Laurence Herszberg, directrice de Séries Mania : “L’inflation et le développement du festival font grimper les coûts”

23 mars 2026
Budget du festival, contraction du marché, pays à l'honneur... La directrice générale de Séries Mania répond aux questions d'Ecran Total.
Laurence Herszberg

Laurence Herszberg, directrice générale de Séries Mania.

« Face à la montée des extrêmes, les séries entrent en résistance » avez-vous lancé lors de la présentation de cette édition 2026. Est-ce que Séries Mania 2026 sera politique ? 

Je ne dirais pas que l’édition est politique. Nous ne faisons pas une programmation idéologique. Les séries regardent le monde et Séries Mania en est le reflet. Dans un monde aussi perturbé que le nôtre, la culture a un rôle à jouer. Il y a donc un accent mis sur des séries qui vont donner des clés pour comprendre et matière à réfléchir. Mais une programmation doit rester équilibrée : sur les 375 séries visionnées en provenance de 64 pays, il y a aussi des séries très divertissantes. L’idée n’est pas de plomber le public !  

Vous annoncez avoir reçu 20% de séries en moins cette année. Assiste-t-on à un repli mondial de la production ?

Oui, on assiste à une contraction mondiale du marché. Les grandes plateformes rationalisent leurs investissements et certaines absorptions ont réduit le nombre d’acteurs. Cela fait moins de portes d’accès pour les créateurs. Par ailleurs, les plateformes semblent vouloir faire des séries beaucoup plus « premium », donc très chères et souvent portées par des stars, ce qui freine l’accès à d’autres acteurs, scénaristes etc. Et du côté du panorama français, les diffuseurs ont tous annoncé des baisses de « greenlighting » de séries. Si la sélection reste riche pour le festival, pour l’industrie, c’est préoccupant.

Voyez-vous émerger de nouveaux modèles de financement ?

On commence à voir des initiatives alternatives, notamment aux Etats-Unis, avec des projets financés en equity ou via le crowdfunding. En Europe, notre système reste plus structuré, mais les producteurs deviennent plus agiles : ils combinent désormais plusieurs sources de financement, parfois dès le développement, avec des distributeurs ou des fonds qui interviennent plus tôt.

Ressentez-vous les effets de cette contraction du marché au Forum ?

Le nombre de projets présentés reste globalement stable. En revanche, on voit apparaître de nouvelles sociétés de production qui viennent chercher de nouveaux partenaires. Des producteurs qui auparavant trouvaient leur financement dans leur réseau se tournent aujourd’hui vers le Forum pour terminer leur tour de table. Une façon de confirmer que Séries Mania est devenu une plateforme mondiale incontournable pour monter une série.

Le festival lui-même doit-il aussi composer avec un contexte budgétaire plus tendu ?

Comme beaucoup d’événements culturels, la recherche de financements est plus difficile mais je ne vais certainement pas incriminer la région Hauts-de-France qui est très clairement le meilleur partenaire qu’on puisse avoir. Sa subvention a légèrement baissé, de l’ordre de 5% mais on espère bien la récupérer l’an prochain, et, en parallèle, le CNC a augmenté la sienne. Ça compense, même si le festival, à cause de l’inflation et de notre développement, coûte de plus en plus cher. Nous aurions dû atteindre les 9,2 M contre 8,8 en 2025 mais nous avons dû limiter notre développement à 9 M. Paradoxalement, on a 20% de plus d’accréditations. Les entreprises envoient moins de salariés de leur entreprise mais on touche plus de gens qui viennent du monde entier. Je précise qu’on a maintenu un prix d’accréditation tout à fait accessible à 490 euros, seulement augmenté de 3%.

De quelle manière vous êtes-vous limitée au niveau du budget ?

Malheureusement, je n’ai pas fait mon « trailer » habituel où je me mettais en scène avec mon camarade Frédéric Lavigne, directeur artistique du festival, ça coûtait trop cher ! Plus sérieusement, le Creative Bazaar, le lieu où on accueille toutes les résidences et formations qui font partie du Series Mania Institute, est également plus restreint. On a aussi diminué le budget consacré aux voyages des stars internationales. 

Vous inaugurez cette année un nouveau dispositif avec un pays invité d’honneur, la Corée du Sud. Pourquoi avoir ce choix ?

C’est d’abord une évidence au regard de l’engouement mondial pour le K-Drama. La Corée du Sud est aussi devenue un modèle industriel, notamment dans sa manière de créer et d’exploiter des IP. Le pays s’est structuré autour de cette stratégie et déborde de créativité. Il a aussi réussi, grâce à la musique et à l’audiovisuel, à développer un soft power puissant. Pour l’Europe, c’est intéressant d’observer ce modèle et de le confronter au nôtre.

Et puis cette année marque le 140e anniversaire des relations franco-coréennes. Une belle occasion de les célébrer.

Les micro-dramas pourraient-ils un jour concourir dans une nouvelle catégorie de la sélection ?

Nous suivons ces formats très attentivement. Ils sont souvent produits pour une consommation mobile et verticale, avec des épisodes d’une ou deux minutes. Mais, pour l’instant, scénaristiquement, ce n’est pas très intéressant. Nous en parlerons dans le cadre du Forum professionnel mais cela reste encore trop éloigné de l’exigence artistique du festival.