Show et froid - l'édito d'Eric Libiot
Il fait show en ce moment. Notamment du côté des Majors américaines qui, comme tous les ans, présentent leur line-up (programme, en vf) lors d’un raout devant les exploitants français. La période estivale se règle à l’heure des blockbusters. Les patrons français des différents studios se retrouvent dans ces pages - sauf Frédéric Moget de Paramount qui a décliné - et, malgré leur optimisme, on sent tout de même une légère inquiétude poindre au fond de la voix.
Ce qu’il faut tout de même préciser d’emblée, c’est que le cinéma venu d’outreAtlantique fait marcher le système français et aide à la production tricolore. (En 2024, les films américains représentent près de 36,7% de parts de marché en France contre 44,4% pour les films français). Un merci n’est sûrement pas de trop, n’en déplaise aux esprits grincheux. Mais parce que le cinéma américain hollywoodien a bercé, et continue de bercer, toutes les cinéphilies du monde, on s’attriste aussi qu’il soit parfois moins en forme.
Stéphane Huard (Sony) : “En France, le cinéma attire un public de tous âges. C’est donc à nous de proposer des films qui plaisent.” Olivier Snanoudj (Warner Bros.) : “Nous devons avoir des films attractifs. Le Studio Show sera l’occasion de faire passer ce message.” Xavier Albert (Universal) : “2026 sera probablement le vrai premier repère en termes de fréquentation.” Depuis le Covid, les grèves, les incendies et les saillies trumpiennes, Hollywood a du vague à l’âme et tout le monde, ici, joue la carte de la franchise, de l’humilité, et de l’espoir. Le monde du cinéma doit être sauvé et cet été Superman, Les 4 fantastiques, Karaté Kid et les dinosaures ont (encore) été appelés à la rescousse. On fera le point à la rentrée.
Mais les patrons des studios soufflent le show et le froid. A mi-mots, il s’agit tout de même d’avouer que l’offre n’est pas toujours à la hauteur. En tout cas, les blockbusters se cherchent. Les historiens qui plancheront bientôt sur l’offre hollywoodienne des années 2000 se rendront bien compte que les supers-costauds, hommes et femmes réunis, ont finalement plombé le tableau. À force de tirer sur la ficelle, elle boit la tasse. “Les films qui plaisent” et “les films attractifs”, que les patrons interrogés appellent de leurs vœux, ne sont plus ce qu’ils étaient et la nostalgie n’y peut rien.
Il y a bien sûr toujours de jolis arbres qui cachent cette forêt-là et s’il faut n’en citer qu’un ce sera Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson (en salles le 24 septembre) avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Regina Hall, Benicio del Toro… L’histoire d’anciens potes révolutionnaires qui se retrouvent pour sauver la fille de l’un d’eux. Peut-être pas révolutionnaire (!) sur le papier, justement, sauf si l’on note le titre du roman dont le film est adapté et le nom de son auteur : Vineland de Thomas Pynchon. Soit le romancier le plus déroutant, le plus étrange, parfois le plus abscons, aussi le plus inventif de la littérature américaine. Et vu que Paul Thomas Anderson est le gratin du panier, il faut retenir son souffle. Un blockbuster d’auteur en quelque sorte. En quantité, ce genre-là pèse peu. Et c’est bien dommage.







