes très fiers d’y participer et de contribuer au mieux de nos forces à son bon déroulement, dans l’ombre et la discrétion qui sont respectivement le territoire et la mission de tous les techniciens du cinéma

Quel est votre regard sur le plan France 2030 et le développement annoncé d’une dizaine de studios de tournage dans le pays ?

Nous avons une vraie possibilité de relancer cette activité en France. La façon dont le plan est conçu, en distribuant des aides aux entreprises qui ont prouvé qu’elles étaient capables de monter un dossier avec des financements privés, est très saine. Je dis chapeau, car les studios qui vont être construits le seront pour les 50 prochaines années.

L’intelligence artificielle est au cœur des débats depuis un an ou deux. Est-ce un sujet que vous suivez à la CST ?

Nous en parlons entre nous depuis très longtemps. A mon arrivée à la CST au début des années 2000, le deep learning était un de nos premiers sujets de discussion autour de la machine à café. Nous n’avons pas de boule de cristal mais je ne crois pas au remplacement de l’imagination humaine par l’intelligence artificielle. Une aide à la rédaction, capable de trier dans un texte, de le raccourcir, sans aucun doute. Une accélération de la traduction bien sûr, c’est déjà là.  L’IA, c’est une synthèse de données préexistantes, une accélération de la prise de décision pour des machines automatisées, une capacité à analyser des données dispersées et d’en faire une présynthèse. Mais le plan de la création artistique est par essence disruptif, en parfaite contradiction avec l’essence mathématique de l’IA. Je pense que nous sommes très loin de voir quelque chose d’original naître sans aucune intervention humaine. 

Pour les techniciens, par exemple les étaloneurs, les ingénieurs du son ou les monteurs, on peut quand même penser que cela va modifier leur façon de travailler…
La différence entre un monteur et un grand monteur, c’est que le grand monteur parviendra à faire d’un film dont les éléments issus du tournage restent « bancals », un film réussi. Pourquoi ? En osant un séquençage original, des raccords hors des critères traditionnels, en sortant des sentiers battus. L’intelligence artificielle sera capable de faire la synthèse de ce qui existe déjà et de proposer des choses à partir de ce qui a déjà été fait, peut-être d’accumuler de possibles versions alternatives. Il faudra donc vérifier tout ce que fera l’intelligence artificielle et faire des choix qui pourront seuls reposer sur la capacité artistique d’un réalisateur et de son monteur. Les temps de montage sont déjà très courts aujourd’hui : est-ce que cela permettra de gagner du temps ? La rentabilité sera-telle artistique, financière ? Je vois l’IA, ou plutôt les IA, comme des outils supplémentaires dont il faudra impérativement acquérir le savoir-faire nécessaire. Dans la société angoissée dans laquelle nous évoluons, évitons les inutiles peurs millénaristes comme les promesses de lendemain radieux. L’essence même de la CST est de réunir des hommes de bonne volonté qui gardent les pieds sur Terre.

Le programme de la CST à Cannes :

Conférences sur le stand de la CST, pavillon 213 du Village International Pantiero

CanneS Technique - tous les jours à 10h :

Le programme de la CST à Cannes :

Conférences sur le stand de la CST, pavillon 213 du Village International Pantiero

CanneS Technique - tous les jours à 10h :

Mercredi 15 - Décor de cinéma : “concilier création collective et engagement écologique”

Jeudi 16 - Victorine Studios, une boutique de cinéma et de VFX (avec Digital District)

Vendredi 17 - Explorer les compétences de l’ère de l’intelligence artificielle (avec l’Afdas)

Samedi 18 - Des batteries pour alimenter vos tournages (avec Pess Energy)

Dimanche 19 - La nouvelle recommandation DCI HDR et la projection Barco Lightsteering

Lundi 20 - “Emilia Perez – Les enjeux de la post-production son d’une comédie musicale contemporaine (avec Polyson)

Mardi 21 - Le déploiement du HDR à la Télévision : quels enjeux pour la fiction ? (avec IIFA)

Mercredi 22 - Cinéma : Quel avenir pour les métiers techniques ? (avec Audiens)

Le Club des partenaires :

Jeudi 16 :

12h – Cinemeccanica

17h – Christie & Ciné Digital

Vendredi 17 :

12h – Ecoprod

17h – Harkness

Samedi 18 :

12h – Transpa

Dimanche 19 :

12h – Barco

Lundi 20 :

12h – A.R.T.S. & Les Toiles Vertes

Mardi 21 :

12h – Fujifilm

CanneS prime Time - du 15 au 25 mai à 19h :

Un nouveau rendez-vous diffusé en direct sur YouTube et Twitch. Les animateurs Alexia De Mari et Mathieu Guetta, accompagnés de leurs invités, décrypteront la sélection officielle et présenteront les candidates et candidats aux Prix CST.

Jeudi 16 - Victorine Studios, une boutique de cinéma et de VFX (avec Digital District)

Vendredi 17 - Explorer les compétences de l’ère de l’intelligence artificielle (avec l’Afdas)

Samedi 18 - Des batteries pour alimenter vos tournages (avec Pess Energy)

Dimanche 19 - La nouvelle recommandation DCI HDR et la projection Barco Lightsteering

Lundi 20 - “Emilia Perez – Les enjeux de la post-production son d’une comédie musicale contemporaine (avec Polyson)

Mardi 21 - Le déploiement du HDR à la Télévision : quels enjeux pour la fiction ? (avec IIFA)

Mercredi 22 - Cinéma : Quel avenir pour les métiers techniques ? (avec Audiens)

Le Club des partenaires :

Jeudi 16 :

12h – Cinemeccanica

17h – Christie & Ciné Digital

Vendredi 17 :

12h – Ecoprod

17h – Harkness

Samedi 18 :

12h – Transpa

Dimanche 19 :

12h – Barco

Lundi 20 :

12h – A.R.T.S. & Les Toiles Vertes

Mardi 21 :

12h – Fujifilm

CanneS prime Time - du 15 au 25 mai à 19h :

Un nouveau rendez-vous diffusé en direct sur YouTube et Twitch. Les animateurs Alexia De Mari et Mathieu Guetta, accompagnés de leurs invités, décrypteront la sélection officielle et présenteront les candidates et candidats aux Prix CST.