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Netflix, fidèle et engagé auprès des producteurs français

 

 

Le neuvième webinaire organisé par Écran total, en partenariat avec SetKeeper et le cabinet d’avocats Spring Legal, s’est déroulé le vendredi 29 mai. Suivi par plus d’un millier d’internautes (un record), il avait la particularité de faire témoigner longuement un représentant de l’équipe française de Netflix, Damien Couvreur, directeur des séries originales françaises. La collaboration de la plateforme avec les producteurs et les talents dans le cadre de productions françaises a longuement été abordée. Les producteurs des Films du Kiosque, François Kraus et Denis Pineau-Valencienne, étaient présents pour témoigner de leur expérience avec Netflix quant à la conception des deux premières saisons de la série d’Igor Gotesman, Family Business. Des questions autour de la stratégie de conquête du marché français de la SVoD par Netflix et de la gestion de la crise sanitaire ont également été posées.  

 

Des contenus variés et complémentaires

 

Dans sa volonté affirmée de proposer des contenus originaux, exclusifs et différents de ce que l’on peut trouver sur le marché, Netflix implante localement ses équipes de production afin de développer des projets avec un fort ancrage culturel et patrimonial. En France, le géant américain est installé dans ses nouveaux bureaux parisiens depuis janvier dernier : « l’opportunité des films et des séries de Netflix, c’est de pouvoir être diffusés dans le monde entier. Pour autant, nous sommes attachés à ce que chacune de nos productions puisse avoir une résonnance locale pour chaque pays où nous disposons d’une équipe de développement de projets. Nous sommes attachés aux notions de créativité, de complémentarité et de diversité » assure Damien Couvreur. Une complémentarité qui se retrouve dans les nouveaux contenus de la plateforme au cours des dernières semaines, du thriller d’action de Julien Leclercq, La terre et le sang, à la série horrifique Vampires ou encore à la série musicale The Eddy, conçue par le réalisateur oscarisé de La La Land, Damien Chazelle. La diversité se retrouve quant à elle au sein même de l’organisation de Netflix en France où l’équipe, déjà très étoffée, dispose d’un interlocuteur référent pour chaque typologie de contenu : série, long métrage, animation, documentaire. « Nous tenons à offrir une large place à toutes formes de contenus. Pas seulement du genre et du young adult. Nous construisons peu à peu une relation privilégiée avec les producteurs qui doivent savoir que nous sommes ouverts à leurs projets. Nous avons une approche d’intégration en France qui a un savoir-faire audiovisuel qui n’est plus à prouver. Et on s’y insère avec fluidité » se défend Damien Couvreur.

 

Une collaboration saine et privilégiée

 

Dans son rapport aux créateurs et aux producteurs, Netflix rappelle être respectueux du droit d’auteur français, d’autant plus que tous les contrats sont signés par les producteurs avec lesquels elle collabore : « nous nous sommes installés en France par conviction et nous le faisons dans le respect des règles et du droit français » précise Damien Couvreur. Dans le cas de Family Business, Netflix a été très vite séduit par la pertinence du sujet et du ton pour sa ligne éditoriale, au point d’initier immédiatement les discussions créatives mais aussi financières et contractuelles. Les producteurs, François Kraus et Denis Pineau-Valencienne, témoignent : « quand nous avons contacté Damien, nous ne disposions que de quelques éléments narratifs. Mais lui et son équipe ont très vite cerné l’ADN de la série. Quand ils nous ont donné leur accord et ont lancé l’écriture, nous savions que le projet aboutirait quoi qu’il arrive. Nous étions dans quelque chose de concret. À peine avions nous entamé le développement que les dates de tournage et de diffusion étaient calées. Les contrats ont été signés moins de six semaines après les premières lectures. Et nous n’avions pas à nous embarrasser d’un quelconque souci de financement ».

 

En effet, contrairement à d’autres acteurs du secteur, Netflix possède un modèle unique où il finance intégralement le budget de ses contenus originaux : « pour autant, nous ne disposons pas de typologie de contrat unique, prévient Damien Couvreur. Chaque projet nécessite une négociation particulière afin de trouver un cadre contractuel qui soit satisfaisant pour tout le monde ». Un cadre contractuel qui puisse donner toute la liberté créative aux auteurs et dont ont su profiter Igor Gotesman et Les Films du Kiosque durant toute la conception de leur série : « Nous n’aurions jamais pu bénéficier d’autant de liberté et de budget avec un autre partenaire. Nous avons fait la série que nous souhaitions faire sans avoir la sensation d’être le bras armé de Netflix. Ils nous ont amené leur expertise sur l’écriture, le rythme et le montage. C’est une collaboration saine et très différente d’un projet de cinéma traditionnel où l’on est seul face à une multitude d’intervenants et où on impose un film au marché, avec des remontées de recettes sur plusieurs mandats. De plus, nous étions en charge de tous les contrats qui ont été signés, aussi bien avec les talents que les techniciens, et qui ont été rédigés dans les règles par des juristes français. Même s’il y a certaines clauses propres à Netflix qui souhaite notamment que la promotion soit assurée par les talents ».

 

Un modèle vertueux

 

Toujours dans sa stratégie d’implantation locale et européenne, Netflix a récemment produit une série policière internationale, Criminal, tournée en quatre langues et diffusée à la fois en France, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre. Le programme s’articule en douze épisodes dont l’histoire est repartie sur ces quatre pays distincts. Une innovation de plus : « Cette série permet de mettre en parallèle des problématiques de pays différents, où les règles judiciaires ne sont pas les mêmes. C’est une opportunité de faire découvrir du contenu européen à nos membres. La définition de coproduction internationale telle qu’on la connaît classiquement est différente chez nous puisque nous n’avons pas cette problématique de financer une œuvre sur plusieurs pays. C’est comme cela que nous avons pu initier The Eddy, qui est une série en quatre langue et dotée d’un casting international » s’enthousiasme Damien Couvreur. Netflix se montre également attentive aux opportunités pour entrer en coproduction sur des projets ambitieux comme récemment avec Le Bazar de la Charité. Une expérience qui pourrait être renouvelée prochainement : « le cofinancement a deux intérêts majeurs : le fait de pouvoir monter des projets avec des moyens financiers encore plus importants et aussi de permettre à des talents français de bénéficier d’une meilleure exposition internationale. C’est un modèle vertueux qui va dans le sens de notre intégration dans le paysage audiovisuel français ».

 

Aucun projet en cours abandonné

 

Alors que la crise sanitaire entre dans une période plus propice à la reprise de l’activité cinématographique, et notamment des tournages, la volonté de Netflix est de n’abandonner aucun auteur ou producteur avec lesquels elle aurait initiée une collaboration en amont du confinement. Et cela même en cas de contraintes budgétaires avec l’embauche de personnel médical et spécifique pour la bonne tenue des tournages : « nous ne laisserons rien à la seule charge des producteurs. Nous agirons en concertation avec eux pour que nous appliquions ensemble les règles sanitaires » affirme Damien Couvreur. Ce dont François Kraus et Denis Pineau-Valencienne peuvent témoigner puisque le montage de la deuxième saison de Family Business s’est poursuivi durant toute la durée de la crise grâce à un soutien sans faille de la plateforme américaine : « ils ont réagit immédiatement et sereinement en prenant à leur charge les surcoûts nécessaires pour déplacer les bancs de montage au domicile des monteurs et du réalisateur. Là encore, c’est quelque chose de très rassurant par rapport à d’autres productions où l’on est seul et sans soutien. D’ailleurs, l’assurance à laquelle nous avions souscrit, sur leur recommandation, est la seule qui a pu couvrir les dommages liés à l’épidémie ».

 

Comment tourner les scènes de rapprochement ?

 

Dans le nouveau monde qui s’annonce, ni les producteurs ni Netflix ne se positionnent dans une logique de réécriture de leurs scénarios. Même si après pareil drame, les auteurs auront sûrement à cœur d’écrire sur de nouvelles formes de relations humaines. Pour l’instant, tous affirment leur volonté de raconter les histoires qui leur tiennent à cœur mais en redoublant de vigilance comme l’explique François Kraus : « Comment pourrait-on ne plus tourner de scènes de rapprochement physique ? Les scènes de baiser, de tendresse et même de violence font le sel du cinéma. Il suffit de lire le document prescrit dans le cadre du tournage de ces scènes et de respecter les règles sanitaires qui y sont prescrites. Comme le fait de doubler les tests sur les acteurs ou d’effectuer les répétitions avec un masque. Il faut rester raisonnable car tous les films nécessitent des rapprochements de moins d’un mètre entre les personnages. Sinon on ne tournerait plus rien d’intéressant. Il faut continuer de filmer ces scènes mais simplement être plus vigilant que précédemment ».

 

L’avenir semble donc s’écrire sous le sceau de l’optimisme pour la production française et Netflix qui sort renforcé de cette période où nombre de ses exclusivités ont rencontré un grand succès. Et cela malgré le renforcement de la concurrence. En effet, après avoir financé et diffusé le dernier film du cinéaste Martin Scorsese, The Irishman, Netflix vient d’apprendre que le prochain long métrage très ambitieux de l’emblématique réalisateur américain, Killers of the Flower Moon, allait être produit par Apple TV+. Le film bénéficiera néanmoins d’une sortie en salles qui sera assurée par la Paramount. Une concurrence certes accrue mais qui ne semble nullement perturber les équipes de Netflix : « la concurrence est présente depuis des années et ne nous a jamais empêché de croître. Au contraire, cela ne change en rien notre stratégie et ne peut même qu’aider à améliorer la qualité de nos contenus ».

 

Nicolas Colle

 

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