Paul-Émile, Etienne, Henzoet les autres, cinétaffeurs militants - Le regard de l'homme aux lunettes blanches

29 novembre 2023
Il est belge et, fatalement, impertinent. Il a consacré toute sa vie au cinéma dans son pays et au niveau européen. Désormais, au rythme quinzomadaire, Philippe Reynaert nous partage ses états d’âme
Reynaert

A l’heure où vous lirez ces quelques lignes, je serai en train de vivre une semaine de rêve. Non, non, je ne pars pas en vacances, que du contraire ! Je serai en train de cinétaffer à 200 à l’heure. Vous ne connaissez pas le mot ? En Belgique, l’an dernier, « vélotaffer » (pour « aller travailler en bicyclette ») a été désigné Mot de l’Année par Le Soir et la RTBF. Alors moi quand j’anime les séances d’un festival ou d’un ciné-club, je dis que je « cinétaffe ». Mais du 28 novembre au 3 décembre, je fais beaucoup mieux que de cinétaffer : je suis le Directeur Artistique (excusez du peu!) des Rencontres Internationales du Film Politique à Liège, une manifestation que nous avons imaginée et créée, Paul-Émile et moi-même, il y a 3 ans.

Quoi vous ne voyez pas qui est Paul-Émile ? C’est vrai, j’oubliais, tous les lecteurs d’Écran Total n’ont pas la chance d’être belges et encore moins liégeois ! Sinon, vous sauriez tout de suite de qui je parle… Avec son prénom rare d’explorateur polaire, Paul-Émile Mottard est une figure incontournable de la culture dans la Cité Ardente. Véritable baroudeur du socio-culturel, il a démarré sa carrière en épaulant un Ministre de la Culture, puis il s’est consacré pendant 18 ans à l’Orchestre Philharmonique de Liège avant de devenir Député permanent chargé de la Culture et du Tourisme à la Province de Liège. C’est avec lui, il y a des années, qu’on avait créé le Bureau d’Ac - cueil de Tournages C.L.A.P. qui, à force de se développer est devenu aujourd’hui Wallimage Tournages et couvre l’ensemble de la région wallonne. Victime, il y a 10 ans d’une déchirure de l’aorte, cette force de la nature, après avoir frôlé la mort, s’est retrouvé paraplégique et condamné à évoluer désormais dans une chaise roulante sophistiquée qui lui donne le look de Raymond Burr dans « L’Homme de Fer ». Pensez-vous que cela l’ait désespéré ? C’est un mot que PEM, comme on l’appelle familièrement, ne connait pas ! J’avais à peine accédé à une retraite bien méritée qu’il m’a appelé en disant : « Maintenant que tu as du temps, on ne lancerait pas un festival du film politique ? » .

Et c’est comme ça qu’au sortir de la crise sanitaire, alors qu’il fallait encore pré - senter un certificat de vaccination pour pouvoir entrer dans une salle de cinéma, que nous avons lancé « PolitiK », une manifestation que nous avons qualifiée de « rencontres » car nous l’avons voulue non compétitive et basée avant tout sur la mise en contact d’un public aussi large que possible avec la chose politique via des films et des débats. L’idée en était venue à mon camarade quand il avait participé à l’éphémère Festival Politkos de Rennes, mais nous avions l’impression en nous lançant, il y a 3 ans, d’être seuls au monde. Il n’en était rien. Des liens se sont vite créés avec le Festival du Film Politique de Carcassonne, judicieusement renommé pour sa 6ème édition « CitéCiné » ; là encore une vraie rencontre humaine avec Etienne Garcia et Henzo Lefèvre qui a abouti à un partenariat efficace.

Désormais PolitiK programme un film de la sélection de CitéCiné et inverse - ment. Cette année nous montrons à Liège Tant que le Soleil frappe de Philippe Petit avec Swann Arlaud, qui n’a pas trouvé de distributeur en Belgique et eux projetteront à Carcassonne Amal du belge Jawad Rhalib, notre film de clôture. Sans vouloir devenir lyrique, je vous chanterais bien que cette collaboration « in - ternationale fera le genre humain » ! Par les temps, plutôt démoralisants, que nous traversons, c’est bon de savoir qu’on a des cousins dans tous les coins qui pensent, comme nous, que réunir des gens dans une même salle pour découvrir des films porteurs de sens, c’est déjà PolitiK !