À l’année prochaine… L'Edito d'Eric Libiot
Finalement tout le monde s’est mis à râler, ce qui est plutôt rassurant. Sur les réseaux sociaux, dès la fin de la cérémonie des César, le lendemain dans la presse, dimanche après la messe, lundi au café du commerce, mardi au salon de l’agriculture, mercredi au cinéma, jeudi au salon de coiffure, vendredi en replay. Et le spectacle va continuer encore quelques temps, au moins jusqu’aux Oscars, le 10 mars (jour local hollywoodien).
Tous les ans, les nommés stressent, les smoking frétillent, les robes aussi, les remettants lancent des blagues, le palmarès avance lentement, les remerciements s’éternisent, les surprises surprennent, les étonnements étonnent, les déçus déçoivent et les gagnants gagnent. Merci c’est fini, et je demande à tous les césarisés de monter sur scène. Presque rien de nouveau sous les lumières. Puis vient l’hallali. Trop politique, pas assez festif, trop de mauvais films, pas assez drôles, trop de morts, pas assez de revendications, trop de sourires, pas assez d’applaudissements, trop de récompenses, pas assez de récompenses, trop d’hommages, pas assez de dessert. Personne n’est content et en même temps personne n’est content, ce qui fait du monde. Le râleur est à l’heure tricolore à la minute près. Les commentateurs s’agacent souvent contre les discours des vainqueurs. Ce qui est idiot. D’abord, ils ne représentent qu’eux-mêmes, ni plus ni moins que les commentateurs qui s’agacent. Ensuite, ceux des vaincus n’auraient pas forcément été mieux puisqu’ils n’ont pas eu lieu. Côté audience sur Canal +, la cérémonie a réuni en direct 1,9 million de téléspectateurs contre 1,7 l’année dernière. 200 000 revenants, peut-être des miraculés. Rendez-vous l’année prochaine pour une autre cérémonie, quasi égale à la précédente.
Personnellement, j’aurais donné tous les César de la soirée à Judith Godrèche et à son discours. Elle était émue, grave, souriante, son texte était essentiel, précis, bien écrit.
En tout cas, mis à part le César de la meilleure actrice remis à l’Allemande Sandra Hüller pour Anatomie d’une chute, toutes les autres récompenses sont allées à des films français, ce qui prouve la bonne santé de notre cinéma. Même le César des lycéens, remis à Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry (pour lequel j’aurais voté si j’avais voté mais je ne suis pas lycéen). Il devrait y avoir des César dans tous les pays du monde, on râlerait moins et on gagnerait à chaque fois. Cela dit, la scène du palmarès de la Berlinale était aussi très tricolore : Ours d’or pour Dahomey de Mati Diop, Ours d’argent prix du jury pour L’Empire de Bruno Dumont. Quant aux Spirit Awards, remis aux films indépendants et pas forcément aux films spirituels, ils ont récompensé, dans la catégorie internationale, Anatomie d’une chute de Justine Triet qui a sans doute dû passer un accord avec les compagnies aériennes pour tous ses excédents bagages.
La France est la championne du monde des festivals de cinéma, et donc des palmarès, mais elle n’est pas en reste pour les prix et les cérémonies qui poussent comme des carottes. C’est excellent pour les congratulations. Pour le moral aussi sans doute. Et pour le rayonnement de la France en France. Ce n’est pas rien. On s’attache à ce qu’on peut.



