Les interviews épicées de « Hot Ones »

27 avril 2022
Tirée d’un format américain, l’émission d’interview animée par Kyan Khojandi a été adaptée pour Canal+ par Mediawan et le Studio Bagel.
Kyan Khojandi

Adapté d’un format américain lancé sur YouTube en 2015 dépassant aujourd’hui le milliard de vues sur la plateforme de partage vidéo, Hot Ones (8×26’) a débarqué le 11 avril sur Canal+. Le concept ? Un entretien avec une célébrité, rythmé par la dégustation d’ailes de poulet frit assaisonnées de sauces de plus en plus pimentées à chaque question. D’abord confidentiel, le programme original a progressivement été adopté par les plus grandes stars outre-Atlantique, à tel point que les grands noms d’Hollywood se bousculent désormais pour y participer, de Scarlett Johansson à Idriss Elba en passant par Tom Holland. Un succès qui a inspiré Studio Bagel, récemment relancé sous la forme d’un label humour entièrement intégré à la chaîne cryptée, pour en créer une version française. Afin de l’animer, les producteurs du programme, Gregory Cantien et Jean-Paul Geronimi, qui pilotent respectivement Cameron’s et Story Nation Productions, deux sociétés du groupe Mediawan, ont fait appel à Kyan Khojandi (Bref, LOL : qui rit perd, Le Discours). Diffusée sur la chaîne YouTube du Studio Bagel et sur Canal+ tous les mardis à 23h50 depuis le 11 avril, cette version française entend profiter du buzz international provoqué par la version originale pour s’implanter durablement dans l’Hexagone. « Le show est connu pour être à la fois très drôle et très profond, parce qu’il met en scène des questions rarement posées aux stars, à propos de leur carrière comme de leur vie privé, explique Gregory Cantien. Je me suis dit que le concept était tellement génial et universel qu’il fallait absolument l’adapter en France. » Ce dernier, jusque-là spécialisé dans la fiction, s’est associé pour l’occasion avec un producteur plus aguerri dans le flux, Jean-Paul Geronimi, avant d’obtenir les droits du programme auprès de Complex Media, la société à l’origine du format original. « Shawn Evans, qui anime le show aux Etats-Unis, est quelqu’un de très respecté là-bas, grâce à sa science de l’interview mais aussi à l’empathie dont il fait preuve avec ses invités, décrypte Jean-Paul Geronimi. Nous avons donc cherché un profil comparable en France, capable d’entrer dans l’intimité des invités tout en ayant une importante touche d’humour. Nous savions que Kyan était le profil idéal grâce à l’émission qu’il anime sur YouTube depuis deux ans, Un bon moment. La plus-value de l’avoir comme animateur s’est présentée comme une évidence. »

Coup de chance, l’intéressé était à la fois un fan du programme original et un inconditionnel de sauces piquantes. Le profil parfait, donc, pour animer un programme qui n’est pas sans rappeler Les Recettes pompettes, émission québécoise elle aussi adaptée sur You Tube en France avec Monsieur Poulpe aux commandes. Avec, en lieu et place des sauces piquantes, des verres d’alcool à ingurgiter tout au long de l’émission. « C’est une comparaison que nous avions anticipée et que nous assumons, même si Hot Ones existe depuis bien plus longtemps, poursuit Jean-Paul Geronimi. La différence, c’est que l’alcool amenait progressivement l’émission vers la déconne en faisant perdre ses moyens à l’invité, tandis que dans notre émission, le piment pousse le corps à générer des endorphines qui finissent par désinhiber celui qui en consomme. Au final, cela agit un peu comme un sérum de vérité, ce qui permet des grands moments de complicité avec l’intervieweur tout en restant maître de ses capacités ; cela amène à des confidences assez uniques, loin de l’exercice de promo traditionnel. »

Lâcher prise

En guise de clin d’oeil, l’animateur des Recettes pompettes figure d’ailleurs parmi les premiers invités de Hot Ones, dans la foulée du précurseur Jonathan Cohen. Les producteurs entendent cependant ne pas se limiter aux comédiens puisqu’ils ambitionnent de recevoir des célébrités de tous horizons, notamment des chanteurs ou des sportifs et qui sait, peut-être un jour, des hommes politiques. « L’éventail est très large parce que c’est une collection d’interviews qui permet de découvrir les gens d’une façon différente, le tout en s’amusant, reprend Gregory Cantien. Il faut simplement laisser un peu de temps à l’émission pour s’installer. Au départ, le programme original n’avait que des rappeurs californiens. Puis le buzz a commencé, et les gens ont vu qu’il y avait une vraie équipe de rédaction derrière les questions, et un amour intense de l’interview profonde qui amène les invités là où l’on a pas l’habitude de les voir. C’est devenu même la patte de l’émission, autant que le piment ! Je pense que cela va être la même chose ici. »

Si le concept du programme et son origine américaine auraient pu diriger l’adaptation vers une plateforme SVOD – Amazon était notamment très intéressé -, c’est finalement Canal+ qui a réussi à convaincre les producteurs. Kyan Khojandi, lui, ne s’est pas fait prier : « Quand on vous propose d’animer une émission dans laquelle vous recevez des gens que vous admirez, avec un parcours exceptionnel, pour discuter avec eux tout en mangeant des sauces piquantes dont je suis totalement addict, vous n’hésitez pas longtemps !, explique la révélation de Bref. Je suis rompu à l’interview puisque j’anime ma propre émission d’entretiens sur YouTube, mais je ne me considère pas vraiment comme un interviewer ; plutôt comme quelqu’un qui s’intéresse aux gens et a envie d’en savoir plus sur eux. Je suis pas journaliste, je n’ai aucune obligation de neutralité et cela me permet d’être très empathique. Même quand je connais bien la personne, comme lors de la première avec Jonathan Cohen, j’essaie de l’amener vers le lâcher prise. » La difficulté reste de séduire suffisamment de célébrités tricolores pour qu’elles acceptent de se livrer sans fard. « Il faut installer un climat de confiance parce que nous évoluons dans un milieu où les gens sont particulièrement soucieux de leur image, poursuit le comédien, qui a créé sa propre société de production il y a trois ans – avec une demi-douzaine de projets déjà concrétisés, dont deux séries courtes incarnées par Anna Apter (Cher journal et Ça sera (peut-être) mieux après) ou encore la série d’animation Flippé, tous les trois pour Canal+. Il faut que les invités soient sûrs que je ne suis pas là pour les piéger. Cela ne devrait pas tarder parce qu’il existe déjà une importante communauté Hot Ones en France et qu’ils peuvent désormais regarder les premiers numéros diffusés. »