Corinne Kouper, Prix de la personnalité de l’année d’Ecran Total

21 décembre 2021
"Ecran Total" a décerné son Prix de la personnalité de l'année à Corinne Kouper, professionnelle qui défend de multiples causes. Rencontre.

Pour 2021, Ecran total souhaitait décerner son 3e Prix de la personnalité de l’année à un.e professionnel.le engagé.e. Une volonté née d’un constat : même s’il y a des avancées, notre société doit encore progresser, et sur de multiples plans. Et l’engagement, c’est ce qui conduit à un monde meilleur. En ce sens, attribuer ce Prix à Corinne Kouper était une évidence. Productrice reconnue, cofondatrice de TeamTO, cette dernière, avec d’autres professionnel.le.s attaché.e.s aux mêmes causes qu’elle, mène des actions pour que, dans l’animation, les femmes puissent avoir les mêmes chances d’accès aux responsabilités, que le sexisme et le harcèlement n’existent plus, que les inégalités sociales cessent d’être un frein pour des jeunes qui rêvent d’intégrer le secteur, ou encore que l’écologie devienne une priorité. Rencontre avec cette professionnelle qui fait bouger les choses.

En 2015, vous avez fondé avec Eleanor Coleman et Delphine Nicolini l’association Les Femmes s’animent. Comment est-elle née ?

Nous l’avons créée après avoir découvert le travail, aux Etats-Unis, de l’association Women in Animation, qui aide les femmes à bâtir leur carrière et lutte contre le harcèlement dont elles peuvent être victimes. Nous avons alors pris conscience que peu était fait en France sur ces aspects. Il fallait agir. Parmi les actions que nous avons menées jusqu’ici, on peut citer la table ronde que nous avons organisée à la SACD, en 2016, autour du harcèlement, où les échanges furent riches. A la suite de celle-ci, nous avons rédigé un fascicule pour expliquer comment combattre ce fléau et nous avons conçu une affiche qui alertait sur les expressions sexistes qui reviennent souvent à l’égard des femmes. Beaucoup de studios se sont engagés à nos côtés. Puis, suite à l’affaire Weinstein, nous avons proposé une deuxième table ronde sur le harcèlement, un sujet devenu prioritaire pour tout le monde. En parallèle, nous avons instauré un programme de mentorat, où des professionnel.le.s expérimenté.e.s accompagnent des femmes, débutantes ou non, dans leurs trajectoires. Les mentor.e.s leur apportent des réponses à des questions autour de sujets liés à la carrière ou plus personnels. Et, chaque année, au Festival d’Annecy, nous pilotons un événement, avec différents temps forts (tables rondes, portraits de réalisatrices ayant un film sélectionné au Festival…).

En 2021, vous avez lancé deux nouvelles initiatives…

Nous collaborons avec le Collectif 50/50 et nous avons contribué à ouvrir à l’animation la bible qu’il a mis en place, qui permet aux recruteurs d’accéder aux CV de technicien.nes. Cette bible a pour but de favoriser la parité et la diversité au sein des équipes. En outre, à Annecy, nous avons annoncé un nouveau dispositif de mentorat, « Parcours de femmes ». Il vise à aider des autrices graphiques et littéraires, qui ne sont ni des professionnelles, ni des étudiantes en écoles d’animation, et qui ont un projet de court métrage d’animation. L’objectif est de leur donner les clés pour mûrir leurs idées, construire un dossier, etc., pour qu’elles puissent présenter un projet abouti dans une session de pitch lors du Mifa 2022. L’appel à projets est terminé ; nous en retiendrons trois venant de France et trois issus d’Afrique francophone. Les courts évoqueront des parcours de femmes, des victoires qu’elles ont remportées.

Observez-vous une amélioration concernant la place des femmes dans l’animation ?

Oui, et les chiffres montrent que le secteur en compte de plus en plus. Néanmoins, il faut qu’on analyse ces chiffres de manière plus poussée afin de savoir quelle réalité ils traduisent. En effet, s’il y a la parité dans les écoles, ce n’est pas le cas par la suite. Et cette amélioration de la situation ne doit pas masquer le fait que les femmes sont toujours minoritaires. Il faut rester extrêmement volontaire pour atteindre la parité.

Vous êtes secrétaire générale de l’Ecole Cartoucherie Animation Solidaire (Ecas), lancée en 2018 à Bourg-lès-Valence par Guillaume Hellouin, cofondateur de TeamTO. Cette école dispense des formations à des jeunes venant de milieux sociaux défavorisés. Comment a-t-elle vu le jour ?

Guillaume Hellouin a eu l’idée de l’Ecas en partant d’une observation : les écoles d’animation ont des prérequis, comme l’obligation d’avoir le baccalauréat, et ces études sont chères. Cela empêche une catégorie de jeunes de pratiquer nos métiers. Or, nous savons que le talent est également réparti à travers toutes les couches de la population. L’Ecas a été créée, avec plusieurs partenaires, en partant de ce constat. Gratuite, elle n’est pas généraliste : elle forme, en sept mois, à un seul métier, celui d’animateur de personnages 3D. Depuis 2018, trois promotions, soit 95 stagiaires, en sont sorties : 77 travaillent dans les studios de TeamTO, les autres dans d’autres structures. La quatrième promotion vient d’intégrer l’école. Et, depuis cette année, l’Ecas, en partenariat avec House of Cool (Canada), propose également une formation au métier de storyboarder. A présent, notre souhait est que l’Ecas se décline dans d’autres régions ou pays. Nous mettrons à disposition tout ce que nous avons mis en place pour cela. Nous avons juste deux conditions : que les structures qui veulent s’engager soient adossées à un studio afin de garantir un emploi aux stagiaires après leur formation, et bien entendu que l’accès à la formation soit gratuite.

L’écologie est aussi un sujet qui vous tient à cœur. TeamTO a d’ailleurs été retenu par le CNC pour son dispositif « Choc de modernisation de l’appareil de production »

Nous sommes heureux que le CNC nous ait soutenus avec son dispositif. Chez TeamTO, la question écologique nous préoccupe depuis toujours. Par exemple, en 2011, nous avions produit la série Plankton Invasion, qui avait reçu le label « développement durable » de l’Unesco. Nous avions calculé l’empreinte carbone générée par sa fabrication, ce qui était inédit à l’époque. Et puis, l’infrastructure de nos studios a toujours été pensée pour répondre aux problématiques environnementales. Notre studio parisien déménagera en 2022 dans le quartier Bastille, et nos nouveaux locaux seront en phase avec l’éco-responsabilité. Nous investissons beaucoup dans la R&D pour baisser l’empreinte carbone de ce studio et si des confrères sont intéressés par notre démarche, nous partagerons avec plaisir les outils open source que nous développons.

Dates clés :

1981 : Corinne Kouper participe à son premier Festival de Cannes en tant qu’assistante et monteuse pour la chaîne interne du festival.

1997 : « Pierre et le loup », de Michel Jaffrennou (Capa, Canal+) reçoit le 7 d’or du meilleur programme d’animation. Corinne Kouper était directrice de production sur ce programme.

2000 : Corinne Kouper remporte son premier Emmy Award pour « Rolie Polie Olie » (Sparkling, Nelvana, Disney), série qu’elle a coproduite.

2005 : Fondation de TeamTO, avec Guillaume Hellouin et Caroline Souris.

2015 : Co-présidente de l’association Les Femmes s’animent, créée avec Eleanor Coleman et Delphine Nicolini