Les blockbusters font le plein, le reste un peu moins

1 juin 2022
Le succès, coup sur coup, de "Doctor Strange" et "Top Gun" au box office montrent que le public friand de blockbusters a repris le chemin des cinémas. Problème, cela ne profite pas au reste du marché, comme c’était le cas avant la crise.
Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Avec 1,32 millions de spectateurs en 5 jours, Top Gun : Maverick peut donner espoir aux salles. C’est le deuxième démarrage au-dessus du million en moins d’un mois, après les 1,29 million d’entrées de Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Les sorties des prochaines semaines seront l’occasion de confirmer la tendance. Jurassic World : Le Monde d’après, avec le retour du casting du film original de Steven Spielberg, devrait attirer toutes les générations de spectateurs le 8 juin. Le 22 juin, Elvis de Baz Luhrmann cherchera à transformer son accueil triomphal à Cannes en succès au box-office. Le même jour, Pixar fera son grand retour dans les salles obscures avec Buzz l’éclair, spin-off de sa franchise la plus populaire, Toy Story. Puis viendront les inépuisables Minions le 6 juillet et le nouvel opus de la saga Marvel, Thor : Love and Thunder, le mercredi suivant.

Cette perspective réjouissante signale-t-elle la fin des difficultés pour les salles ? Pas vraiment, car si le public revient, son comportement a changé. “Ce qui est frappant, c’est que les films qui marchent n’entraînent pas les autres”, note Eric Marti, directeur général de Comscore France. La “mécanique des fluides” qui existait avant la crise ne s’observe plus. Si des films d’auteur, comme En Corps de Cédric Klapisch, qui a dépassé le million d’entrées, ou des comédies comme Maison de retraite ou le Bon Dieu 3 ont rencontré leur public, cela n’a pas profité au reste de l’offre. Conséquence : le marché n’a connu qu’une seule semaine au-dessus des 4 millions d’entrées depuis le début de l’année, là où, traditionnellement, on pouvait atteindre les 5 ou 6 millions pendant les vacances scolaires.

Un public devenu plus exigeant

“Le public est sélectif”, observe Eric Marti. “Il va voir certains films – qu’il s’agisse de blockbusters, de comédies, de films d’auteur ou de dramas – parce qu’ils savent que ça vaut le coup.” La sortie au cinéma serait donc un acte moins spontané qu’avant. Les distributeurs doivent plus que jamais proposer des films qui pourront justifier le déplacement vers la salle et le prix du billet. Ils doivent aussi redoubler d’effort d’un point de vue marketing. 

Dans ce contexte, il faudra observer les résultats des films cannois, qui ont bénéficié d’une importante couverture médiatique, sur la longueur. Après une première semaine à 100.000 entrées, Coupez ! de Michel Hazanavicius a attiré 56.000 spectateurs supplémentaires pour son deuxième weekend. Frère et Sœur d’Arnaud Desplechin cumule pour sa part 130.000 spectateurs en une dizaine de jours, et affiche un bon maintien. “Cannes arrive dans cette ambiance un peu agitée où certains films performent très bien mais où le ventre mou est très mou”, constate Eric Marti.

Les chiffres que dévoilera le CNC ces prochains jours devraient malgré tout montrer que la reprise s’intensifie. Après un mois d’avril en retrait de 23% par rapport à 2019, année record, l’écart devrait se réduire. Reste à savoir si l’offre proposée ces prochaines semaines suffira à confirmer la tendance.