Liège fait rire, mais travaille aussi sérieusement

5 novembre 2025
Pour sa dixième édition, le Festival international du film de comédie de Liège renforce à nouveau son pôle professionnel. En assumant une l'ambition de faire du rire un levier de production.
Bastien Sirodot

Bastien Sirodot (Umedia) et Alain-Gilles Viellevoye (Beside Productions), fidèles du FIFCL et piliers de son Espace Pro. © Valentin Conraads

Il y a neuf ans, quatre Liégeois lançaient un pari un peu fou : offrir à la comédie ses lettres de noblesse et à Liège un festival à son image, chaleureux. Le Festival international du film de comédie de Liège (du 5 au 9 novembre) est depuis devenu un rendez-vous incontournable du calendrier. Cette dixième édition met plus que jamais l’accent sur les échanges. L’Espace Pro, désormais installé à la Mosa Ballet School, accueillera quelque 350 accrédités. “On voulait centraliser panels, photocall et rencontres, pour que les pros se croisent au maximum”, explique l'un des cofondateurs Julien Delaunois. Lieu unique pour conférences, forums et séances de pitch, il vise à faire du festival un carrefour où les projets de comédie se financent, se coproduisent et s’écrivent.

Faire réseau, structurer un genre
Le jeudi 6 novembre concentrera l’essentiel des débats : un Forum de coproduction réunira des producteurs belges, français et luxembourgeois. La table ronde “Rire sans frontières” explorera les mécanismes de financement entre les trois pays, et un second panel abordera la place de la comédie dans les politiques de soutien public. “La comédie reste un parent pauvre du financement, notamment en Belgique francophone. Mais on espère toujours que cela va évoluer”, souligne Delaunois. Le festival accueillera aussi les pitches du CineComedies Lab, une résidence d’écriture franco-belge soutenue par Wallimage et la RTBF. Cinq scénarios y seront présentés à des producteurs européens.

La journée inclura aussi la conférence Europe Créative sur la présentation d’un projet comique à l’international et une rencontre sur la tokenisation, ce mode de financement fondé sur la blockchain. “C'est peut-être un piste d'avenir pour la production, et le sujet est trop rarement abordé”, note-t-il. La réflexion se poursuivra le lendemain autour d’une table ronde animée par Philippe Reynaert, avec notamment Mathieu Donck (Des gens bien) et Stefan Liberski (Les Snuls). Et la dynamique se prolongera jusqu’au samedi avec un Salon des métiers du cinéma, organisé avec le SIEP (Service d’Information sur les Études et les Professions), pour rapprocher le public des filières de formation et rappeler qu’une carrière audiovisuelle peut naître à Liège.

Côté invités, le FIFCL soigne son prestige : Jean Reno, Muriel Robin, Gilbert Melki et Claudia Tagbo inaugureront leur dalle dans le “Walk of Fame” liégeois, tandis qu'André Dussollier, Benoît Poelvoorde, Julie Gayet, Reda Kateb, Patrick Timsit (entre bien d'autres) feront aussi le déplacement. Malgré la perte d’un sponsor majeur, le festival garde sa ligne : 46 responsables de pôles, 350 bénévoles et une fréquentation record. “C’est le festival du sacrifice, mais pour atteindre la qualité! On tient surtout à rester accessibles, et ouverts à tout le monde”, conclut Delaunois. Derrière les rires, Liège s’impose donc comme un laboratoire du genre comique. Un lieu où l’on parle aussi financement, formation et avenir du cinéma belge, et européen.