Jean-Paul Belmondo "Le Magnifique" nous a quittés
Il était l'un des derniers grands monstres sacrés du cinéma français. Formé au conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris où il s'était lié d'amitié avec de nombreux grands comédiens de sa génération, de Jean Rochefort à Claude Rich en passant par Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo s'est illustré dans de nombreux registres, alternant films d'auteurs et oeuvres populaires. Celui que les spectateurs français aimaient surnommer "Bébel" avait atteint le statut d'icône pour ses prestations dans des films aussi renommés qu'À bout de souffle, Pierrot le fou, Le Professionnel, Peur sur la ville, Le Guignolo, L'As des As, L'homme de Rio, Le Magnifique et tant d'autres. Au théâtre, le comédien s'est également frotté aux textes de grands auteurs, de Musset à Molière en passant par Racine et Feydeau. Césarisé en 1989 pour sa prestation dans Itinéraire d'un enfant gâté, de Claude Lelouch, Jean-Paul Belmondo avait reçu une Palme d'Or d'honneur au Festival de Cannes en 2011 pour l'ensemble de sa carrière. L'acteur avait également été élevé au rang de Grand Officier de la Légion d'honneur, de Grand Officier de l'Ordre National du Mérite et de Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres. Les équipes d'Écran total saluent la mémoire de ce grand Monsieur et adressent leurs plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
Les réactions des grandes personnalités de la Culture n'ont pas manqué d'affleurer. C'est notamment le cas de Jack Lang, ancien Ministre de la Culture et Président de l'Institut du Monde Arabe : "Jean-Paul Belmondo incarnait tout entier sa passion pour le théâtre et le cinéma. Il avait un jeu flamboyant, une présence sans égale et la rage des textes. Impossible de se lasser de ses performances éblouissantes. Avec son sourire narquois et ses yeux malicieux, il nous aura fait frémir tant de fois ! Cascadeur des plateaux, vedette adorée de nos écrans, il était notre héros élégant et désinvolte préféré. Acolyte de Gabin, amant de Jean Seberg, il savait se fondre dans chacun de ses personnages. Le charisme et la gouaille de ce dragueur romantique nous subjuguaient dans toutes les situations. Que ce soit dans des drames, des comédies, des films d'auteurs ou d'aventures, l'éloquence truculente de cet acteur incontournable nous emportait toujours dans un tourbillon d'émotions. Il était aussi le roi de l'improvisation et lorsqu'il jouait, nous restions bouche bée, comme à bout de souffle, suspendus à ses lèvres. Déterminé, ce boxeur à la gueule d'ange, n'a jamais abandonné son rêve de devenir comédien. Il était autant à l'aise sur les planches de théâtre que dans les studios de tournage. C'était un immense comédien, un monstre sacré. Son panache nous a démontré que le travail, l'audace et l'intrépidité pouvaient malgré tout créer des légendes. Je me souviens des nombreuses fois où j'ai eu la chance de le croiser, avec sa bande, toujours hilare, le rire contagieux dans une brasserie parisienne proche de l'Institut du monde arabe qu'il affectionnait. Nous étions devenus ami. Avec lui, nous refaisions le monde et comme souvent, il jouait, s'amusait de tout et emportait tout sur son passage. Jean-Paul Belmondo, avec son jeu si unique et si honnête, a participé à la révolution du cinéma français. Derrière la caméra d'un certain Jean-Luc Godard, de Truffaut, et de tant d'autres, il était l'emblème iconique de ces artistes de caractère qui ont porté une nouvelle esthétique cinématographique. Bebel, le Magnifique, le titi parisien du 7ème art occupait une place à part dans nos cœurs et il y restera à tout jamais."
Le Président du CNC, Dominique Boutonnat, y est également allé de son hommage : "Je suis extrêmement triste d’apprendre la disparition de Jean-Paul Belmondo, légende du cinéma et homme exceptionnel que j’ai eu la chance de connaître. C’était un homme incroyablement attachant dont chacun pouvait se sentir proche. Le public voyait en lui autant un ami qu’un géant du cinéma. Parce que Jean-Paul Belmondo, c’était la France, son cinéma, sa liberté, son avant-garde et ses grands succès populaires… Belmondo c’était surtout une attitude, une assurance, une vitalité, un charisme hors du commun… A bout de souffle, Pierrot le Fou, L’Homme de Rio, Borsalino, Peur sur la ville, Un singe en hiver avec un autre monstre sacré, Gabin… il a créé une filmographie exceptionnelle qui est une part de notre culture. Tous les grands maîtres l’ont voulu : Sautet, Verneuil, Godard, Melville, Truffaut, Oury, Chabrol, de Broca, Clément, Lautner, Lelouch… Il a osé prendre des risques, être l’emblème à jamais de la Nouvelle Vague, la figure de l’homme moderne, autant que le roi du box-office et de la cascade à partir de L’Homme de Rio qui en a fait l’une des plus grandes légendes du cinéma français. On a aimé ce voyou désinvolte, ce grand Professionnel avec sa gueule de boxeur. Cet Incorrigible casse-cou au sourire ravageur faisait tout avec passion : le cinéma, le théâtre, vivre… La légende demeure, entretenue par les rediffusions de ses innombrables succès, et par les révérences de ses admirateurs. Adieu Bebel, le cinéma a été Magnifique avec toi".



