Le cinéma ; toute une histoire – L’édito d’Eric Libiot
Le hasard ne fait pas si mal les choses. Alors que le CNC présentait au Festival Lumière, hors des événements en tapis rouge, une étude sur le marché des “films de patrimoine”, La Grande vadrouille de Gérard Oury s’apprête à fêter ses 60 ans le 2 décembre prochain. Œuvre totalement patrimoniale puisque, selon le CNC, il faut avoir vingt ans pour l’être. Intouchables, qui aura 15 ans le 2 novembre, est encore un peu jeune tandis que Bienvenue chez les Ch’tis dont les 19 ans sont fixés au 20 février 2027, devra attendre encore un an avant de pouvoir être encadré au-dessus la cheminée. Ceci pour les trois films français, toujours héros du box-office national.
Je ne sais pas qui a décidé que 20 ans était le plus bel âge de la vie d’un film pour devenir patrimonial mais selon un sondage commandé par le CNC, le public n’est pas tout à fait de cet avis. Selon lui, un film est de patrimoine s’il est culte (47%), français (33%), a plus de 40 ans (32%), réalisé par un grand metteur en scène (25%)… réalisé sans effets spéciaux (8%) ; Georges Méliès sera content de savoir qu’il a peu à voir avec la patrimoine et que ses films sont toujours modernes.
Comme la Cinémathèque française, qui fête ses 80 ans cette année, ou les Festivals, de plus en plus nécessaires, raconte régulièrement le cinéma
Il y a beaucoup de chiffres et de camemberts dans ces études - l’une sur l’exploitation en salles des films de patrimoine, l’autre sur leur présence à la télé (linéaire, BVoD, VàDA…) – mais globalement l’offre est de qualité et de quantité (détails sur le site du CNC). Sur grand écran : 28,5 % des films exploités en salles ont 20 ans ou plus. Sur le petit : leur présence a été multipliée par 2,6 en 10 ans avec un boom depuis l’arrivée de la TNT. On peut se féliciter que la cinéphilie reste encore relativement active en France même si Transporteur 2 de Louis Leterrier attire davantage qu’Hôtel du Nord de Marcel Carné, tous deux labélisés “patrimoine”.
Reste qu’une majorité du public qui s’affiche cinéphile éprouve une “difficulté à trouver un film de patrimoine sur les services en ligne.” C’est sans doute la rançon de la gloire : plus il y a de films, plus ils sont planqués et moins les algorithmes les mettent en avant. Mais il y a sans doute un travail pédagogique qui manque pour contextualiser toutes ces œuvres et dire leur importance dans l’histoire du cinéma. Si les salles ont retrouvé un peu de leur superbe grâce aux différentes animations qu’elles proposaient, ce n’est pas un hasard.
Comme la Cinémathèque française, qui fête ses 80 ans cette année, ou les Festivals, de plus en plus nécessaires, raconte régulièrement le cinéma pour en faire un objet artistique mais aussi de témoignage, le petit écran, notamment de service public, serait bienvenu de faire de même. Le menu cinéma de France Télévisions, par exemple, est important et bien exposé mais le film tombe un peu comme un cheveu sur une bonne soupe. S’il faut applaudir à la présence de Topkapi de Jules Dassin ou du Secret derrière la porte de Fritz Lang il ne serait pas inutile de dire que le premier fait le lien entre le film noir classique et le Nouvel Hollywood quand le second n’est sûrement pas le meilleur d’un grand cinéaste.
Il faut rappeler cette anecdote entre Truffaut et Chabrol : quand le réalisateur des 400 coups se désolait que les critiques de cinéma n’aient jamais vu L’Aurore de Murnau, celui du Beau Serge lui répondait que bientôt les critiques de cinéma n’auront jamais vu un de leurs films… La cinéphilie ça se raconte et ça se travaille.







