Comment saga ? l'édito d'Eric Libiot

9 juillet 2025
Le rédacteur en chef d'Ecran total revient sur les meilleurs feuilletons du moment : le Holding audiovisuel porté par Rachida Dati et la fréquentation des salles de ce premier semestre 2025.
Holding audiovisuel

Il fut un temps (de boomer) où les feuilletons de l’été remplissaient allègrement les programmes télé. Et déjà les titres sentaient bon le farniente en espadrilles avec suspense et boissons fraiches : Le Château des oliviers, Les Granges brûlées, La Rivière Espérance, Dans un grand vent de fleurs… Le genre s’est peu à peu tari pour laisser place à des grilles nourries, plus ou moins abondamment, de rediffusions. Pourtant le principe perdure mais hors du petit écran, plutôt en coulisses ou dans les bureaux climatisés, et ressemble à la saga réalisée par Jean Sagols diffusée sur TF1 en 1989 : Orages d’été, avis de tempête.

Il y a d’abord le feuilleton “Holding audiovisuel” porté par la ministre de la Culture. On en est au bas mot au 52ème épisode. Le scénario fait du surplace, les acteurs sont les mêmes, et à chaque nouvelle péripétie, on a la désagréable impression de revenir à la case départ. Il faudrait peut- être revoir le scénario en entier. Le seul point positif, c’est que grâce à cette saga qui n’en finit plus, on devient très pointu sur le fonctionnement du Sénat et de l’Assemblée Nationale, entre “motion de rejet”, ”amendements”et “commission mixte paritaire”. Le point négatif, sans doute plus important, c’est que l’audiovisuel public n’a pas besoin d’être plongé dans ce grand gloubi-boulga qui ne veut plus rien dire. Le temps passe et cette réforme ressemble déjà à son propre mauvais remake. Il n’y a plus d’arguments qui vaillent, seuls compte le duel politique et idéologique entre les pour et les contre. Si les deux chambres, haute et basse, sont incapables d’organiser sereinement un débat, les chaînes du service public elles-mêmes devraient le mettre sur pied. Mais vu les oppositions internes, ce serait sans doute impossible. Et pourtant, les enjeux le commanderaient.

Autre feuilleton de l’été, la fréquentation en salles. 75,25 millions d’entrées sur les six premiers mois, soit une baisse de 12,2 % par rapport à la même période en 2024 (source : CNC). Gros coup de blues. Même la fête du cinéma n’a pas réussi à hausser le niveau : 3 millions de tickets contre 4,65 l’année dernière. Tout le monde le sait : en 2024, "Un p’tit truc et plus" et "Le Comte de Monte Cristo" avaient redonné du panache à l’exploitation du premier semestre mais la faible offre hollywoodienne avait empêché la fréquentation de tutoyer les (mythiques) 200 millions d’entrées en bout de course. Des résultats conjoncturels pour une année atypique. 2025 risque d’être aussi atypique : l’offre tricolore s’affiche un peu en dessous, et pas sûr que les films cannois, sur le papier, redonnent suffisamment de tenue aux chiffres, alors que l’offre américaine pourrait, elle, afficher des couleurs souriantes grâce à Superman, Les 4 fantastiques, premiers pas ou Les Schtroumpfs - le film. Le monde idéal n’existe pas, c’est agaçant. Le covid, la grève à Hollywood, une production française par trop aléatoire, et demain d’autres événements aujourd’hui inconnus : tout est fait pour que les années soient si singulières, qu’elles se ressembleront toutes. En tout cas sur le plan des chiffres. C’est un beau paradoxe et il ne sert peut-être à rien de (trop) se lamenter. Le cinéma résiste à tout depuis 130 ans, même aux sagas de l’été.