… Et toutes ses dents – L’édito d’Eric Libiot

Il y a 11 secondes
Eric Libiot revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

Un tour de force. Faire tenir en un film pas trop long – en l’occurrence 16’ 33’’ – et pas trop ennuyeux, l’histoire du CNC qui vient de fêter ses 80 ans le 25 octobre. Edouard Tissot s’y est collé et il faut l’applaudir. Malgré son titre qui ressemble davantage à un slogan, 80 ans d’innovations et d’émotions partagées réussit à brasser un déroulé géo-artistique, les innovations techniques, la politique du CNC, l’évolution du public, les enjeux passés, présents et à venir, et ce qui singularise le cinéma, l’audiovisuel et les images en général : “Les œuvres façonnent nos regards, interrogent nos certitudes, et tissent un monde commun.” Le tout en un festival d’images de films, de séries, et de quelques phrases piquées ici ou là dans la grande marmite de l’INA (Jean Renoir, Eric Rohmer, Guillermo del Toro, Agnès Varda, Catherine Deneuve…) ; film à voir sur le site du CNC.

Du beau boulot donc qui, au-delà de la nécessité de faire vivre, en un élan commun, la réalisme et l’imaginaire à l’échelle mondiale (je résume), met essentiellement en avant le cinéma et les séries françaises, leur qualité et leurs implications dans la construction d’une couleur tricolore. Je pourrais écrire “identité” si ce mot n’était pas repris dans des discours souvent rances. Mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit. Et le Rassemblement National, qui souhaite la suppression du CNC, serait bien avisé de regarder ce film qui porte haut la France ; disons-le simplement.

Je prêche certainement des convaincus parmi celles et ceux qui lisent ces lignes (et quand bien même, qu’il faudrait sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier) mais à regarder de près les missions et le travail du CNC, la position du RN est exclusivement idéologique. Économiquement, ce système mis en place il y a 80 ans fait vivre un large secteur (productions, co-productions internationales, retombées régionales, prestataires de tous horizons, appétences technologique…), même s’il est régulièrement secoué par un monde politique qui n’y voit justement qu’un commerce. Les partis qui se gargarisent de vouloir supprimer le CNC mettront simplement à mal ce rayonnement français qu’ils portent pourtant en boutonnière. On conviendra de l’inanité du discours. Effet ricochet : dans un même ordre d’idée des sénateurs LR attaquent aujourd’hui l’existence de Centre national du livre…

Économiquement, ce système mis en place par le CNC il y a 80 ans fait vivre un large secteur même s’il est régulièrement secoué par un monde politique qui n’y voit qu’un commerce.

Cette semaine le CNC organisait différentes tables rondes et prises de parole au Sénat et à La Cinémathèque française qui n’ont fait rien d’autre que d’expliquer son rôle, son importance et sa nécessité ; une autocélébration bienvenue qu’on lui pardonne volontiers. Parmi les intervenants, Laurent Creton, “Professeur émérite en économie du cinéma et de l’audiovisuel à l’Université Sorbonne Nouvelle”, qui planchait sur “L’ingéniosité régulatrice au service de la souveraineté industrielle”, a ainsi souligné que “le cinéma est une pratique culturelle populaire qui fédère, qui réunit toutes les caractéristiques d’une culture accessible, partagée et ancrée dans le quotidien de la majorité de la population.”

C’est donc ces mots-là qui font si peur ! : “fédérer”, “populaire”, “accessible” et pire, “partagée”. En l’occurrence ce qui est détestable dans les discours de ces politiques, ce n’est pas toujours ce qu’ils annoncent, les promesses n’engageant que ce qui y croient, c’est ce qu’ils abhorrent et ne veulent plus.