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Angoulême 2020 : Trois questions à Mathieu Lamboley

 

Vous avez composé la musique de trois films actuellement présentés au Festival d’Angoulême. Pouvez vous nous parler de votre travail sur chacun d’entre eux ?

 

Il y a tout d’abord La Pièce Rapportée, d’Antonin Peretjako avec qui je collabore pour la première fois. Notre rencontre a été un peu particulière car c’est un cinéaste qui maitrise son univers et qui aime avoir le contrôle de son œuvre. De fait, il appréhende le pouvoir de la musique dans son cinéma. Mais il s’est montré enthousiaste dès mes premières propositions. J’ai conçu une esthétique qui évoque à la fois le jazz et la musique des 70’s.

 

Il y a également La Fine Fleur, de Pierre Pinaud, avec qui je collabore également pour la première fois. J’ai été engagé alors que le montage était achevé. L’esthétique du film étant déjà très impressionniste, il fallait composer une musique plutôt poétique mais sans trop monter le curseur de l’émotion. On est dans une approche plus classique, inspirée de Claude Debussy ou Maurice Ravel, avec des cordes, des flutes, des clarinettes et un thème qui revient à plusieurs reprises.

 

Et enfin, j’ai composé la musique du Discours, de Laurent Tirard avec qui j’avais précédemment collaboré sur Le Retour du Héros. Cela a été une approche différente car il fallait composer relativement peu de musique. Il y avait surtout besoin d’un thème au piano mais que je devais composer en amont du tournage car il devait être diffusé en live sur le plateau. On retrouve aussi des morceaux avec des sons très anglais qui évoquent un peu l’univers des Beatles. J’ai aussi eu l’idée dans l’arrangement de l’orchestration à apporter une couleur un peu désuète avec une basse fretless. Cela correspondait bien au personnage un peu rêveur incarné par Benjamin Lavernhe.

 

Ça a donc été trois collaborations très différentes mais c’est ce qui est intéressant dans mon métier de compositeur que de pouvoir voyager d’un univers à un autre. Tout en y apportant ma sensibilité et mon style.

 

Certains de vos projets ont-ils été impactés par la crise sanitaire ?

 

Oui. Ces trois là justement. Nous devions enregistrer en studio au mois de mars et avril dernier. Par chance, j’avais d’ores et déjà composé les musiques. Le déconfinement a donc été très intense car nous avons dû enchainer les réservations de studio pour enregistrer et mixer les trois films en même temps. Nous y sommes parvenus en seulement six semaines.

 

Pensez-vous que le gouvernement et la Sacem ont été à la hauteur de la situation qu’ont pu vivre certains de vos confrères ?

 

La Sacem a très bien réagi en mettant très vite des aides en place pour les compositeurs. À titre personnel, je ne suis pas celui qui a le plus souffert des conséquences économiques de la crise sanitaire. Cela a surtout été le cas de musiciens qui ont vu tous leurs concerts et festivals s’annuler durant tout l’été. Nous autres, compositeurs, travaillons en lieu clos, en studio. Notre activité a donc pu reprendre. Mais pour les concertistes qui doivent jouer devant des milliers de personnes, cela a été une véritable catastrophe. Heureusement leur activité semble également reprendre progressivement.

 

 

Propos recueillis par Nicolas Colle

 

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