L'oeil de la rédaction : Artus plus Parisien qu'on ne le croit

20 juin 2024
Un de nos journalistes revient sur un fait marquant du secteur et livre son analyse en toute... subjectivité. Cette semaine : le cinéma.
un p'tit truc en plus

C'est bien connu : les cinéphiles parisiens - plus bourgeois, plus pointus, plus fadas d'art et d'essai, plus intellos, etc. - ne seraient pas les mêmes que ceux de la province. Ces chers parigots bouderaient par exemple les comédies frenchies, bravaches, balourdes et gentillettes ; leurs affiches aux couleurs criardes ne lui feraient pas de l'œil. Ainsi, l'immense succès d'Un p'tit truc en plus d'Artus réactiverait la fameuse frontière géo-sociologique Paris-province selon quelques médias - RTL, Marianne, France Inter et BFM pour ne pas les citer. Soit.

Certains chiffres vont dans ce sens, mais pas tous, et c'est là toute la nuance. Au décompte de Comscore du lundi 10 juin, cette comédie sociale qui raconte la cavale d'un père et de son rejeton atterrissant au milieu d'une colonie de vacances pour personnes en situation de handicap totalise plus de 6,5 millions d'entrées dans l'hexagone depuis sa sortie le 1er mai dernier, dont 365 800 à Paris, soit 5,5 % du total.

Pas stratosphérique, mais pas catastrophique non plus. Plutôt proportionnel même, car Paris et ses 2,1 millions d'habitants représentent près de 3 % de la population française - à ceci près, admettons-le, que la Ville Lumière est d'habitude plus cinéphile que les autres régions.

Les 365 000 entrées parisiennes, sur 49 copies, permettent ainsi à la capitale d'être la ville française qui a le plus plébiscité le long métrage d'Artus, loin devant Lyon (96 000 entrées), Toulouse (90 000), Nantes (86 000) ou Bordeaux (80 000).

20 à 25 % de part de marché à Paris

Précisons aussi que la part de marché d'Un p'tit truc en plus à Paris avoisine les 20 % voire 25 % depuis le début de son exploitation, contre environ 40 % à 50 % sur l'ensemble du territoire. Un p'tit truc en plus plaît donc aux Parisiens, mais ne concentre pas les entrées. C'est là la différence avec les régions, où la comédie moissonne les spectateurs et ne laisse que peu de place pour la concurrence, et notamment pour les films dits "d'auteur".

Parler de "déconnexion" ou de "décalage entre la capitale et tout le reste de la France", comme l'ont récemment fait France Inter et RTL, est donc pour le moins exagéré voire faux. Le triomphe d'Artus est homogène, unanime, et plus parisien qu'on ne le croit - ou qu'on veut bien le dire.