Coyote, la société de Christophe Dechavanne, s’associe à Sixtine Création

28 juin 2021
L'animateur producteur cède 51% de Coyote, sa société de production, à Sixtine Création, studio spécialisé dans les contenus institutionnels co-créé par Jonathan Fenet, qui devient directeur général de Coyote.
CHRISTOPHE DECHAVANNE

C’est une petite révolution qu’est en train de traverser Coyote Conseil, la société de production de Christophe Dechavanne fondée en 1989 par l’animateur producteur. Ce dernier vient en effet de céder 51% des parts de sa structure au studio Sixtine Création, spécialisé dans la production de contenus digitaux pour les entreprises. Cofondateur de Sixtine, Jonathan Fenet va rejoindre Coyote en tant que directeur général. Le reste de l’organigramme de la société de production historique, qui emploie 18 permanents à l’heure actuelle, demeure inchangé. Christophe Dechavanne reste président, avec à ses côtés deux directeurs généraux adjoints, Laetitia Lamic et Romain Exare, une directrice des programmes, Pauline Chapatte, et un directeur des productions, Saadi Cherit. Une opération destinée à apporter un nouveau souffle à la société qui produit majoritairement des programmes de flux, mais aussi du documentaire et du spectacle vivant (la tournée Âge tendre), et qui ambitionne de relancer son activité de production de fiction. Coyote vient à ce titre d’acquérir les droits du livre de l’ancienne journaliste de BFMTV Nathalie Levy, Courage au cœur et sac à dos, pour l’adapter sous forme d’unitaire. A l’exception du groupe M6, avec qui Coyote est au cœur d’un conflit judiciaire, la société développe plusieurs projets majeurs pour la saison prochaine à destination des principaux diffuseurs français, parmi lesquels un projet de quotidienne pour TF1 et un grand divertissement de prime time pour France 2 à l’automne. Alors qu’il vient d’achever une pige de dix numéros du jeu de C8 A prendre ou à laisser (H2O / Endemolshine), Christophe Dechavanne revient pour Ecran Total sur les dessous de cette opération qui pourrait lui permettre de retrouver un rôle dans le paysage audiovisuel à la mesure de ses ambitions.

« Notre association avec Sixtine Création est très complémentaire »

Après avoir exprimé plusieurs fois votre désir de revenir à l’antenne, vous venez d’animer dix numéros du jeu « A prendre ou à laisser » sur C8 en remplacement de Cyril Hanouna. Quel bilan tirez-vous de cette pige ?

Cela a été un grand plaisir, en dépit d’une blessure au pied qui m’a un peu freiné dans mon enthousiasme ! Je pense ne pas m’être trop mal débrouillé, même si les audiences n’ont pas explosé (360 000 téléspectateurs en moyenne, soit 1,7% de PdA, avec une pointe à 600 000 personnes, NDLR). Ce qui est compréhensible parce que c’était C8, le programme et le public de Cyril Hanouna, sans parler de l’Euro de foot qui se déroule en ce moment. Je suis arrivé dans une émission où tout le monde se connaît depuis des semaines, il faut toujours un peu de temps pour trouver sa place dans ce type de situations. Je suis quand même très content d’avoir montré que j’avais encore la souplesse nécessaire pour travailler de cette manière. C’était l’occasion de voir à nouveau ma tête, de retrouver une forme d’excitation qui m’avait manquée. Je comprends bien qu’aujourd’hui les diffuseurs ont suffisamment de problèmes pour s’ajouter une charge supplémentaire avec un animateur réputé pas simple à gérer. Mais ça c’était avant (rire) ! Je sais que je n’ai pas toujours été facile à vivre parce que je n’ai jamais fait où on me disait de faire, parce que j’ai toujours préféré suivre mon instinct. Là, j’ai pu montrer qu’il pouvait être très simple de travailler avec moi. Tout le monde à C8 était ravi, et Cyril (Hanouna, NDLR) m’a dit qu’il avait reçu d’excellents retours, que c’était drôle, sympathique et fluide… Qu’on se le dise ! La période de rajeunissement actuelle est un peu compliquée pour les gens comme moi, même s’il reste encore quelques « historiques ». Je ne vais pas jalouser Camille Combal – qui a commencé chez nous – en me disant qu’il prend ma place, TF1 joue la carte plus jeune et c’est tout à fait compréhensible, même si dans ma tête j’ai l’âge de Camille (rire) ! Pour être tout à fait honnête, je connais mes capacités et je me suis donné trois ans pour revenir à l’antenne de manière récurrente. Après ces dix numéros de A prendre ou à laisser, je repars pour trois ans ! 

L’animateur vient de présenter dix numéros de l’émission « A Prendre ou à Laisser » sur la chaîne C8 en remplacement de Cyril Hanouna.

Quel type de programme souhaiteriez-vous animer ?

J’aimerais vraiment revenir au talk-show. Faire parler les gens, m’intéresser au monde dans lequel j’évolue, poser des questions sur cette société qui fait si peur à tout le monde… Ce qui n’empêcherait pas de le faire sur certains jeux comme Au Suivant, dont j’avais tourné le pilote pour Endemol il y a quelques années. C’était à la fois amusant et intéressant. Ou dans une émission d’accueil. Mais j’aimerais aussi faire de la comédie. Je rêverais de jouer, et si par exemple c’est au théâtre, il faudrait que ce soit une pièce à plusieurs personnages. Je suis un animateur multi-casquettes : j’aime déconner avec les gens, faire preuve de répartie, m’intéresser à eux… Le fait d’être moins présent à l’antenne a finalement été bénéfique pour Coyote parce qu’il a fallu que je devienne un véritable chef d’entreprise. Au moment où mes activités ont ralenti, j’ai dû apprendre le fonctionnement d’une société parce qu’avant je ne m’en étais jamais occupé ! Nous sommes passés par des périodes difficiles et il a fallu aider la boîte, dont j’étais la principale locomotive sur le plan financier, à survivre. La question de la survie de l’entreprise s’est même posée à un moment. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux et je suis très bien secondé par Romain Exare, le directeur général adjoint en charge des finances. Et maintenant que je suis associé à Jonathan, qui est un très bon manager, je vais pouvoir à nouveau me consacrer à mon vrai métier, l’antenne.

Parlez-nous de cette association avec Sixtine. Comment est-elle née ? Que pouvez-vous vous apportez mutuellement ?

Le but est de créer des synergies entre les deux entreprises. Elles vont se mettre en place progressivement. Nous avons une passion commune pour le contenu. Et puis nous avons tous les deux débuté dans le même secteur : j’ai créé Coyote en 1989 parce qu’il m’arrivait d’animer des conventions d’entreprises pour des sociétés qui faisaient de l’événementiel. Je me suis rendu compte que j’apportais beaucoup d’idées de contenus, de mise en scène, etc. D’où la création de Coyote Conseil, qui est le nom complet de la société. A l’époque je n’imaginais même pas à être producteur de télévision, je pensais ne faire que de l’institutionnel ! Il se trouve que trente ans plus tard je rencontre Jonathan par une amie commune, et qu’il fait justement de l’institutionnel. Nous nous entendons bien, nous discutons, et voilà ! Notre association est très complémentaire. Elle va nous permettre d’étendre nos expertises et de couvrir ainsi un spectre plus large sur la création audiovisuelle. Cela répond à la réalité du marché. Les discussions se sont faites de manière très naturelle pendant deux ans et nous voici aujourd’hui associés, poussés par une motivation et une envie commune de construire ensemble. Nous nous sommes également retrouvés sur le fait que nos deux sociétés partagent une ambiance familiale et que nous souhaitons préserver cela dans nos ADN respectifs. La famille s’agrandit, mais reste à taille humaine. Jonathan est quelqu’un de bienveillant, attentif aux personnes qui l’entourent, avec qui je me suis immédiatement entendu. Je préfère largement ça plutôt que de m’unir à un groupe anglais ou américain, ou à une grosse boîte qui va placer un surveillant général au-dessus de ma tête toute la journée et ne s’intéresser qu’à son retour sur investissement. Sixtine a le même caractère familial que Coyote. Nous étions faits pour nous entendre ! Sur le plan financier, Sixtine entre à 51% dans le capital de Coyote mais qui reste Coyote. Au-delà des questions d’argent, c’est avant tout une vraie rencontre humaine. J’ai très envie de les accompagner lui et les siens pour qu’ils grandissent, de leur apporter mon expérience du métier.

Coyote produit des adaptations de programmes étrangers et des formats créés en interne. Vous continuerez sur la même voie ?

Oui, même si pour nous il est important de mettre notre touche personnelle dans les formats que nous achetons… Et que nous adaptons, car nous ne sommes pas là pour photocopier ce qui se fait à l’étranger, nous y mettons notre touche personnelle, une vraie écriture que nous avons depuis des années et que nous avons su faire évoluer avec succès, de Bienvenue chez nous à Tatoo Cover en passant par La Famille en or. Nous sommes aussi et surtout des créateurs de formats, à l’image du comedy game A vous de trouver le coupable, coproduit avec mon ami Franck Schlesinger (Alphamedia) et récompensé lors du dernier IFA. Une vraie nouveauté qui mélange la fiction et le jeu. L’émission a été programmée de manière un poil compliquée sur France 3 pendant les vacances de Noël, ce qui n’empêche pas le format d’être plébiscité à l’étranger sous le titre Thriller game. Deux pays sont particulièrement intéressés pour le moment : la Russie et la Suède. Nous travaillons aussi à une version premium en prime time pour France Télévisions, en plateau, avec des invités qui seront en concurrence avec le public pour trouver le coupable. J’en suis très fier parce que c’est une vraie création française, soutenue par la Fabrique des formats et son président Philippe Chazal. Nous avons aussi vendu un format intitulé The Date à un grand network américain, qui est actuellement en développement. Si cela va jusqu’au bout et que l’émission marche, alors peut-être on la vendra en France. C’est tout le mal que je nous souhaite car j’adore cette émission de dating aussi drôle que moderne. Pendant des années, nous arrivions avec des créations originales que nous avions du mal à vendre. Je trouve que la situation s’améliore, notamment chez TF1 et France TV qui font de plus en plus de créations. Nous venons d’ailleurs de signer quatre numéros d’un programme destiné à TF1 ; c’est encore plus gratifiant pour nos équipes de voir ce qu’ils ont imaginé à l’antenne.

Quels sont vos autres projets ?

En ce moment nous préparons pour l’automne un gros divertissement autour des thèmes de la citoyenneté et des libertés, en prime time pour France Télévisions, dont le titre est pour l’instant Tous Enfants de la République. C’est un projet qui me touche vraiment parce que c’est une émission de divertissement avec du sens, qui mélange des chansons anciennes et modernes qui résonnent avec l’actualité. Nous sommes d’ailleurs encore à la recherche de mécènes pour boucler le budget de ce show ambitieux réalisé par François Goetghebeur. Nous venons aussi de signer un nouveau documentaire pour France 3, une rétro inédite sur le modèle de ce que nous avons fait avec Les Duos mythiques de la télé ou Les 60 ans du one-man-show, qui ont très bien marché. Nous travaillons aussi sur un projet de quotidienne avec le groupe TF1, qui nous en a confié le développement. De la télé du réel. Mais la nouveauté, c’est aussi que nous allons relancer notre activité de fictions. Nous avons plusieurs projets de séries et d’unitaire en cours. Nous venons pour cela de signer les droits d’un livre épatant : Courage au cœur et sac à dos (Editions du Rocher) de Nathalie Levy. Un très joli livre qui interroge sur la prise en charge de nos aînés et le passage des générations. Nous avons décidé de l’adapter ensemble. Nous sommes en train d’y travailler avec un auteur/réalisateur talentueux pour en faire une fiction unitaire ancrée dans ce thème de société très fort et si important.

En tant que producteur, que vous inspire la situation actuelle ?

Le métier est beaucoup plus difficile qu’avant, tout simplement parce qu’on nous donne moins d’argent pour fabriquer nos émissions. Les budgets ont baissé de 30%, voire 40% par rapport à il y a quelques années. Quand vous avez une grande exigence artistique comme c’est le cas chez nous, les marges deviennent très compliquées. On en arrive parfois à accepter de perdre de l’argent sur un projet pour montrer ce que l’on est capable de faire ! On parle beaucoup de l’arrivée des plateformes qui constituent de nouveaux guichets, mais même si je m’entends très bien avec les gens de Netflix ou Amazon, il n’est pas si simple de mettre un pied sur leur magnifique yacht.

Propos recueillis Raphaël Porier et Michel Abouchahla 

Sixtine Création, un partenaire ambitieux : Fondée en 2007 par des amis à la sortie de leur école de commerce, la société Sixtine Création, qui produit à l’heure actuelle principalement du contenu pour les marques (L’Oréal, Orange, LVMH, Bouygues, Schneider Electrics…), s’est développée « avec la volonté de maîtriser l’ensemble de la chaîne de production audiovisuelle, détaille son président cofondateur, Jonathan Fenet, qui devient désormais également le nouveau directeur général de Coyote. Nous sommes autonomes sur tous les différents métiers de la production audiovisuelle en apportant une offre tout intégré. Nous avons également collaboré au fil des ans sur des projets de divertissement pour des chaînes ou des plateformes. Nous souhaitions développer cette activité, à la fois par passion mais aussi pour affiner notre expertise sur les différents contenus vis-à-vis de nos clients annonceurs. » La société emploie une quarantaine de collaborateurs dans ses locaux du 14e arrondissement, qui disposent de 1200 mètres carrés de studios : plateau de tournages, studios d’enregistrement, salles de montage, étalonnage, studio 2D, 3D et SFX, moyens techniques de tournage…