Mollo sur le mou – L’édito d’Eric Libiot

1 avril 2026
Notre éditorialiste revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celle à venir.
conseil de l'europe series mania

Quand faut y’aller, faut y’aller. En novembre 2025, le Conseil de l’Europe adoptait un texte encadrant les coproductions européennes d’œuvres audiovisuelles. Ce 26 mars, le festival Séries Mania accueillait la cérémonie officielle de la signature de cette « nouvelle Convention. » Le détail est à lire sur le site de l’Institution et le résumé sur celui d’Écran total mais il s’agit, comme l’intitulé l’indique, de favoriser les accords entre les pays européens - neuf d’entre eux ont pour l’instant signé le document – notamment en simplifiant l’administratif et en permettant à chaque série d’être considérée comme une production domestique et de bénéficier ainsi des aides publiques propres à chaque nation. “Nous allons désormais appliquer aux séries les recettes du succès des coproductions européennes pour les films, exprime Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe. Cette convention est une avancée très concrète pour l’Europe, pour les Européens.

Rien de pire que du mou, du tiède, du creux et du vague pour satisfaire tout le monde alors que ça ne satisfait personne.

Merci Monsieur le Ministre délégué, cet élan va sans doute droit au cœur du secteur. D’autant que le site du Conseil de l’Europe en remet une couche : « Une fois en vigueur, la convention établira une base stable et reconnue à l’échelle internationale pour créer des œuvres audiovisuelles d’une grande qualité sous forme de séries, ce qui confortera leur rôle de biens publics propices à la vitalité linguistique, au pluralisme et à la participation démocratique, conformément à la mission du Conseil de l'Europe de préserver la démocratie. » Joli, non ? Mais un peu flippant aussi. Le poids est maintenant sur les épaules plus ou moins larges des scénaristes, cinéastes et producteurs : à eux de construire un chemin pour l’Europe en passant par la fiction, le documentaire ou l’animation, toute chose que la politique n’a pas réussi à faire. J’exagère. D’accord. Mais pas tant. La fiction peut sans doute beaucoup mais en l’espèce elle devra surtout s’accorder sur quelques points.

D’abord convenir que les concessions nécessaires à l’entente entre les différents producteurs ne doivent pas flinguer l’exigence du propos et la qualité du scénario. Rien de pire que du mou, du tiède, du creux et du vague pour satisfaire tout le monde alors que ça ne satisfait personne. Ensuite se souvenir que la grande mode des coproductions cinématographiques dans les années 60-70 a donné quelques œuvres prestigieuses (peu au final) mais surtout du gloubi-boulga transnational en ajoutant ici un acteur de là-bas, là-bas un décor d’ici, au milieu une intrigue en faux-raccords pour coller aux impératifs demandés. Depuis, ça s’est arrangé, c’est vrai. Ce serait donc idiot de reproduire, en se lançant, les mêmes erreurs qu’il y a cinquante ans. Tout le monde le sait, mais comme disait Albert Camus, qu’il est bon de citer régulièrement : « La bêtise insiste toujours ».

Enfin, si l’on peut se permettre, il ne faudrait pas tomber dans le premier écueil venu : adapter des grands récits européens, voire universels, qui ont fait leurs preuves sous prétexte qu’ils ont été traduits partout ; un Comte de Monte Cristo, ça va, trois, bonjour les dégâts. Mollo sur Dickens, Homère, Buzzati, Balzac, Christie ou Simenon. Puisqu’il est donné à la fiction d’œuvrer pour « la préservation de la démocratie », il va falloir regarder loin devant pour trouver un avenir meilleur à partager. Inventer, créer, se tromper, recommencer, réussir.