Faîtes l’humour, pas la guerre - L'édito d'Eric Libiot

2 octobre 2024
Eric Libiot, rédacteur en chef d'Ecran total, livre son point de vue sur la semaine écoulée et sur les enjeux de celles à venir.
Faites l'humour pas la guerre - L'edito d'Eric Libiot (c) Pierre Abouchahla

Où, quand, comment, pourquoi. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) vient de publier, pour la neuvième année consécutive, une étude sur le comportement des spectateurs français. Les comparaisons chiffrées s’étalent de 2019 à 2024, soit de quelques mois avant la fermeture des salles à aujourd’hui. Il n’y a pas de bouleversements dans les résultats généraux et les évolutions se font à la marge, quelques dixièmes de points de pourcentage en plus ou en moins. Mais si le Diable se cache dans les détails, le spectateur aussi.

Globalement, ça ne va pas si mal. Les voyants sont au vert, quasi éco-responsables. Sans doute le résultat le plus intéressant consiste-t-il à lier le fait que le cinéma est majoritairement une pratique collective, notamment chez les jeunes qui sortent entre potes, et la demande croissante d’animations en salles. Que ce soient les avant-premières, les séances de ciné-club, les conférences sur un film ou sur un thème lié au cinéma, toutes ces activités sont plébiscitées et en forte augmentation par rapport à 2019. Autre constat, la bande-annonce est la source principale pour s’informer sur les films mais Internet fait un bond spectaculaire (+17,5%), vu qu’on y trouve de tout, comme au supermarché : “bandes-annonces du film vues sur les différents sites (27,9 % en 2024), articles et critiques de film (12,2 %), publicités (10,8 %) et posts sur les réseaux sociaux (10,6 %).” Les critiques venues des médias sont en baisse (-2,7%) mais le bouche- à-oreille a nettement progressé entre 2023 et 2024.

L’une des principales motivations des spectateurs pour vibrer tricolore est que les acteurs français sont présents dans les films français. Une position qui ne manque pas d’humour.

Contrairement à ce qui se passait au siècle dernier, au temps d’un cinéma en salles largement dominé par Hollywood, les films français obtiennent un taux de satisfaction très élevé (93,3%) et l’une des principales motivations des spectateurs pour vibrer tricolore est que les acteurs français sont présents dans les films français. Une position en forme de tautologie qui ne manque pas d’humour mais qui est logique puisque le public aime justement aller applaudir principalement “l’humour à la française”. Ce qui semble paradoxal car la production française n’est pas très encline à se marrer. Comme à la télé d’ailleurs. J’en faisais état à l’occasion du festival de La Rochelle en septembre et le bilan que le Syndicat des réalisateurs et réalisatrices de fiction fait de la production audiovisuelle le confirme : Le polar est partout (85% des fictions télé). Ça flingue, ça tue, ça castagne mais ça ne rigole pas beaucoup.

C’est tout de même étonnant cette opposition systématique et quasi millénaire entre l’offre et la demande. Je sais bien, j’applaudis et je confirme, que la création ne doit s’attacher qu’à l’offre qui doit venir d’artistes libres d’agiter leur cocotier comme bon leur semble. Mais tout de même. L’écart est impressionnant, surtout si l’on observe que cette comédie française fonctionne peu ou prou sur le même modèle (Clavier, Bourdon, Darmon en têtes de gondole) quand le drame et le polar font plus sûrement dans l’éclectisme. Qu’attend donc notre nouvelle ministre de la Culture, Rachida Dati, pour déclarer 2025, année de la comédie et le rire cause nationale? C’est maintenant ou jamais parce l’actualité à venir ne va pas aider.