Des mots contre les maux

15 octobre 2025
Eric Libiot revient chaque mercredi sur les principaux faits de la semaine écoulée et les enjeux de celle à venir.
UNESCO-Mondiacult-2025

Hier c’était différent, aujourd’hui on ne sait pas encore et demain sera sans doute encore ailleurs - la situation politique française étant ce qu’elle est, cette phrase-là peut encore être vraie pendant quelques jours. C’est amusant si ce n’était pas si triste. En écho à ces semaines qui viennent de s’écouler et au brouillard qui s’installe, un murmure se fait entendre ici ou là, notamment à Barcelone, à Strasbourg et à Paris. Et ce n’est sans doute pas un hasard même si les agendas se décident indépendamment les uns et des autres.

À Barcelone s’est tenue la “Conférence mondiale sur les politiques culturelles et le développement durable” à laquelle assistaient les ministres de la Culture des États membres de l’Unesco, la puissance organisatrice, qui a rendu la déclaration publique sur son site. Il y est notamment écrit : “Nous réaffirmons notre engagement à protéger et à promouvoir la diversité culturelle, fondement de l’identité des peuples (…)”. Et aussi : “Nous soulignons l’importance de renforcer les synergies entre la culture et l’éducation, en reconnaissant l’impératif d’une éducation adaptée au contexte, qui englobe le patrimoine culturel, l’histoire et les connaissances traditionnelles (…)”.

À Strasbourg trois organisations de réalisateurs, de scénaristes et d’auteurs européens ont publié une déclaration commune à l’attention des parlementaires de l’UE concernant quatre “menaces précises” : l’exploitation de l’IA sans le consentement ou la rémunération des auteurs, la braderie de la créativité européenne dans les négociations, l’incapacité à faire respecter une rémunération équitable malgré la législation existante et les attaques croissantes contre la liberté d’expression.

Les déclarations, comme les promesses, n’engagent que ceux qui veulent bien y croire et ne prêchent bien souvent que les convaincus.

À Paris, enfin, Delphine Ernotte-Cunci, auditionnée devant la Commission des affaires culturelles du Sénat a défendu avec force le service public français. Pour la patronne de FTV “l’avenir ne doit pas se résumer à une équation budgétaire, notre avenir est avant tout un choix politique”. Et d’ajouter : “la souveraineté informationnelle et culturelle est un enjeu de sécurité nationale, il n’est donc pas l’heure de désarmer l’audiovisuel public.”

Trois mises au point, l’une mondiale, l’autre européenne, la dernière française. Ce n’est donc pas des prises de paroles locales qui s’en tiendraient à un seul nombril. Si les applaudissements vont de soi, il ne faut pas être naïf pour autant. Les déclarations, comme les promesses, n’engagent que ceux qui veulent bien y croire et ne prêchent bien souvent (et malheureusement) que les convaincus. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut laisser filer les choses. Bien au contraire. Car la concomitance de ces déclarations est peut-être aussi importante que les déclarations elles-mêmes.

En France, la défense d’un service public doit s’affirmer toujours plus fortement quand certaines forces politiques veulent l’affaiblir ou le supprimer. L’Europe, elle, si elle doit se frayer un chemin entre les super-puissances, elle le fera aussi grâce à la création artistique, gage d’union et de singularité. Quant à l’élan mondial pour la culture et l’éducation, il est plus que jamais nécessaire. Des seuls mots pour vaincre les maux ?

Oui, c’est une étape qu’il ne faut jamais négliger. On sait depuis longtemps qui se sert des discours pour affirmer son désir d’autorité. Il y a dans l’air des vents mauvais qui nécessitent d’affirmer, plutôt de réaffirmer, le cap à prendre.