Du rire trop rare - L'édito d'Eric Libiot

11 septembre 2024
Eric Libiot, rédacteur en chef d'Ecran total, livre son point de vue sur la semaine écoulée et sur les enjeux de celles à venir.
Du rire trop rare - L'edito d'Eric Libiot (c) Pierre Abouchahla

La 26ème édition du Festival de la fiction de La Rochelle s’ouvre dans un contexte politique agité et on imagine déjà les scénaristes, les producteurs et les diffuseurs se réunir aux Cafés de la fiction, nouveau rendez- vous rochelais, pour envisager une série sur la situation ; il y a du grain à moudre et on en a au minimum pour une bonne année. C’est la rentrée, c’est cadeau, je donne quelques pistes pour les titres de cette série : “Des gnons à Matignon”, “Ascenseur pour la censure”, “Les cabinets étaient fermés de l’intérieur”, “Vote-toi de là que je m’y mette”… D’autres idées sont bienvenues mais la couleur doit être à la comédie. Absurde, noire, grinçante, déconnante, drôle, décapante. C’est pas pour dire mais ça manque (sérieusement) dans la production française. Le programme du Festival, qui reflète peu ou prou l’ambiance générale de ce qui va être diffusé d’ici l’été 2025, aligne plus de drames que de comédies.

Du polar à tous les étages, des faits divers pas si divers, du drame social à la chaîne. Les demandes des chaînes ne varient pas. Ou peu.

Le public préfère compatir plutôt s’amuser ? Faut voir. Ou pas, en l’occurrence. L’offre souriante est si faible sur le petit écran que personne n’est capable de mesurer son impact. Alors c’est la routine. Bien faite, certes, mais la routine quand même. Du polar à tous les étages, des faits divers pas si divers, du drame social à la chaîne. Les demandes des chaînes ne varient pas. Ou peu. On ne change pas des unitaires qui gagnent ? D’accord. Mais un jour ils vont perdre. C’est naturel. Cyclique. Question de temps. Et de générations. Les scénaristes français déjà en place ont l’âge de leurs artères et voient le monde et la société de leurs yeux qui en ont vus d’autres (l’expression vaut ce qu’elle vaut, d’accord). Il n’y a pas de quoi rire tous les jours : difficile d’écrire le contraire. Mais, justement, il faudrait rire tous les jours. Et affirmer haut et fort que ce qui est sérieux n’est pas forcément intelligent et ce qui est drôle pas forcément futile. Tout le débat est là finalement. Personnellement, y’a pas débat.

Il faut tout de même reconnaître que ça bouge un peu du côté des formats courts, de plus en plus nombreux d’ailleurs, diffusés sur les plateformes des chaines linéaires ou autres. Le but du jeu est d’aller chercher un public jeune, plus attiré par ce type de productions, pour ensuite l’amener devant la télé du salon (c’est une image). Mais ce public-là est-il condamné à rire ici et à pleurer là (c'est un résumé rapide) ? Je ne sais pas qui sont précisément les Jeunes pas plus que les politique ne savent qui sont les Français ni les diffuseurs les Téléspectateurs. Le sauraient-ils, d'ailleurs, qu'il faudrait aussi (surtout ?) préférer l'offre à la semaine ; disons davantage équilibrer l'un et l'autre.

A part ces Cafés de la fiction, les Croissants de la francophonie et les Chouquettes des masterclass, les Cerises sur le gâteau, ce sont les séances de pitchs des jeunes scénaristes encore frais et dispos, venus du CEEA, de Séquences7, de la SACD, de l’Adami et des Nouvelles Écritures. De quoi ont-ils envie ? Comment regardent-elles l’époque ? Quelles histoires leur trottent dans la tête ? Dans les intrigues que ces scénaristes proposent, la comédie est en bonne place. Tant mieux. Tout ce beau monde fera la télé de demain et le Festival de la Rochelle d’après-demain. Il ne faudrait rien leur demander. Et les laisser faire.