Les candidats font leur cinéma – L’édito d’Eric Libiot

Il y a 10 heures
Eric Libiot revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

Finalement la taille n’a pas si grande importance. Petits ou grands, les écrans traversent en ce moment des temps incertains qui confinent parfois à l’orage et aux tempêtes. Le Festival de la fiction de La Rochelle n’était pas si loin de l’affliction même si l’envie de se battre était bien présent quand le Congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) de Deauville, qui vient de fermer ses portes, s’est déroulé entre bulles de champagne frais (le box-office 2026 en pleine bourre) et petits fours au goût amer (avenir politique inquiétant). Et il est fort à parier que les Rencontres cinématographiques de l’ARP (Le Touquet du 4 au 6 novembre) mettent la présidentielle au menu des débats.

Je ne prends pas beaucoup de risques à miser sur ces agapes : le BLOC, l’ARP et l’USPA, soit la grande majorité des syndicats et des associations des secteurs concernés, ont publié un communiqué lundi 28 septembre : “Qui veut la peau du Cinéma et de l’Audiovisuel Français ?” Il y est notamment pointé les diverses décisions récentes du gouvernement : “Baisse du financement de France Télévisions, hausse de la TVA de Canal+, cadeau fiscal à YouTube, projet de plafonnement des taxes sur les éditeurs et distributeurs affectées au CNC”. On conviendra aisément que cette convergence de lutte contre les deux filières n’est pas très rassurante. On conviendra également que ces dispositions, à premières vues économiques, sont éminemment politiques. On conviendra encore qu’ajoutées aux envies mortifères du Rassemblement National concernant le CNC et l’Audiovisuel public, elles font plus que désordre quand on aurait pu (du ?) s’attendre de la part du gouvernement qu’il lutte contre les vents mauvais. On conviendra enfin que le Sommet Lumière initié par Emmanuel Macron, censé caresser les écrans mondiaux dans le sens du poil, n’était sans doute qu’un bel écran de fumée de déclarations colorées et pétillantes sans beaucoup de lendemains.

A Deauville, Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la FNCF, a annoncé avoir envoyé à six candidats à l’élection présidentielle – les six premiers dans les sondages – une liste de questions concernant notamment “le rôle du CNC”, “l’éducation à l’image” ou “la liberté de programmation” ; questions techniques, générales et politiques dont il faudra décrypter les réponses - d’ici quelques semaines assure-t-on à la FNCF. Les petites mains communicantes des candidats s’affairent donc en ce moment, comme elles s’affairent sans doute sur le prix des carburants, les discours politiques écrits par l’IA, le port du casque en vélo ou les étonnants bienfaits de la climatisation gaullienne.

On peut craindre des litres d’eau tiède qui ne mouilleront pas beaucoup et sans doute les justes prises de position seront-elles à décrypter dans la partie immergée des réponses. Mais foin d’à priori. Restons optimistes même si peu de déclarations nous y invitent. Gageons – espérons serait peut-être moins déceptif - que les candidats voient dans ces questions un moyen de s’investir face à des professions impliquées dans un vaste secteur économique mais également dans l’exigence de bien s’informer, le plaisir de nourrir son imaginaire, l’envie de partage, le besoin d’être ensemble, la nécessité de débatttre. Mesdames et Messieurs les candidats, pour une fois, faîtes un effort. Merci pour nous.