Demon Slayer : radioscopie d’un succès historique

17 septembre 2025
C’est un phénomène de cinéma comme on en voit rarement au niveau mondial. L’anime japonais Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba La Forteresse Infinie est en effet en train de redéfinir la place occupée dans les salles par son son genre.


Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba La Forteresse Infinie est le quatrième long-métrage d’animation - et le deuxième film pour le cinéma - adapté du célèbre manga fantastique Demon Slayer de Koyoharu Gotōge. Il prend la suite narrative de la quatrième saison de la série homonyme, et est le premier opus d’une trilogie de films adaptant l’arc de La Forteresse Dimensionnelle Infinie. Sorti au Japon le 18 juillet 2025, en août sur les marchés asiatiques, puis aux États-Unis le 12 septembre, le film vient aussi de débuter son exploitation dans différents pays européens. Et les chiffres sont exceptionnels.

Devenu en à peine deux mois le deuxième succès de l’histoire du box-office nippon avec 224 millions de dollars de recettes, derrière son aîné Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba Le Train de l’Infini (2020), il a largement dominé le box-office nord-américain pour son premier week-end avec 70,6 millions de dollars encaissés, très loin devant Conjuring (25,6 millions pour son deuxième week-end, soit une baisse de 69,5%) et Downton Abbey : The Grand Finale qui a engrangé 18,1 millions sur ses trois premiers jours. Au 15 septembre, son box-office global s’élève déjà à 400 millions de dollars de recettes. Des chiffres records pour le lancement d’un anime, qui placent pour le moment Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba La Forteresse Infinie à la 11e place du box-office mondial 2025.

Si le phénomène stupéfie, il n’est pas non plus une surprise totale. En 2020, Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba Le Train de l’Infini, avait lui-même atteint des records (486 millions au box-office mondial et engagé une sortie de niche du genre anime. Lors de sa sortie en France en mai 2021, période de forte contraction du marché due à la pandémie de Covid, il avait attiré 727 889 spectateurs. Et jusque-là, seuls en effet le studio Ghibli et les oeuvres de Hayao Miyazaki connaissaient une renommée mondiale, avec pour meilleure performance au box-office mondial Le Voyage de Chihiro en 2002 (274,9 millions de dollars de recettes).

Un phénomène à la portée historique

Interrogé sur ce phénomène, le scénariste et réalisateur Nicolas Saada, passionné de cet univers qu’il a découvert au début des années 2020 avec Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba Le Train de l’Infini, compare ce moment à la sortie de Star Wars épisode I : Un nouvel espoir en 1977. 

« Cette franchise m’obsède, alors que je ne suis pas dans le public-cible. Il y a un univers épique, une promesse d’aventures avec une confrontation basique entre le bien et le mal, et c’est aussi un récit d’initiation. Pour les cinéphiles, on ne peut s’empêcher de penser aux Sept Samouraïs de Kurosawa, à tout ce cinéma japonais des années 50-60. C’est une création récente et c’est donc aussi très contemporain, alors que l’histoire se déroule à l’ère Taishō (1912-1926). Et c’est une oeuvre créée par une femme, ce qui à mon sens dit aussi pourquoi le public touché est aussi large. Je crois que beaucoup de publics différents peuvent y trouver quelque chose. Et pour un cinéaste, c’est extrêmement stimulant, avec une grande liberté créative et un art du montage époustouflant. Je pense qu’on ne mesure pas encore bien la portée de ce qui se passe, c’est pour moi de l’ordre d’un phénomène comme Star Wars. »

Autre signe qui ne trompe pas sur le caractère exceptionnel de ce film et la légitimité de la comparaison avec des oeuvres comme Star Wars ou Harry Potter : sa dimension événementielle. En France, les avant-premières ont ainsi fait salle comble avec un public d’initiés venu en nombre pour une célébration collective de la franchise. Mais de tels chiffres traduisent un engouement qui va bien au-delà de la démographie ciblée par le genre « shonen » - un jeune public essentiellement masculin de 8-18 ans -. Pourquoi ? Parce que comme toute oeuvre vouée à devenir culte, il s’agit d’une authentique mythologie, avec son univers et ses personnages, animée avec brio par le studio Ufotable. Les critiques, spécialistes du genre ou non, établissent d’ailleurs un solide consensus très positif sur les qualités cinématographiques de Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba La Forteresse Infinie.

À Hollywood, où à l’essoufflement artistique des grandes franchises se sont ajoutées les  conséquences des importantes grèves de 2023, le genre de l’animation dominé par Disney et DreamWorks fait figure de locomotive du box-office domestique et mondial mais semble avancer à l’aveugle. Ainsi, en 2025, si d’un côté How to Train Your Dragon a dépassé les 634 millions de dollars de recettes globales, de l’autre Elio de Pixar a été un échec cuisant avec un box-office nord-américain de 72,9 millions et un total mondial de 154 millions de dollars de recettes, pour un budget de production supérieur à 150 millions de dollars…

C’est ainsi l’ultime enseignement apporté par Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba La Forteresse Infinie, et la preuve que le paradigme est en train de changer avec des productions asiatiques aux performances inédites : produit pour 20 millions de dollars, sa rentabilité est spectaculaire. Avant sa sortie en France, le 17 septembre, le succès est déjà total et augure donc, au-delà du meilleur pour les deux films qui doivent suivre, d’un bouleversement profond dans l’industrie de l’animation.