Au rapport ! l'édito d'Eric Libiot

Il y a 22 secondes
Notre éditorialiste revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celle à venir.
Charles Alloncle

Le député Charles Alloncle (UDR) © DR.

Cartes sur table. Fussent-elles truquées, biseautées, écornées, abîmés… Mais la démocratie est peut-être à ce prix pour peu qu’on la surveille comme le lait sur la table de jeu. Les députés ont donc voté lundi la publication du rapport de la Commission d’enquête sur l’audiovisuel public et ont également souhaité que les vidéos des auditions soient toujours en ligne. Si on veut bien regarder le verre à moitié plein – disons au quart plein ou, soyons honnête, au dixième plein - chacun pourra lire, à partir du 4 mai, ce rapport tant commenté qui n’a convaincu personne, si ce n’est le parti et les alliés du rapporteur Charles-Henri Alloncle (Union des droites). 12 votes pour, 10 contre, 8 abstentions. Pas vraiment un plébiscite.

Ces longues semaines de question-réponse ont montré la fragilité du débât démocratique.

Mais bon, chacun pourra se faire son opinion…. En est-on seulement sûr ? La réponse est dans la question : le travail de cette commission a été tellement politisé, dès ses premiers jours, que chacun restera sur ses positions. Les tenants d’une privatisation de l’audiovisuel public, d’ailleurs demandé par aucun professionnel raisonnable de la profession, vs les défenseurs d’un secteur public fort, indépendant, et à hauteur de ce qu’on peut attendre d’une République tout entière préoccupée par l’élévation de ses citoyens ; ce qui n’empêche évidemment pas de pointer les manquements au cahier des charges qui adviendraient.

“Je pensais que le rapport serait l’occasion de prendre de la hauteur de vue”, déclarait le président de la commission Jérémie Patrier- Leitus sur France Inter mardi matin. Mettons cette phrase passablement comique sur le compte d’un discours apaisant au moment où l’avenir des propositions édictées par Charles- Henri Alloncle est encore flou. Et s’il n’en reste qu’une, ce sera celle-là : le rapporteur souhaite que la Présidence de la République nomme le ou la dirigent(e) de France Télévisions… afin de renforcer l’indépendance et la neutralité du service public. Mettons cette proposition passablement comique sur le compte d’un homme qui espère que ses amis entreront à L’Élysée dans un an et pourront ainsi le remercier de tant de diligence.

Car finalement on en est là. Ces longues semaines de questions-réponses, d’interventions en tous genres et de péripéties de ramasse-miettes ont montré la fragilité du débat démocratique en même temps que sa politisation extrême. Oui, c’est une lapalissade. Et vu les enjeux à venir, ça ne risque pas de s’améliorer. Il n’est plus possible de débattre avec raison et passion, plus possible d’échanger des arguments sans sortir la tête des gonds, plus possible de s’opposer en restant attentif aux autres. Faut-il rappeler aux députés qu’ils représentent les Français et non pas eux-mêmes ?

Cette fois c’est l’audiovisuel public qui a malheureusement servi de prétexte à une opération politicienne emballée dans du papier gras. Il mérite évidemment mieux, sans être jamais exempt de tout. Il y a quelques mois c’était le CNC qui devait affronter des attaques frontales et rassemblées de députés visiblement à côté de leurs godillots, tant leurs interventions respiraient l’incompétence et l’idéologie à plein nez. Sans doute va-t-il y avoir, jusqu’à la publication du rapport et les jours d’après, nombre de tribunes et de prises de parole sur un sujet qui intéresse visiblement tout le monde si on en croit les (bonnes) audiences de France Télévisions, de Radio France - et la (bonne) fréquentation en salles du premier trimestre. Mince, alors ! Est-ce à dire que…