Décor de campagne - l'édito d'Eric Libiot

Il y a 9 secondes
Eric Libiot revient sur les principales actualités de la semaine écoulée et les enjeux de celles à venir.

Dimanche soir, Raphaël Glucksmann annonçait son intention de se porter candidat à l'élection présidentielle de 2027. C'était sur TF1, pendant la grand-messe du 20 heures de la chaîne la plus regardée d'Europe. Autant dire un (éternel) classique pour qui veut gagner la course de l'audience ce soir-là. Ça, c'est fait. Rien ne change donc sur le petit écran dès lors qu'on s'attaque à un événement qui structure la vie politique française depuis des lustres : élire le nouveau locataire de l'Élysée. La télévision historique et linéaire retrouve ainsi un peu d'allant alors qu'elle se fait tailler des croupières tous les jours par un (jeune) public qui volage d'écran en écran. France Télévisions, elle aussi, fait dans la vieille marmite en ressuscitant L'Heure de vérité, célèbre émission politique diffusée sur Antenne 2 puis France 2 entre 1982 et 1995. Il s'agissait de mettre face-à-face des journalistes et un cador politique ; concept pas franchement révolutionnaire aujourd'hui mais qui à l'époque, comme on dit...

Cette rentrée télévisée se transformerait-t-elle en “télévissée” ? Un retour vers le futur paradoxal, alors que depuis la dernière élection présidentielle, il y a cinq ans, le rapport entre les Français et les écrans s'est totalement modifié. Si les chaînes d'info en continu existaient déjà, elles n'avaient pas l'impact qu'elles ont aujourd'hui ; et leur relais par les réseaux sociaux non plus. Sans parler de YouTube. D'autant qu'en 2022, la non-campagne d'Emmanuel Macron avait quelque peu éteint les velléités des chaînes à redistribuer les cartes (sur table) des émissions politiques.

Les audiences des chaînes d'info sont maintenant regardées à la loupe. Détaillées. Disséquées. Analysées. On en fait de la sociologie et de l'anthropologie. Notamment quand CNews est devenue leader en 2025. Depuis le début de l'année, BFMTV a repris la médaille d'or mais LCI lui passe devant de temps en temps, selon les jours et la météo, comme ce 17 août où elle a franchi la barre des 3% de part d'audience (3,4%). C'est une lapalissade d'écrire que ces chaînes-là vont aussi, et peut-être plus largement encore, dessiner le paysage de la campagne présidentielle. Le combat s'annonce brutal et les coups, autant que les mots, vont pleuvoir.

Mais pour faire quoi, finalement ? L'élection présidentielle est un événement suffisamment important, ne serait-ce que d'un strict point de vue citoyen, pour que la télé, et plus généralement les écrans, s'invitent dans le débat pour se réinventer. Bien sûr les femmes et les hommes politiques concernés devront y mettre du leur et peut-être accepter les formes disruptives (!) que leur proposeraient les nouveaux médias ; les anciens semblent pour l'instant jouer le conservatisme.

C'est évidemment encore trop tôt pour entrevoir la révolution que les têtes pensantes aux manettes ont imaginé d'ici avril 2027 – l'ont-elles seulement imaginée ? Mais l'occasion est trop belle pour que chacun ne reste pas dans ses pantoufles. D'autant que si les discours électoraux, qui produisent des promesses comme des bulles de savon, sont loin d'être innovants, ils peuvent être emballés dans des papiers (cadeaux) tout neufs. Ce qui redonnerait un peu de crédit aux mondes politique et médiatique. Deux en un. Chiche ?