Triet sur le volet et Dodin bouffé - L'édito d'Eric Libiot
C’est l’effet Bahlsen. Du nom de cette publicité du siècle dernier qui mettait en scène un Monsieur Plus, capable, d’un coup de coude subreptice, de verser un peu plus de noisettes ou de noix de coco sur les biscuits. La pub était réussie et le résultat goûtu. Le Monsieur Plus des nominations pour les Oscars a aussi fait du bon boulot qui a répandu quelques paillettes supplémentaires sur Anatomie d’une chute de Justine Triet.
Si la présence comme meilleur scénario était quasi acquise après tous les prix récoltés par les auteurs Justine Triet et Arthur Harari, les autres nominations n’allaient pas forcément de soi. Celle de l’actrice Sandra Hüller était espérée et possible ; c’est fait. Celle du monteur Laurent Sénéchal est une belle surprise, même s’il avait déjà remporté un prix à la cérémonie des films européens.
Reste que Anatomie d’un chute et Justine Triet sont aussi présents dans les deux catégories les plus prestigieuses : meilleur film, meilleure réalisatrice. Ce n’était pas gagné ; rares sont les œuvres et cinéastes étrangers à remporter ce pompon-là. En l’occurrence Justine Triet se retrouve notamment aux côtés de Milos Forman, Ang Lee, Bong Joon-ho, Bernardo Bertolucci, Guillermo Del Toro et… Michel Hazanavicius. Tous ces messieurs avaient même remporté l’Os- car et c’est tout le mal qu’on souhaite à madame même si la concurrence est rude. Ces cinq nominations sont le fruit d’un alignement de planètes (image osée) qui a débuté sur la croisette : palme d’or à Cannes, succès en salles françaises, ventes internationales nombreuses, avalanche de prix, critique américaine dithyrambique, plan média ad hoc avec présence de Justine Triet. Il faut bien ça pour secouer le cocotier d’une cérémonie qui aime se gratter le nombril étoilé, mythologie hollywoodienne oblige.
Remarquez que selon le règlement des César, le pendant du film de Justine Triet, qui serait d’initiative et de production majoritaire américaines, ou de tout autre pays étranger d’ailleurs, ne pourrait pas concourir comme “meilleur film” et remporter cette compression de pièces creuses en bronze naturel poli.
Comme quoi, le pays chauvin n’est pas celui qu’on imagine. Y aurait-il moins de mythologie française ?
Et tant qu’à pousser le cocorico en trois couleurs, le millésime oscars 2024 est excellent pour le cinéma français avec notamment deux courts-métrages d’animation nommés, Letter to a Pig et Pachyderme.
Alors qui sont les gagnants ? Bonne question. Si ça reste entre nous, les voici : Lily Gladstone (actrice), Paul Giamatti (acteur), Danielle Brooks (second rôle), Robert Downey Jr. (second rôle), Le Garçon et le héron (animation), Christopher Nolan ou Justine Triet (réalisateur ou réalisatrice), Oppenheimer ou Anatomie d’une chute (meilleur film), Jonathan Glazer (adaptation), David Hemingson ou Justine Triet et Arthur Harari (scénario), le nez de Bradley Cooper (maquillage), La Zone d’intérêt (film étranger) La Passion de Dodin Bouffant (film français éliminé). Résumé de la cérémonie : Oppenheimer est le grand gagnant et Barbie la poupée perdante.
L’autre grand perdant est le comité de sélection de films français pour les Oscars qui avait choisi La Passion de Dodin Bouffant. Un choix discutable a priori, a postériori et à tout moment. On ne va pas lui faire un procès pour avoir chu à ce point, mais tout de même. Cela dit, la cérémonie va être plus intéressante à regarder. Suspense jusqu’au bout de la nuit.










