Histoire de vaches - L'édito d'Eric Libiot

25 septembre 2024
Eric Libiot, rédacteur en chef d'Ecran total, revient sur les principaux faits de la semaine écoulée et sur les enjeux de celle à venir.
Le changement c'est maintenant - L'edito d'Eric Libiot (c) Pierre Abouchahla

Ca y est, ça bouge. Enfin du nouveau : la Rachida Dati… Ah non désolé, on me signale dans l’oreillette qu’elle était déjà ministre. Et à ce même poste. Au temps pour moi.

En fait, je sais bien que Rachida Dati n’est pas nouvelle à ce poste-là mais vue la situation pour le moins singulière de ce gouvernement, qui risque d’affronter des vents tournants, voire tempétueux, et dont on peut se demander s’il n’est pas monté à bord du Titanic en sachant l’iceberg qui se profile, un peu de sourire ne pourrait pas faire de mal. D’autant que la ministre aime plutôt bien piquer là où ça l’amuse. C’est une qualité. Sans (forcément) applaudir sa politique, Rachida Dati est une des rares ministres, peut-être la seule, à manier la répartie vacharde et l’à-propos humoristique. Ça compte pour débloquer un dossier, l’humour étant une arme trop peu souvent utilisée.

C’est vrai, l’époque ne pousse pas à la rigolade et souvent le cinéma et l’audiovisuel racontent les nuages sombres plutôt que les éclaircies. Alors que se déroule à Deauville le congrès des exploitants organisé par la Fédération nationale des cinéma français (FNCF), les dossiers importants s’accumulent d’ailleurs au pied du grand écran : réforme de l’art et essai, éco-responsabilité des salles, pérennité du dispositif “Éducation à l’image”, nomination d’un président du CNC… Quand ce n’est pas l’audiovisuel qui s’agite en cette rentrée avec la bataille que se livrent les plateformes des chaînes linéaires, la possible (probable ?) montée en puissance du flux sur Canal +, l’évolution de YouTube prêt à diffuser plus souvent du long format, et pourquoi pas du bon, la régulation numérique en Europe qui tombe entre les mains de la Commissaire finlandaise Henna Virkunnen après la démission de Thierry Breton… Sans oublier le dossier holding de l’audiovisuel public, porté en son temps par Rachida Dati suivant la volonté d’un Emmanuel Macron désireux de regrouper tout le monde sous un même toit, certaines mauvaises langues voyant sous ce même toit, un même lui.

Si le Président a reconnu sa défaite aux élections, a-t-il mis au placard les projets qu'il portait ce printemps alors que son gouvernement filait droit ?

Cela dit, ce dossier audiovisuel public, dont il faut aussi régler le financement d’ici à la fin de l’année, pourrait être emblématique, tous ministères confondus, de la politique d’après-dissolution. Si le Président a reconnu sa défaite aux élections, a-t-il mis au placard les projets qu’il portait ce printemps alors que son gouvernement filait droit ? Ce holding, que seule une minorité parlementaire applaudit aujourd’hui, va-t-il résister aux tempêtes ? Réponses à venir.

Effectivement, ça bouge donc. Arrivé à ce stade, je pourrais paraphraser Bruno Patino, le patron d’Arte, qui, dans le grand entretien donné à Écran total, souligne un processus que les pataphysiciens auraient pu applaudir : “Lorsque l’on [bouge], il se passe rarement ce qui était prévu mais il se passe toujours quelque chose.” Tout système, tout mouvement, toute décision, portent en eux des effets pervers qu’il faut savoir rapidement appréhender. Seuls quelques grands esprits y parviennent et on se demande parfois où ils sont. Les autres se contentent de commenter, ce qui, il faut le reconnaître, est plus facile. Mais il faut continuer. A chacun son boulot et les vacheries seront bien gardées.