Retour à la case départ - l'édito d'Eric Libiot
C’est la faute à pas de chance. Le projet par Emmanuel Macron et soutenu avec entrain par Rachida Dati pourrait déjà avoir du plomb dans l’aile. Après avoir été remis dans un tiroir à cause de la dissolution surprise de juin 2024, poussé et repoussé par manque de stabilité politique cet automne, il revient dans la course au printemps et devrait être présenté à l’Assemblée nationale le 10 avril pour une mise en pratique dès le 1er janvier 2026. C’est dans neuf mois mais c’est dans un siècle.
Remarquez que le moment n’est pas forcément mauvais : le printemps s’habille plus facilement de ciel bleu, la situation internationale fluctuante mais intense rend la politique française discrète et absente des gros titres comme des préoccupations citoyennes, enfin la perspective d’élections législatives cet été pourrait sonner la mort du texte si une nouvelle majorité se dégageait. C’est donc maintenant ou jamais pour la ministre de la Culture qui, dans un entretien au Parisien lundi 31 mars, défend son texte avec une fougue certaine à défaut d’être toujours convaincante.
Las… Ce même lundi 31, la condamnation de Marine Le Pen dans le dossier de détournement de fonds publics risque de tout remettre à plat - ou de tout foutre en l’air selon la distance et le point de vue adoptés. Marine Le Pen rendue inéligible, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres (référence cinéphile) et l’assurance d’une réaction en chaîne qui devrait se faire sentir dans les jours prochains, les heures ou les minutes, notamment au Palais Bourbon. Difficile de penser que la patronne du groupe RN à l’Assemblée et ses troupes fassent profil bas.
La potentielle censure du gouvernement devrait refaire surface, le RN ayant beau jeu de choisir le chaos plutôt que le o.k., dans les travées bourbonnes autant que dans la rue d’ailleurs. Les prochains projets de loi sont donc susceptibles de subir la grogne (euphémisme) des députés RN. Et puisque la gauche n’est pas encline à voter cette loi sur l’audiovisuel, la voilà fortement fragilisée.
Ce nouveau répit, soyons mesuré, pourrait tout de même permettre à Rachida Dati d’aiguiser ses arguments. On ne compte plus les entretiens des partisans de la réforme depuis qu’elle a germé dans l’esprit présidentiel et à chaque fois ce sont les mêmes déclarations, photocopiées à l’encre politique plutôt que nourries de faits précis.“Éviter l’affaiblissement [du service public] déjà en cours”… Ah bon ? Il est pourtant apparu ces derniers mois que Radio France pète la forme - audience stratosphérique de France Inter - et que France Télévisions a suffisamment remis les gaz pour attirer un public jeune que la ministre voit pourtant s’éloigner. Les propositions éditoriales de france.tv slash sont suffisamment nouvelles pour s’en féliciter. Que tout ne soit pas d’équerre, on le conçoit bien mais jusqu’à présent il n’y a jamais eu, de la part des pro-actifs, d’arguments suffisamment exemplaires avec détails à l’appui. Je n’écris pas les discours de Rachida Dati, loin s’en faut, ni même ses entretiens, mais il est des arguments tièdes et passe-partout qu’il conviendrait d’éviter pour mieux convaincre. Par exemple : “la souveraineté culturelle doit s’imposer dans un contexte de déstabilisation, de désinformation et d’attaques des démocraties ! Et cette souveraineté intègre évidemment l’audiovisuel public.” Lu, relu et rerelu mais toujours pas compris.




