Coups de chaud à venir - l'édito d'Eric Libiot
Depuis cet été, le cinéma n'en fait qu'à sa fête. Champagne et tapis rouge. Sourires et applaudissements. Et si on s'en tient aux chiffres de fréquentation, c'est effectivement la bonne humeur qui prédomine : juillet s'est même offert la médaille d'or des meilleurs mois depuis le début de l'année avec 17,53 millions de tickets vendus, ce qui porte le nombre total d'entrées à 107,98 millions depuis janvier. La fréquentation nagera sans doute au-dessus de celles de 2023 et 2024, qui flirtaient avec les 180 millions. Et sera donc très supérieure à celle de 2025 qui s'était écrasée à 156 millions. Le bide. C'était... l'année dernière. Les temps froids ne sont pas si lointains.
L'ambiance est donc toujours fragile, malgré les satisfécits de la presse nationale qui salue cet été flamboyant. Le secteur sait pourtant que les entrées ne cessent de jouer au yoyo en fonction de l'offre de films. Et puisque ça monte et que ça baisse, reste à savoir si, sur la durée, le crédit sera plus ou moins important que le débit. Compliqué de modéliser le schéma directeur même si on sent le public content d'aller refricoter avec le grand écran ; auquel cas on se rapprocherait du chiffre tant espéré des 200 millions de fauteuils occupés. C'est aussi l'effet (les fées ?) boule neige : aller au cinéma et en sortir satisfait pousse à y retourner. Et il semble que la satisfaction soit au rendez-vous si on s'en tient au bouche-à-oreille qui a permis à plusieurs films, climatisés ou pas, de se faire voir.
Sur le papier, il était pourtant difficile de cocher les bonnes cases des succès estivaux : la remontada du grand Charles, l'engouement pour l'homme araignée alors que ses potes super-héros se plantent depuis un bail, le carton planétaire de L'Odyssée, imprévisible à ce tarif-là, Jim Queen qui trouve un public animé mais In Waves beaucoup moins quand les deux ont été largement salués à Cannes, le tabac des films d'horreur venus de nulle part vs la déception Steven Spielberg et si De la comédie française sourit, Permis de détruire fait la gueule, quand on aurait sans doute parié le contraire il y a trois ans. Le flou reste total. C'est la constante du genre.
Et pendant ce temps-là, le festival d'Angoulême ouvre ses portes et affiche une belle sélection, notamment française, qui souligne ce qui attend le public dans les mois qui viennent. Comme chaque année il y aura des engouements mérités, ce qui n'oblige pas à tout voir en couleurs. L'éclipse est toujours possible. Loin d'ici l'idée de jouer les mauvais oiseaux mais, comme chaque année également, la rentrée sera agitée. Voire incertaine. Et le grand écran sera impacté puisque le bain culturel est fait d'une seule eau.
Quid de l'offre des plateformes, à l'heure où elles continuent de s'interroger sur leur propre modèle éditorial : Disney + annonce diffuser, par exemple, le championnat de Formule E, sport automobile 100% électrique (!). Quid de la politique de Canal + qui investira 980 millions d'euros sur cinq ans dans le cinéma français tout en refusant de travailler avec ceux qui "portent préjudice à l'image" de la chaîne (mais comment ?). Quid du paysage audiovisuel plombé par les économies demandées au service public (en ce moment France Télévisions diffuse mille bandes-annonces de nouvelles séries pour faire bonne figure). Quid du climat politique qui n'évitera pas les coups de chaud... Encore quelques jours de calme et les affaires vont reprendre.




