Congrès de la FNCF : Des exploitants convalescents

Il y a 4 semaines
Le forum de discussion avec le bureau de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) a permis aux branches de l’exploitation d’exprimer leurs craintes, entre les pertes d’exploitation, le risque de surendettement, le moral des équipes et la difficulté de recruter, tout en redoutant les effets d’un passe sanitaire bientôt imposé aux 12 ans et plus.

Au deuxième jour du 76e Congrès de la FNCF, le 21 septembre au CID de Deauville, les branches des petite, moyenne et grande exploitations ont dressé un tableau préoccupant de l’état du secteur, bien que la fréquentation reparte peu à peu à la hausse. Après avoir rappelé les péripéties administratives et sanitaires endurées par l’exploitation depuis la crise du covid – la mise en place chaotique du passe sanitaire cet été n’étant que le énième chapitre d’un long chemin de croix –, le président de la FNCF, Richard Patry, a cependant affirmé croire en la possibilité d’une sortie de crise “par la hausse des niveaux ce vaccination, l’éventualité de l’assouplissement du passe sanitaire, l’ouverture dans le monde entier des cinémas, une offre de films très large cet automne et une mobilisation du public à nos côtés”.

Un plan de modernisation massive

Outre la reconquête des spectateurs, et notamment les jeunes, le nouvel enjeu évoqué au CID par Richard Patry concerne le retour au “cercle vertueux des investissements”. Cela pour rénover les salles existantes, les améliorer en matière économique et écologique, afin de mieux accueillir le public de demain. Ce qui ne va pas sans un plan de financement : “Nous comptons donc sur le CNC et le gouvernement pour inscrire ce plan de modernisation massive des salles dans le plan de relance qui va être négocié prochainement.”

Les autres enjeux évoqués ne datent pas d’hier : le piratage, la chronologie des médias avec le financement des films français par les plateformes, autant de sujets “fondamentaux” sur lesquels la Fédération entend “affirmer la position des salles de cinémas très prochainement”. Richard Patry ajouté : “Nous allons montrer que les exploitants sont unis pour construire le cinéma de demain dans lequel ils garderont une place irremplaçable et exclusive.”

“Les conséquences de cette crise ne font que commencer”

Pour la petite exploitation, sa rapporteuse, Sonia Brun, a tout d’abord évoqué sur la scène du CID l’impossibilité d’anticiper le marché à court et moyen termes. “Il est impossible d’apprécier la santé de notre secteur d’activité à la seule analyse de ces trois derniers mois. Les conséquences de cette crise ne font que commencer.” Sonia Brun a rappelé aussi que les exploitants les plus touchés étaient ceux qui avaient lancé des projets de création, d’extension ou de modernisation de leurs salles. “Nous espérons que ces spécificités feront l’objet de réponses à la hauteur des investissements engagés.”

Pour la rapporteuse, la pandémie a laissé des traces. Le passe sanitaire a dégradé les rapports avec certains spectateurs, beaucoup d’équipes sont “déprimées”, “certains de nos collègues ont démissionné” et nombre de bénévoles “arrêtent sans passer la main”. Au-delà des constats, la petite exploitation entend lancer une réflexion sur l’attractivité des métiers du cinéma et demande la mise en place d’un plan global de formation par la FNCF, ainsi qu’une évolution de la convention collective et de la grille des salaires.

Faire évoluer le modèle de la diffusion des films

Autre grande revendication de la branche : l’accès au film. “Il est absolument nécessaire de faire évoluer le modèle de la diffusion des films, qui ne doit plus être sélectif par établissement mais envisagé à l’échelle d’un territoire donné (…) Est-il normal de raisonner encore en nombre de copies alors qu’il n’y en a plus ? Et en nombre de séances alors que le numérique est roi et les films de plus en plus souvent accessibles sur Internet avant même d’être en salles ? Tous les exploitants de notre branche savent que sept séances bien placées accueilleront autant, sinon plus de spectateurs que 14 séances imposées.” La branche réitère ainsi sa demande d’accéder à tous les films dans un délai maximum de trois semaines, le besoin de diffuser des films commerciaux au moment de leur médiatisation lui paraissant essentiel. “Un libraire accepterait-il que le prix Goncourt soit disponible chez lui trois semaines après sa sortie nationale ? Non.” C’est pourquoi la petite exploitation souhaite la création d’un groupe de travail pour réfléchir à la mise en place d’un système de diffusion “plus juste et équitable sur nos territoires tout en préservant la diversité”. Une démarche dans laquelle la branche souhaite impliquer la Médiatrice du cinéma et la moyenne exploitation avant d’entamer des échanges avec les distributeurs.

Un climat de tension

Pour la moyenne exploitation, la rapporteuse Sylvie Jaillet a annoncé une perte de fréquentation entre 20% et 30% pour la branche et tout comme pour la petite exploitation, évoqué un “moral en berne des exploitants et de leurs équipes” et un passe sanitaire “qui a abimé la confiance avec les spectateurs”, avec un “climat de tension” dans les halls des cinémas et sur les réseaux sociaux. La moyenne exploitation redoute maintenant l’instauration, au 30 septembre, du passe sanitaire à partir de 12 ans et demande, qui risque d’être “dévastatrice” et demande l’abandon de cette mesure pour les mineurs, “génération des cinéphiles de demain”. La mesure s’annonce d’autant plus problématique que les nombreux blockbusters de l’automne vont générer une affluence  qui rendra d’autant plus difficile les contrôles.  

Sylvie Jaillet a par ailleurs mis en garde sur les échéances de remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE) et le besoin de renouveler l’équipement numérique qui pourraient pousser les salles dans une spirale de surendettement. Sur ce dernier point, la branche demande à ce que soit réactivée en urgence l’Observatoire du numérique.

De plus, alors que le piratage a repris de plus belle pendant la pandémie, la moyenne exploitation veut profiter de la période d’élection présidentielle qui s’ouvre pour appeler les candidats s’engager dans cette lutte, “et ce, dans une politique ferme de sanctions”. Enfin, si la reprise des dispositifs d’éducation à l’image soulève l’enthousiasme, “l’organisation des séances pour cette saison va imposer de nouvelles contraintes sur nos trésoreries. Ne serait-il pas temps de réévaluer notre politique tarifaire ?”

“N’attendons pas d’être sortis de la crise sanitaire pour agir”

Pour la grande exploitation, Laurence Meunier a évoqué des pertes d’exploitation de plus de 37% due au passe sanitaire. “Un véritable préjudice moral.” Là aussi, l’extension du passe aux 12-17 ans inquiète : “Dommage, alors que les jeunes revenaient au cinéma depuis la reprise. Nous attendons une réelle compensation des nouvelles pertes liées au choix du gouvernement de prendre les cinémas comme moyen d’incitation à la vaccination. Les coûts et pertes doivent être quantifiés et pris en compte dans les futures aides.” De plus, la grande exploitation souhaite un arrêt du contrôle de passes sanitaires dès le 15 novembre.

Pour la branche, la relance de l’activité et de nouveaux investissements constituent une “priorités totale, en espérant que le pouvoirs publics sont conscients de ces besoins et sauront accompagner l’ensemble des salles françaises dans toutes leurs diversités.” Enfin, au sujet de la chronologie des médias, la grande exploitation voit dans la lutte contre le piratage “un sujet commun à tous” et regrette une fois de plus que l’instauration d’amendes pénales ait rencontré l’opposition du gouvernement. “N’attendons pas d’être sortis de la crise sanitaire pour agir.”

Un assouplissement temporaire pour le passe sanitaire ?

Lors de la séance de questions au bureau de la FNCF qui s’en est suive, Richard Patry est revenu sur la question du passe sanitaire pour les 12 ans et plus à partir du 30 septembre. Sa présidente adjointe, Marie-Christine Desandré, s’est dite inquiète de cette mesure tombant peu avant les vacances de la Toussaint, qui mobilisent traditionnellement les jeunes et les familles : “Ça va être extrêmement difficile d’expliquer aux jeunes qu’on ne peut pas les accueillir, de les repousser. Cela va dans le sens opposé des bons indices, comme la reprise de l’éducation à l’image…” Et de soumettre la possibilité d’obtenir une forme assouplissement temporaire, “pour quelques semaines” sur l’application de ce passe au cinéma. Richard Patry s’est engagé à porter cette demande dès le lendemain, au troisième jour du Congrès (mercredi 22 septembre), devant la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui doit intervenir pour annoncer des aides sectorielles en compensation des pertes estivales liées au passe sanitaire.